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Le bidonville de Calais, deux chemins carrossables qui se séparent dans le prolongement de la rue Garennes pour rejoindre le chemin des Dunes, l’un à quelques centaines de mètres du centre Jules Ferry, où se trouvent quelques services de base et la mise à l’abri d’une partie des femmes et enfants, l’autre près du croisement avec la route de Gravelines.

https://goo.gl/maps/iJ5Mw4tSou52

Ces deux voies sont pourvues de l’éclairage public, installé au début de l’été. C’est également le long de ces deux rues, à proximité tout d’abord des premiers points d’eau, que se sont installés les boutiques, les bars, les restaurants.

Ce soir du 31 décembre, on y croise aussi bien des habitant-e-s du bidonville que des personnes venues de l’extérieur, de Calais comme d’Allemagne ou du Royaume-uni. Et qui viennent passer le réveillon chez des amis, ou dans des restaurants ou des bars, ou assister à l’un des spectacles qui se succèdent sous le dôme construit par des bénévoles britanniques et qui sert de lieu culturel.

Vers 22h, dans une grande cabane à l’intérieur tapissé de couvertures de différents couleurs. Une boule colorée tourne comme dans une discothèque. On croise dans ce bar des Britanniques et des Français-es, des Afghans et des Syriens, et surtout des Érythréen-ne-s.

Réparti-e-s  par groupes autour de plusieurs tables, jeunes hommes et jeunes femmes mélangées, bavardant, riant, buvant des bières au son d’une musique tantôt européenne tantôt africaine, pianotant sur leurs portables, on pourrait en fermant à demi les yeux les imaginer étudiant-e-s dans un bar d’Asmara, ne seraient certains regards perdus dans le vague, et des traits plus tirés par la dureté du voyage. Ne serait-ce qu’en Érythrée ils t elles seraient promis-e-s à un service militaire à durée illimitée qui sert de masque à des travaux forcés pour les notables du régime en place.

Celles et ceux qui sont là sont des personnes qui ont survécu au voyage, à la mort dans le Sahara ou dans la méditerranée, qui ont échappé aux camps libyens, certains financés par l’Union européenne, ou aux chambres de torture du Sinaï, et qui sont arrivé-e-s là, dans le bidonville de Calais.

22h, il minuit en Érythrée. Le bar s’est rempli. On chante, on s’embrasse, on danse, on envoie des messages à des proches.

Minuit, heure française, un petit groupe d’amis tire un petit feu d’artifice, tandis que des ballons phosphorescents passent dans le ciel nocturne. Des clameurs retentissent dans le bidonville pour accueillir la nouvelle année. À l’autre bout, les policiers tirent des lacrymogènes sur les habitations, depuis la rocade d’accès au port, comme ils le font maintenant presque toutes les nuits. Vers 22h30, c’est sur la route vers le Tunnel sous la Manche que la police gazait, si abondamment que les nuages de gaz se répandaient dans rues avoisinantes. En cette nuit du Nouvel An, l’État français reste fidèle à sa devise : violence as usual.

Vers trois heures, bars et boutiques sont encore ouverts, et l’on déambule encore à la lueur des réverbères. Des groupes fournis reviennent d’une tentative de passage. On se souhaite la bonne année en se croisant.

 

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