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Au centre du bidonville, un grand étang. C’est le lieu des hérons et des canards. Le vent, plisse légèrement sa surface. Les oiseaux chantent dans le buissons qui l’entourent. Des amis afghans avaient installé là leur demeure, au printemps dernier, à la création du bidonville. Deux cabanes et une grande tente, face à l’eau, un cuisine en plein air, une table et des bancs, une palettes dans l’eau pour servir de lavoir. Une couronne de branchage délimitait le lieu. Paisible et hors du temps.

L’endroit a peu changé. Une cabane plus grande, à toit de tôle, remplace une plus petite et la grande tente. L’étang est aujourd’hui la frontière entre la zone sud du bidonville, qui est en cours de destruction, et la zone nord, en sursit. Par-dessus le calme de l’étang, on entend le bruit des marteaux, les cabanes que l’on reconstruit dans la zone nord. De l’autre côté, ce lieu est aujourd’hui isolé. Les destructions du jour se sont arrêtées à sa porte. Il sera donc rasé demain.

Les destructions ont dépassé l’église, laissant quelques cabanes autour de la librairie – école Jungle Books, elles ont aussi quasiment isolé le dôme du Good Chance Theater et le centre d’information juridique de l’Appel de Calais. L’axe suivi par les destructions isole les structures associatives, épargnées par le jugement du tribunal administratif, et le cordon de police présent pendant la journée pour l’expulsion entrave leur accès. Certaines, comme la cuisine Ashram, le centre pour les jeunes, le centre pour les femmes et enfants ou le Good Chance Theater, ont déménagé vers la zone nord ou sont en train de le faire. D’autres restent.

À l’entrée du bidonville, la police fouille les véhicules (sur quelle base légale ?) et interdit l’accès aux bouteilles de gaz (pour cuisiner), à l’essence (pour les groupes électrogènes, donc les frigos et l’électricité), aux palettes (bois à brûler et matériau de construction). Après la violence de l’expulsion et la destruction des abris, les autorités comptent sur la faim et le froid pour faire partir les gens.

 

Destruction bidonville feuPhoto association Polyvalence.