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LA QUINZAINE DES PASSEURS D’HOSPITALITÉS

Du 15 novembre au 1er décembre 2015

Humanité et fermeté. Fermeté, on voit. Humanité, c’est comme l’État n’y arrivait pas. Ce n’est pas faute d’y mettre de l’argent, plus que jamais depuis la fermeture de Sangatte au moins. D’une part c’est trop tard, trop peu, al fait, ce qui fait que ce n’est jamais à la hauteur des enjeux. Mais surtout, il y manque quelque chose, et peut-être l’humanité précisément.

Par exemple, dans le bidonville, certain-e-s habitant-e-s mettent des fleurs devant leur maison. Ça reste une cabane de bois et de bâche, mais on en fait un chez soi. Il y a souvent plusieurs tentes ou cabanes autour d’un espace qui forme un cour. Un abri qui sert de cuisine. Souvent une palette posée sur le sol et des couvertures tendues pour faire une salle de bain. Souvent un miroir, pour se coiffer, se raser. Aussi boueux que soient les extérieurs, les intérieurs restent propres, on se déchausse pour entrer.

Le Secours catholique a installé des cabanes en kit cet été, et on a eu ainsi deux beaux alignements parallèles de cabanes l’une à côté de l’autre, toutes identiques. Avec le temps, les habitant-e-s ont eu la liberté de rompre cet ordonnancement en délimitant des cours, en ajoutant des constructions, pour modeler leur espace. C’est ça aussi l’échange.

Il a fallu faire déménager les habitant-e-s d’une partie du bidonville pour faire la place au nouveau camp de containers annoncé par le premier ministre fin août. Des tentes ont été installées à côté du bidonville, sur un terrain défriché au bulldozer et aplani. Les tentes sont toutes de la même taille, alignées sur plusieurs rang. Il est interdit aux occupant-e-s de faire du feu – d’avoir un foyer – et de cuisiner – il faut aller à la soupe populaire distribuée par la Vie active au centre Jules Ferry. Les « Européen-ne-s » qui s’approchent de ces tentes sont apostrophé-e-s par les salarié-e-s de a Vie active qui leur demandent qui ils ou elles sont, ce qu’ils ou ils viennent faire là, et mentionnent l’interdiction de faire des photos même quand on n’a aucun appareil photo.

Le camp de containers sera composé de modules tous identiques et alignés, entourés d’une clôture. Il sera interdit de faire du feu et de cuisiner. L’accès sera limité aux personnes autorisées. Selon les dernières réflexions, l’entrée se fera par digicode et reconnaissance biométrique de la paume de la main.

On a l’impression de suivre un parcours de déshumanisation.

Quand l’État « offre » aux exilé-e-s la possibilité d’être hébergé-e-s ailleurs qu’à Calais sans être obligé-e-s au préalable de demander l’asile, l’idée semble bonne. Ça sert en douce à héberger des demandeur-se-s d’asile et des réfugié-e-s statutaire qui auraient dû l’être bien avant, mais ce rattrapage n’est pas malvenu. Mais les personnes montent dans des bus sans en connaître la destination, et sont dispersées dans toute la France, souvent dans des villages. Et on s’aperçoit assez qu’elles sont triées en fonction de leur situation administrative, et les préfets reçoivent pour consigne d’expulser les personnes en procédure Dublin.

L’idée semblait bonne, elle a permis l’accès à l’hébergement de personnes que l’État avait l’obligation d’héberger, pour les autres elle sonne comme un processus de tri et expulsion ou retour « volontaire » au pays.

Sur fond de violence et d’incertitude sur l’avenir que nous réserve l’État d’urgence, l’État semble s’éloigner de plus en plus du chemin de l’humanité.

La Quinzaine des Passeurs d’hospitalités 15/11 – 01/12/2015