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Le jour se lève. Le sol est parsemé de plaques de neige. Au fil de la journée, elles alimenteront la boue omniprésente. Le vent vif entraîne à toute vitesse l’éolienne d’Ashram Kitchen, une des cuisines collectives du bidonville, aujourd’hui au milieu du no-mans-land créé par les destructions. Elle doit sa survie au jugement du tribunal administratif de Lille qui suspend la destruction des « lieux de vie » à un jugement sur le fond de l’arrêté pris par la préfète du Pas-de-Calais pour l’évacuation des habitant-e-s et la destruction du bidonville. À côté, l’École Laïque du Chemin des Dunes, en sursis grâce à la même disposition. Par contre, les points de distribution de vêtements qui étaient à proximité ont été rasés, tout comme les habitations, qui ne sont pas considérées comme des « lieux de vie ».  Dans la pratique, le sous-préfet préside aux opérations et désigne ce qui doit être détruit et ce qui en réchappe. Il officie avec un large sourire.

Entre 7 et 8 heure du matin, des volontaires arrivent, ainsi que quelques exilés. Un point est aménagé dans la zone détruite, avec quelques tables. Des journalistes arrivent aussi. À quelques centaines de mètres, le long de la route de Gravelines, les fourgons de CRS s’alignent, et les engins du chantier de destruction arrivent, puis les employé-e-s de la préfectures chargé-e-s de faire partir les gens. Vers 8h30 arrivent les personnes en grève de la faim, et des familles. Les choses mettent en place pour les médias pendant une heure, les pancartes et leurs messages, les grévistes de la faim avec leurs lèvres cousues, les enfants avancent vers les CRS pour leur donner des fleurs. Le message passe.

Pendant ce temps, la destruction du jour a commencé, et les CRS ont bouclé le premier périmètre à détruire. Les grévistes de la faim vont se reposer un moment, les manifestants et les médias vont vers les destructions. Médias obligent, les personnes chassées de leurs habitations peuvent aujourd’hui retourner chercher leurs affaires. Mais d’autres refusent de quitter leurs maisons. La situation semble figée. Puis derrière le cordon de police, un, puis deux feux partent dans des cabanes. « Pour des raisons de sécurité » les policiers reçoivent consigne d’éloigner les personnes présentes, puis de faire sortir les personnes qui ne le voulaient pas.

Parmi les expulsés du jour, comme des jours précédents, des mineurs, mais ça n’a aucune importance puisqu’ils n’existent pas selon les autorités.

La journée se continue en expulsions et destructions, et transport de cabanes vers la zone nord, menacée d’expulsion elle aussi, mais pour laquelle aucun arrêté n’a encore été pris. Et sans doute aussi, en résistance sourde.

 

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