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Côté britannique, une brèche s’est entrouverte, avec un fort écho médiatique, l’implication de grosses associations, comme Save the Children, et une victoire juridique. Victoire juridique : trois mineurs et un majeur handicapé autorisés par le tribunal à rejoindre leur famille au Royaume-uni, et une jurisprudence qui peut être réutilisée pour d’autres. Mais est-ce qu’il faudra saisir la justice à chaque fois ?

Et puis une ouverture, les associations demandent l’accueil au Royaume-uni de 3000 mineurs syriens déjà présents en Europe, et entre autres à la frontière britannique. Le gouvernement britannique biaise, accepte le principe, mais seulement des jeunes qui seraient en Grèce et en Italie, pays d’entrée où l’Union européenne installe des « hotspots », centres de tri entre les personnes qui pourront entrer et celles qui seront expulsées. Le Royaume-uni irait prendre un quota de mineurs dans les hotspots, et laisseraient ceux qui sont à sa frontière dans les bidonvilles du littoral.

Côté français, les autorités procèdent par accumulation d’obstacle. Par exemple, la préfecture du Pas-de-Calais refuse (illégalement) de prendre en considération les possibilité de regroupement familial dans le cadre du règlement Dublin III pour les personnes ayant de la famille au Royaume-uni, celles-ci doivent partir dans les « centres de répit ». La préfète a des bus à remplir. Mais l’accompagnement est souvent déficient dans les centres de répit, surtout pour des procédures sortant de l’ordinaire.

L’État et la mairie de Calais avaient été condamnés par le tribunal administratif de Lille, puis en appel par le Conseil d’État, à recenser les mineurs non-accompagnés présents dans le bidonville de Calais et à les adresser à l’autorité compétente, l’Aide sociale à l’enfance du Pas-de-Calais (voir ici, ici et ). L’État n’a pas respecté ce jugement. Médecins du Monde et le Secours catholique viennent de saisir à nouveau la justice pour faire constater ce manquement.

http://www.medecinsdumonde.org/Presse/Nord-Pas-de-Calais-les-mineurs-isoles-etrangers-en-danger

À Lille, c’est autour du jardin des Olieux que se noue la situation de quelques quatre-vingt mineurs sans accueil. Certains ont été envoyés dans des hébergements plus ou moins précaires, certains jusqu’à Dunkerque, d’autres campent toujours sur place dans l’attente d’une solution. Des solidarités se sont mobilisées autour d’eux, et une solidarité s’est aussi tissée entre eux. Certains ont participé à la manifestation du 23 janvier (voir ici et ) à Calais.

Un communiqué du Collectif des Olieux fait le point sur la situation :

 

« Communiqué du collectif des Olieux n°10 /

27 janvier 2016

 

Depuis plus de 3 ans, les institutions bricolent, en témoigne notre dixième communiqué ; les jeunes revendiquent toujours la création de 80 places adaptées à leurs situations de mineurs en exil ; hébergement, scolarisation et accompagnement éducatif réel.

La mobilisation continue et nous avons envers et contre tout passé le réveillon du 31 décembre ensemble, la fête fut belle !

HEBERGEMENT :

Les jeunes dépendant du département (en évaluation de minorité ou reconnus mineurs) sont toujours hébergés dans les auberges de jeunesse de Dunkerque ou de Lille mais à Lille, n’ont pas de repas proposés pour le midi et le soir et ils ne sont pas mis à l’abri la journée.

Nombre de jeunes, en recours devant le Juge des enfants, ne dépendent donc plus du département et sont pour le moment mis à l’abri la nuit grâce à des soutiens.

Vendredi 22 janvier 2016 : 24 jeunes dont plusieurs qui sont passés par le parc des Olieux sont actuellement mis à l’abri à l’Escale, auberge de jeunesse située à Dunkerque, c’est-à-dire bien loin de Lille. Un d’entre eux est passé à l’assemblée du dimanche pour nous signaler qu’ils galéraient et qu’ils se sentaient un peu isolés là-bas, voire oubliés de tous et toutes. Nous sommes donc allés à quelques-unes leur rendre visite à l’improviste et leur témoigner notre soutien. Nous avons trouvé un groupe soudé et solidaire, mais relativement inquiet quant à leur situation.
Il ne nous aura pas fallu discuter très longtemps avec nos amis, et encore moins avec l’éducateur de service, pour comprendre que cette mise à l’abri ressemblait à s’y méprendre à une mise au placard, loin de leurs potes et du collectif qui les soutenait. Une bonne occasion pour nous de rappeler à l’ASE et au Département que nous demandons toujours des places d’hébergement dignes de ce nom pour 80 jeunes avec le suivi adapté en termes administratifs, sanitaires et scolaires, et non des mesures d’éloignement.
Notre seule présence auprès de nos amis semblent d’ailleurs leur avoir posé un problème : ça ne faisait pas deux heures que nous étions dans l’auberge qu’il nous a été signifié de devoir quitter expressément les lieux, l’éducateur de service semblant plus prompt à cafter auprès de sa hiérarchie et à jouer au videur qu’à répondre aux besoins élémentaires des jeunes mineurs.

