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Pour ce vendredi, nous reprenons le récit du fil de la journée par l’association Polyvalence, qu’on peut trouver ci : https://www.facebook.com/assopolyvalence . Ce sans plus de commentaires, à l’exception d’une anecdote datant de ce jeudi. À la tombée de la nuit, un restaurant alors abandonné, près de la limite de la zone détruite, prend feu. Des CRS sont là, des exilé-e-s aussi, face-à-face. Il n’y a pas de violence, mais l’atmosphère est tendue. Un CRS a son flash-ball pointé vers l’avant, à hauteur de poitrine. Un camion de pompier arrive, puis repart, sans avoir tenté d’éteindre l’incendie. Les CRS ont éloigné les personnes présentes de la cabane en feu, personne ne peut intervenir. L’incendie s’éteindra quand la cabane aura fini de se consumer.

 

« Calais Jungle – vendredi 11 mars 2016

Nous arrivons dans la Jungle que nous avons quittée dimanche dernier dans une ambiance festive. Aujourd’hui, le coeur n’est plus à la fête, la Jungle est méconnaissable.

Des CRS et des policiers se trouvent dans la jungle, accompagnés des démanteleurs.

La rue commerçante n’existe plus, Hamid Karzai n’existe plus… Un symbole est parti. Quelques commerces résistent, mais pour combien de temps encore ?

Nous partons voir ce qu’il en est du côté du Good Chance Theater et de la cabane juridique. La vision est chaotique. Le sud de la Jungle est détruit à 85%. Des bénévoles déplacent le théâtre pour le mettre à l’abri.

L’Ecole du Chemin des Dunes, toujours isolée, fait de la résistance.
Le Youth Center est également isolé, drôle d’espace communautaire…

Les gens déplacent les cabanes à la main.

11h20 :

Nous avons réussi à entrer dans le centre des containers, par la porte, sans s’identifier. On a pris quelques clichés avant que La Vie Active (l’association qui travaille avec l’État et qui gère les containers) n’arrive avec les policiers, car il est interdit d’y pénétrer.
Ils nous ont demandé comment on était entrés, on leur a dit : « par la porte ».
Nous avons été raccompagnés vers la sortie sans autre soucis, nous sommes resté courtois avec eux.

Dehors, l’appel à la prière est lancé.

12h00 :

Le démantèlement continue.
Sans relâche, des bénévoles déplacent les cabanes vers la zone nord de la Jungle.
Le sous-préfet est sur place.

12h15 :

Il y a peu de monde dans les cafés encore ouverts.

12h50 :

La tension monte. Plusieurs personnes, migrants et bénévoles, commencent à faire face aux CRS. On entend : « C’est ça la France ?! »

13h00 :

Nous avons dû présenter nos papiers deux fois : hier à la gare et tout à l’heure dans les containers.

C’est un peu compliqué d’avoir des témoignages pour l’instant, les migrants sont tendus, ils en ont marre des caméras.

Les flics refusent d’être interviewé

Dans l’après-midi, on espère avoir le témoignage des grévistes iraniens.

Nous irons au bus des femmes et enfants.

En ville pour recueillir le témoignage du patron de bar que nous avons vu hier.

Pour les images de la vie quotidienne, c’est compliqué…

Nous avons d’autres projets en cours. Pour l’instant on n’en parle pas. On verra.

Il y a un groupe de créteux avec des masques qui soutiennent les migrants.
Les migrants disent aux CRS : « vous êtes tous malades !! »

***

On ne prendra pas de photos dans les « lieux de vie » qui restent.
Il y a le documentaire pour ça : http://assopolyvalence.org/calais-jungle/
Et sinon, pour quoi faire ? Stimuler le voyeurisme ? Laissons les gens tranquille. Dehors, il n’y a que des CRS. Dedans, il y a la vie. Laissons-leur cela.

On fait une pause, ce n’est pas gérable émotionnellement là.
On revient.

***

13h15 :

Le feu reprend, une cabane isolée est en flamme (on ne sait pas qui a mis le feu).

