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Encore aujourd’hui, l’ère détruite s’est agrandie. Et cette fois, la destruction pèse sur l’ensemble du bidonville. Alors que jusqu’à présent, il suffisait de s’éloigner d’une centaine de mètres pour constater que la vie continue, que la musique sortait des bars, que les va-et-viens, les attitudes restaient les mêmes, il règne maintenant un silence de défaite. Les habitant-e-s de la partie sud du bidonville, visée par l’arrêté d’expulsion, partent dans la partie nord. Ce ne sont plus seulement des cabanes déplacées sur le plateau des camionnettes, se sont des gens qui portent des parois en bois de leur habitation, des palettes, des effets personnels. Les rues du bidonville ont des allures d’exode.

On repense au tournant de mars – avril 2015, lorsque les exilé-e-s ont quitté les squats et campements d’alors pour s’installer sur le terrain actuel, où ils et elles allaient soi-disant être toléré-e-s. C’était alors la plus grosse expulsion que Calais ait connu, elle concernait quelques 1500 personnes. Depuis, on en est à la quatrième expulsion partielle du bidonville, et dans le livre des records en matière d’expulsion, celle-ci est devenue la plus grosse que Calais ait connu.

Déjà, en 2015, les autorités avaient compté sur l’auto-expulsion des exilé-e-s sous la menace de la police pour tenter de rendre moins visible la violence de la destruction des lieux de vie et du déracinement de leurs habitant-e-s. Cette fois elle comptent aussi sur une communication totalement mensongère présentant une pseudo opération humanitaire, que montre bien cette vidéo de Stéphane Trouille, qui documente la destruction en cours :

https://vimeo.com/158183028

À la limite de la zone détruite, des volontaires et des exilé-e-s s’affairent à démonter des cabanes et à transporter tout ce qui peut être transportable. Les feux de cabanes ont aussi repris, même en plein jour.

Comme les équipements collectifs mis en place par les associations ont obtenu un sursit de la part du tribunal administratif, ils subsistent, isolés, dans le no-mans-land créé par les destructions. Le Centre pour les jeunes, puis plus loin la cuisine collective Ashram Kitchen, en cour de démontage pour une réinstallation dans la zone nord, et au bout l’École Laïque du Chemin des Dunes. Celle-ci a su garder une ambiance paisible et chaleureuse au milieu du désastre. Dans la salle de réunion, un slameur belge traduit en français un poème en anglais d’un habitant soudanais du bidonville. Se noue une discussion autour de poésie et traduction, hors du temps. Comme une résilience de la culture et du partage face à la violence.

 

Destruction bidonville 2016-03-08Photo association Polyvalence.