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Dix heure et demi du matin, bibliothèque universitaire, quelques étudiant-e-s regardent l’exposition de Migreurop, « Moving beyond borders ». Les remarques dans le livre d’or sont chaleureuses, souvent enthousiastes. Les retours sur la journée d’hier, atelier le matin avec intervention d’une politologue et d’un militant de terrain, jeux fabriqués par des mineurs étrangers l’après-midi, débat avec Médecins sans frontières le soir, sont bons. Un espace d’information, de débat et de réflexion nécessaire dans une ville où tout débat sur le sujet des migrations est banni des lieux dépendant de la municipalité.

Onze heure du matin, entrée ouest du bidonville. Une équipe de l’OFII (Office Français de l’Immigration et de l’Intégration) et de la préfecture cherchent des personnes intéressées pour partir dans les centres de répit (voir ici, ici, ici et ). Les candidat-e-s au départ vers ces centres dispersés dans toute la France, souvent en milieu rural, sont devenu-e-s rares. La plupart des demandeur-se-s d’asile et réfugié-e-s qui vivaient dans le bidonville sont parti-e-s. L’information selon laquelle les personnes en procédure Dublin (*) qui iraient dans ces centres risquaient d’être expulsées a circulé (voir ici et ), les exilé-e-s ont des téléphones et restent en contact entre eux, et sont souvent au courant des choses avant nous. Des personnes sont revenues aussi, parce que la vie dans ces centres ne leur convenait pas, parce qu’elles se retrouvaient dans un village isolé, parce qu’elle ne voyaient aucune perspective pour elles en France.

Un peu après midi, un groupe venu d’Allemagne installe un piano électronique au bord d’une des allées. Il est accompagné d’un cameraman et d’un perchman. Deux jeunes Égyptiens, plutôt 16 ans que 18, s’arrêtent et saisissent un tambourin. Ils jouent, chantent, se moquent. Les musiciens allemands entrent dans le jeu. La caméra filme et le micro enregistre. Le regard de la caméra exacerbe les attitudes des protagonistes. Des amis Soudanais qui regardaient d’un air sceptique finissent pas se joindre au groupe. Le bidonville est un lieu ou se nouent de ces scènes improbables (voir ici et ).

Vers quinze heure, trois fourgons de CRS devant la gare. C’est un lieu où les contrôles au faciès sont nombreux. Les policiers attendent au bout des quais ou dans le hall, et arrêtent les seules personnes qui ressemblent à des « migrants ». Généralement leur font subir un contrôle d’identité, avec palpations de sécurité, parfois fouille. Et parfois les arrêtent. Ce sont ces contrôles au faciès qui entre autres alimentent les envois en centre de rétention par charretées de cinquante personnes aux quatre coins de la France, qui ont lieu depuis la dernière visite du ministre de l’intérieur à Calais (voir ici, ici, ici et ).

Cinq minutes plus tard, à cinq cents mètres de là, deux exilés se prennent en photo devant l’hôtel de ville et les Bourgeois de Calais sculptés par Rodin. Parce qu’irréductiblement, l’exil n’est pas seulement boue et gaz lacrymogènes, mais aussi voyage et découverte du monde.

 

(*) Le règlement européen Dublin III dit qu’une personne ne peut demander l’asile que dans un seul pays de l’Union européenne à laquelle s’ajoutent quatre autres pays signataires (Islande, Liechtenstein, Norvège, Suisse), et fixe les règles pour déterminer quel est le pays responsable d’une demande d’asile. Le plus souvent, c’est le pays d’entrée dans l’Union européenne, et l’enregistrement des empreintes digitales dans la base de donnée européenne Eurodac fait foi.

 

 

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