Étiquettes

, , , , ,

Ministre, préfète et autres exécutants le répètent à l’envie : la frontière franco-britannique est désormais étanche. Ce n’est pas la première fois que ministre et autres le disent, on parlait déjà beaucoup d’étanchéité en 2009.

Déjà cet été, un exilé soudanais avait apporté son démenti en traversant le Tunnel sous la Manche à pied, suivi un peu plus tard par deux exilés iraniens. La société Eurotunnel s’était fâchée et les avait poursuivis en justice (voir ici, ici, ici, ici et ).

Le 12 janvier, neuf exilés sont découverts sur un ferry arrivé dans le port de Douvres. Le président du port de Calais semble lui prendre la chose à la blague.

http://www.nordlittoral.fr/accueil/neuf-migrants-parviennent-a-passer-a-travers-les-ia0b0n275580

Il n’empêche que tous les jours nous avons des nouvelles de gens qui passent. Ça ne passe pas bien, c’est difficile, mais ça passe. Et ça passe d’autant mieux quand on a de l’argent. Alors qu’en principe les contrôles sont les mêmes. Les possibilités de passage gratuites se sont fortement restreintes, avec les nouvelles grilles et les renforts de police, les passeurs ont augmenté leurs tarifs et regagné du terrain. La police est de toute manière occupée à entraver le travail des bénévoles et à se donner en spectacle s’opposant au passage gratuit et auto-organisé, qui s’effectue dans des conditions de plus en plus tendues, ou à bombarder les habitants du bidonville à la grenade lacrymogène.

Le 16 octobre 2015, la préfète du Pas-de-Calais annonce qu’il y a 6 000 exilé-e-s dans le bidonville. Pourquoi 6000 ? Probablement parce que ça a l’air d’être beaucoup, 3 000 habitant-e-s étaient annoncé-e-s fin juillet, c’est au-dessus du cap des 5 000, mais ce n’est pas non plus 10 000.

Si on compare les photos aériennes du bidonville au fil du temps, on remarque qu’entre juillet – 3 000 habitant-e-s – et octobre il a plus que doublé de taille et qu’il s’est densifié. On est probablement plus proche de 10 000 habitant-e-s que de 6 000 à la mi-octobre.

Le 21 octobre, visite du ministre de l’intérieur à Calais. Démarrent des rafles quotidiennes, avec envoi dans des centres de rétention aux quatre coins de la France, et ouverture un peu partout en France où peuvent être hébergé-e-s les exilé-e-s sur une base de volontariat (voir ici, ici, ici et ). Des personnes en demande d’asile ou ayant déjà obtenu le statut de réfugié profitent de l’offre pour accéder enfin à un hébergement. Un beau jour, la préfète vante le succès de ces centres de répit en annonçant 4 500 exilé-e-s à Calais. Maintenant en janvier elle parle de 4 000 personnes. Et elle annonce 2 000 pour la fin de l’hiver.

Dans la réalité, il y a bien eu un tassement du nombre d’habitant-e-s du bidonville suite à la création des centres de répit, mais d’une part le dispositif s’est assez rapidement essoufflé, d’autre part les nouvelles arrivées ont assez rapidement compensé les départs. Aujourd’hui, les évaluations les plus fiables par l’ancrage sur le terrain des groupes qui les ont faites sont autour de 7 000 à 8 000 habitant-e-s dans le bidonville.

Pour ce qui est des prochaines, malgré l’hiver et malgré un système de filtrage aux différentes frontières des Balkans ne laissant passer que les Afghan-ne-s, Irakien-ne-s et Syrien-ne-s, le nombre d’entrées dan l’espace Schengen par la Slovénie augmente. Cette augmentation aura un effet sur le nombre de nouvelles personnes arrivant à Calais, d’autant plus que les pays scandinaves ont décidé de fermer leur frontière aux réfugié-e-s. Et les personnes non afghanes, irakiennes ou syriennes vont trouver leurs propres routes pour traverser les Balkans. On pouvait penser qu’avec l’hiver moins de personnes arriveraient jusqu’au littoral à la frontière britannique. Rien n’est moins sûr, on assistera peut-être au contraire.

Et les foyers de crise aux portes de l’Europe restant les mêmes, le mouvement des personnes ayant fuit leur pays et cherchant un pays d’asile pour reconstruire leur vie ne cessera pas en 2016.

Le déni de réalité dans lequel se trouvent les autorités les entraîne dans une fuite en avant dans la violence dont on voit mal comment elle va s’arrêter (voir ici, ici, ici et ).

 

Glace 1 léger