Étiquettes

, , , ,

Les nouvelles grilles, barbelés, obstacles, renforts de police bloquent avant tout les possibilités de passage gratuit. Pour le plus grand bénéfice des passeurs, qui ont multiplié leurs tarifs par trois ou quatre. Les exilé-e-s qui n’ont pas de quoi payer prennent les voies les plus hasardeuses et les plus risquées et se trouvent face à des effectifs accrus de gendarmes et de policiers.

Jeudi 17 décembre, un long embouteillage de camions sur l’autoroute d’accès au Tunnel sous la Manche. De nombreux-ses exilé-e-s vont tenter leur chance en montant dans les camions ou en se glissant dessous. La situation n’a rien d’exceptionnel lorsqu’un tel bouchon se forme. La réponse policière l’est, par contre. Selon plusieurs témoignages d’enseignant-e-s et d’élèves, l’odeur des gaz était sensible dans les cours de l’école maternelle du Fort Nieulay et du lycée Sophie Berthelot, à près d’un kilomètre de la rocade.

S’arrêtant là (le long de l’autoroute?), le procureur de Boulogne/Mer livre complaisamment à un journaliste, qui lui aussi passait par là, son analyse de stratège militaire quant à la situation dont on imagine qu’elle se déploie sous son regard. Il décrit la scène comme une bataille, avec des assaillants organisés de manière quasi-militaire. Tel un observateur des guerres napoléoniennes qui n’aurait pas senti l’odeur de la poudre, il ne semble pas avoir remarqué la surabondance de gaz lacrymogène, pas plus que la différence d’équipement entre policiers et exilé-e-s. Pas plus qu’il ne s’interroge sur le sens de la situation : tous ces moyens policiers et cette violence sont déployés contre des personnes auxquelles les autorités françaises témoignent quotidiennement qu’elles ne veulent pas d’elles, et qui tendent de partir vers le pays où elles pensent pouvoir construire leur vie paisiblement.

http://www.medias-presse.info/les-immigres-a-calais-une-organisation-quasi-militaire-temoigne-le-procureur-valensi/45902

Passant lui aussi sur l’autoroute, un journaliste s’improvise journaliste de guerre, épousant le point de vue de l’armée qu’il accompagne, et recueillant au passage les propos du procureur improvisé général. Pour faire bonne mesure, il appel un militant associatif et déforme ses propos pour les faire aller dans le sens de sa vision unilatérale.

http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/12/18/a-calais-tentative-massive-d-intrusion-dans-le-tunnel-sous-la-manche_4834655_3224.html

Bien sûr un tel article prête à sourire, quand on sait comment se passent les choses dans la réalité. Mais il dit aussi quelque chose. Après la montée en violence qui a accompagné la dernière venue du ministre de l’intérieur à Calais le 21 octobre dernier, un nouveau est maintenant en train d’être franchi. À l’heure d’une guerre contre le terrorisme dont on voit bien qu’elle n’est pas la préoccupation principale ni de la police ni du gouvernement, le même vocabulaire guerrier est est appliqué à la situation des exilé-e-s. Les autorités ayant perdu toute retenue, on passe d’un arrêté anti-migrants pris dans le cadre de l’état d’urgence à la guerre aux migrants, aucune institution ne semblant plus avoir pour fonction le respect du droit et la régulation de l’usage proportionné de la force.

Comme si les derniers lambeaux de l’État de droit devaient se dissoudre dans les volutes des gaz lacrymogènes, un jeudi au bord de l’autoroute.

Pentax Digital CameraNovembre 2014, embouteillage sur la rocade d’accès au Tunnel sous la Manche.

Pentax Digital CameraMai 2015, embouteillage sur la rocade d’accès au Tunnel sous la Manche.

Sardine MarseilleDe l’art d’amplifier un fait ordinaire et de le faire passer pour inédit, et de détourner l’attention de ce qui sort vraiment de l’ordinaire, en l’occurrence la réponse policière et la quantité de gaz lacrymogène employée, jusqu’à atteindre les quartiers voisins et les écoles.