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À l’entrée du bidonville par la rue des Garennes, un chemin ce sépare en deux après une centaine de mètres. Le long de ces voies, Des épiceries, des coiffeurs, des boulangeries, des restaurants. L’après-midi et le soir, on y déambule, on y vient faire ses courses. Dans les restaurants se croisent des exilé-e-s, des humanitaires, des bénévoles habitant le bidonville, des personnes en visite pour une raison ou une autre. L’une de ces rues, vers la droite, monte légèrement vers l’église, le théâtre, le point d’information. L’autre conduit à l’ancien emplacement de la clinique mobile de Médecins du Monde, à proximité duquel se trouvent des caravanes où sont pratiqués de petits soins d’urgence les jours de fermeture de la Permanence d’Accès aux Soins de Santé, une grande remarque qui sert de point de recharge des téléphones portables et d’accès wifi.

On a le sentiment là que le bidonville fait ville. En contraste, un peu plus loin, les grilles qui ferment le nouveau camp construit par les autorités, avec ses alignements de containers blancs et froids.

Pendant quatre jours, autour du 18 décembre, journée mondiale des migrants, des activités artistiques ont été proposées dans le bidonville. Entre autre un parcours artistique à l’intérieur du bidonville, où des artistes ont créé et disposé des œuvres. De petits groupes accompagnés suivent se parcours.

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Une initiative qui a questionné. N’est-il pas indécent de venir pratiquer une forme de tourisme dans un lieu de relégation et de misère – il a quand même fallu traîner l’État en justice pour obtenir quelques points d’eau et WC supplémentaires, et les conditions de vie restent extrêmement précaires et indignes. C’est sur cette vision que repose le plaidoyer des associations humanitaires.

Dans le même temps, une telle manifestation n’aurait pas choqué dans n’importe quel autre quartier de Calais. Pourquoi pas dans celui-ci ? Est-ce que ce n’est pas rattacher ce quartier à la ville que de le considérer, si précaires soient les conditions, comme une partie de Calais, et ses habitant-e-s comme des Calaisien-ne-s comme les autres ?

La question est posée. La seule alternative que proposent les autorités est le camp semi-fermé en construction, sans espaces de vie collective, sans possibilité d’être autonomes dans les actes de la vie quotidienne, comme cuisiner, les personnes qui seront mises là devront aller à la soupe populaire du centre Jules Ferry. Si les corps seront abrités dans des conditions moins inconfortables, l’humanité des personnes qui seront mises là est niée, et les liens, les solidarités qui se sont nouées seront interdites d’accès. Il s’agit d’isoler, de contrôler, de dépersonnaliser, pas d’accueillir.

Avec comme perspective, peut-être, la destruction du bidonville à la fin de l’hiver.

 

Art in the Jungle