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Alors qu’une partie du bidonville d’État constitué en avril dernier sous la pression des autorités et où la présence des exilé-e-s devait être toléré a été en partie détruit (voir ici, ici et ), et que la pression policière s’accroît, les centres de répit peuvent eux aussi s’avérer un piège pour les exilé-e-s qui acceptent de s’y rendre.

La création de ces centres de répit (voir ici et ), rebaptisés depuis centres d’accueil et d’orientation (CAO) a été annoncée par le ministre de l’intérieur lors de sa visite à Calais le 21 octobre 2015. Présentés comme des lieux pour accueillir les exilé-e-s acceptant de s’éloigner de Calais pour réfléchir à leur projet migratoire, ils ont aussi pour but de diminuer le nombre de personnes présentes à Calais, et de manière très contextuelle d’être un contre-feu médiatique à l’Appel de Calais lancé lui aussi le 21 octobre par 800 personnalités.

De fait, ils leur mise en place s’est avérée très improvisée, et les deux circulaires encadrant leur mise en place ont été adressées aux préfets avec un certain retard, le 9 novembre et le 7 décembre.

L’un des points préoccupants de ces circulaires est qu’elle donne instruction de procéder à l’expulsion du territoire des personnes qui peuvent être expulsées. Soit dans le cadre du règlement Dublin III qui donne les règles de définition du pays responsable d’une demande d’asile, généralement le pays d’entrée dans l’Union européenne, où le demandeur d’asile peut donc être renvoyé. Soit parce qu’elle a reçu une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Si on se fie à ces circulaires, les centres de répit doivent devenir pour un certain nombre de personnes l’antichambre de l’expulsion.

Et de fait des velléités dans ce sens ont suivi la mise en place du dispositif (voir ici et ), mais les protestations des associations et surtout le souci des autorités qu’un maximum de personnes quittent Calais semblaient avoir écarté le risque au moins provisoirement.

Il n’en est rien, puisque le tribunal administratif de Toulouse a annulé l’assignation à résidence dans l’attente de leur expulsion de deux demandeurs d’asile afghans en procédure Dublin.

Vous pouvez télécharger les deux jugements du tribunal administratif de Toulouse ici et .

Dans les faits, il est extrêmement difficile pour les associations de suivre la situation de personnes réparties dans presque une centaine de centres de répit, souvent isolés en milieu rural, sachant que dans certains cas les personnes en procédure Dublin ont été transférés dans des lieux d’hébergement séparés. Et on a vu que suite à cette même visite du ministre de l’intérieur à Calais le 21 octobre des places pouvaient être libérées très rapidement en centre de rétention pour les exilé-e-s raflé-e-s quotidiennement à Calais (voir ici et ). La même chose peut se mettre en place très rapidement si l’État décide d’expulser les personnes expulsables.

En tout cas, on peut supposer que les préfets ont reçu l’instruction d’expulser du territoire les personnes venues en centre de répit qui peuvent l’être, c’est bien pour qu’ils le fassent, dès que les circonstances seront propices.

 

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