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Une chose qui frappe lorsqu’on entre dans une cabane du bidonville, c’est l’ordre et la propreté. Quelles que soient les conditions au-dehors, l’intérieur est tenu avec soin. Et dans les cours qui unissent plusieurs tentes ou cabanes, comme à l’intérieur de celles-ci ou parfois sur les façades, des éléments qui personnalisent l’espace.

« Nous avons décidé de rester où nous sommes et de résister pacifiquement au projet du gouvernement de détruire nos maisons. » : « our homes », nos maisons, nos foyers, disent des habitant-e-s du bidonville face à la perspective qu’une partie de celui-ci soit rasé.

Le bidonville comme lieu de vie versus le bidonville comme lieu de misère. Le bidonville à la fois lieu de vie et lieu de misère. Le bidonville qui doit disparaître versus la dignité des personnes qui l’habitent. La disparition du bidonville dans le respect de la dignité.

On ne déplace pas des personnes, on ne les met pas comme des sacs dans un lieu même qu’on pense meilleur pour elles – ou pas d’ailleurs – surtout quand ce lieu est fermé de grilles et gardé par des chiens avec vigiles et des technologies de reconnaissance biométrique.

On construit avec les personnes la disparition du bidonville en ouvrant des possibilités de vie ailleurs. Des possibilités de vie, d’avenir, pas du stockage. Le dialogue comme méthode de résorption des bidonvilles est la méthode proposée par la circulaire du 26 août 2012, rappelée par le rapport du Défenseur des Droits du 6 octobre 2015. Pas menacer des bulldozers, parler.

Entre mille cinq cents et deux mille personnes sont aujourd’hui menacées d’expulsion extra-judiciaire, sans que les procédures légales soient respectées, et sont sensées entrer dans des containers prévus pour mille cinq cent personnes et en partie déjà occupés. Sans que cela leur ouvre d’autre perspective que d’être stockées et contrôlées, avec chauffage.

Certaines des personnes menacées d’expulsion ont rédigé cet appel dont voici la traduction en français :

« Nous, les personnes unies de la Jungle, Calais, déclinons respectueusement les demandes du gouvernement français visant à réduire la taille de la Jungle.

Nous avons décidé de rester où nous sommes et de résister pacifiquement au projet du gouvernement de détruire nos maisons.

Nous plaidons auprès des autorités française et de la communauté internationale que vous compreniez notre situation et respectiez nos droits humains fondamentaux. »

 

Appel jungle