Ce qui nous motive encore plus à y retourner. A Dunkerque et partout où on les envoie.  Nous restons solidaires.

Quelques jeunes dorment toujours dehors. D’autres y reviennent ballotés entre deux solutions d’hébergement et passent plusieurs nuits dans le froid, bien que pris en charge par l’ASE. L’ABEJ qui héberge quelques jeunes paie solidairement des tickets de transport, l’ASE bien que créditée pour cela ne le fait pas quand bien même elle oblige les jeunes à utiliser les transports en commun pour se rendre à un rendez-vous lié à l’hébergement, nombre de jeunes redoutent les contrôles tant nous connaissons la tolérance des contrôleurs de Transpole.

Aucun accueil de jour spécifique n’est toujours proposé, les jeunes en évaluation dépendant du département ne sont mis à l’abri que la nuit.

CONTROLES :

Aucun contrôle de la police nationale ou de la PAF sur le parc depuis le 8 décembre. Cependant, après l’accalmie des fêtes, les « invitations » à la PAF ont repris. Notons le cas d’un jeune placé en CRA (centre de rétention administrative) le 18 janvier, une faute d’orthographe ayant été décelée sur ses documents ; 5 jours plus tard, le tribunal administratif juge qu’il ne s’agit pas là d’un motif valable pour placement en détention, le jeune est libéré ; pour lui, on l’a privé de quelque chose d’essentiel, 5 jours d’école ! Scolariser, non ; criminaliser, toujours !

Le corps médical s’en est indigné, dénonçant leur manque de fiabilité ; mais les tests osseux continuent ; nous le dénonçons !

DIVERS :

Le collectif des Olieux était présent en nombre à la manifestation de Calais le 23 janvier dernier et apporte son soutien aux camarades poursuivis, aux 6 habitants de la jungle arrêtés, maintenus en rétention, procès le 22 février. Solidarité sans frontière.

Toujours aucunes nouvelles de la mairie depuis le rendez-vous du 30 novembre, tolérer la misère semble être la seule réponse des socialos de la mairie, toujours prêts à s’émouvoir de la mort d’un enfant sur une plage frontière, d’un naufrage méditerranéen, mais incapable de proposer une politique d’accueil douée d’hospitalité. Le collectif de soutien et les jeunes s’organisent en conséquence, le parc demeurant l’unique point de rencontre des jeunes (palliant l’absence d’accueil de jour), un barnum a été installé pour s’abriter des intempéries et du froid, un minimum de confort dans une précarité totale. Le parc se rénove, nous continuerons à l’occuper, à l’aménager.
De nombreuses activités sont toujours proposées aux jeunes par des habitants ou des associations : cours de français, atelier hip hop, journal, basketball, photos, permanence d’accueil ici et là…
Les nouvelles initiatives sont toujours les bienvenues !

SCOLARISATION :

La lenteur du département à proposer des possibilités de scolarisation est toujours notable ; l’accès aux évaluations reste la principale difficulté. L’ensemble des soutiens qui donnent des cours de français chaque lundi soir recensent les niveaux, situations scolaires et besoins de chacun des jeunes (pour info, notons que l’ensemble des jeunes hébergés à Dunkerque suivent le même cours de français quel que soit leur niveau, quel intérêt ?) ; le Réseau Education Sans Frontières a été contacté ; par la suite des actions individualisées seront menées avec chaque jeune.

ACCES AUX SOINS :

Se présenter seul, non-accompagné d’un soutien, à la CPAM ou à l’hôpital demeure une galère ! Racisme administratif ordinaire !

BESOINS :

– ballons de foot,
– téléphones mobiles (avec batterie & chargeur),
– ET BESOINS FINANCIERS : les procédures juridiques coûtent cher (les plaidoiries en cas de risque d’OQTF sont chiffrées à 500 euros), de fait le soutien financier est toujours nécessaire.

Le parc des Olieux reste un lieu de lutte, tout passage solidaire reste le bienvenu, accompagné d’une boisson chaude ou d’un sourire.

Toute initiative pour organiser un événement de soutien visant à récolter des fonds (concert, projection, etc.) est également le bienvenu.

Le collectif des Olieux se réunit chaque dimanche en assemblée publique, à 13h à la Ferblanterie. »

 

Soutien jeunes OlieuxPhoto Julien Saison.