13h30 :

Nous filmons les violences policières. Les CRS nous arrachent un téléphone et effacent les vidéos. Le sous-préfet est présent. Il a tout vu. Nous le filmons pendant qu’on lui décrit la scène (qu’il a vue), il nous dit de porter plainte. Avec les vidéos qui ont été supprimées. Merci du conseil. Mec.

Mais, une vidéo arriiiiive, regardez-là, parce que ce n’est pas sûr qu’elle restera longtemps… Smiley !!!
https://www.youtube.com/watch?v=2Z2Pldk3fYo&feature=youtu.be

14h15 :

Pause déjeuner à coté du Welcome, dans la zone nord. Bœuf, riz, nanns, salade tomate et agneau, thé noir et sucre.

16h20 :

Nous sommes bloqués dans l’extrême sud de la zone sud. L’allée des restaurants brûle. Tout va flamber. Il n’y a plus que des CRS sur place donc ce sont eux qui ont mis le feu. On leur a dit d’appeler les pompiers, ils nous ont dit que ce n’étaient pas nos affaires, ce à quoi nous avons répondu « bande de gros bâtards ». Nous n’avons plus de batterie sur nos téléphone, il n’y a plus de prises, puisque tous les magasines brûlent. Voilà.

16h40 :

Les CRS brûlent volontairement les restaurants et les cabanes (dans lesquelles se trouvent les prises de courant, on ne peut pas charger nos portables). Ils accélèrent la destruction de la Jungle.

Les autorités sur place sont des CRS, des policiers et des agents de la BAC. Il y a aussi quelques indics, cachés sous des keffiehs.

Coincés entre l’entrée de Jungle qui brûle, et le pérphérique, et ne sachant pas où aller, les migrants courent en direction du périphérique.

On est près du centre juridique, duquel les CRS essaient de nous déloger, contrant l’ordonnance du Juge du tribunal administratif de Lille en date du 25 février 2016 qui interdit de déloger.

On ne sait pas si les pompiers sont arrivés. On espère qu’il n’y a personne dans les cabanes en feu, il y a des gens bloqués dans les restaurants.

***
Les techniques du démantèlement de la Jungle de Calais sont les mêmes que celles que l’on a vu utilisées ailleurs en Europe :

– Pression sur les zones extérieures (bande des 100 m) qui fait bouger les gens de façon urgente, mélangeant des communautés qui s’entendent pas forcément et ayant pour résultat des tensions.

– Impunité des violences à l’extérieur et aux abords du camp ; violences policières mais aussi de la part de milices (ratonnades) qui, de fait, établissent un couvre-feu puisque les gens ont peur de sortir.

– Départs de feux massifs (d’origines inconnues) à l’intérieur des camps dès le début du démantèlement, alors qu’il n’y en avait pas auparavant.

– Pressions psychologiques : informations floues quant aux dates d’expulsions etc.

***

18h30 :

Les pompiers sont arrivés 25 minutes après les départs des feux dans l’extrême sud de la zone sud. Ils ont pu maîtriser le feu, mais on n’avait quand pas le droit de passer, pour des raisons de sécurité. Donc on a contourné la Jungle, du côté des containers, pour rejoindre le nord.

De là, on pu recharger les téléphones.

On sait toujours pas s’il y avait des gens dans les restaurants qui ont brûlé.
A priori, non.

Pendant ce temps, la vie continue dans la zone nord : les commerces sont ouverts, des gens jouent au foot.

Nous retournons au Legal Center en compagnie de Marianne (coordinatrice du Legal Center) et Steve (un Afghan) pour récupérer les dossiers administratifs des migrants, de peur que le centre soit incendié plus tard.

20h30 :

Bonne nouvelle concernant l’Allemande qui avait été arrêtée durant les premiers jours du démantèlement :
La préfecture l’accusait d’avoir volontairement mis le feu à un abri pour exciter les migrants et d’avoir voulu attenter à la vie des forces de secours, alors qu’elle voulait en réalité éteindre un feu. La préfète avait pris une obligation de quitter le territoire et l’avait assignée à résidence au motif que son comportement constituait une menace à un intérêt fondamental de la société. La défense a été de dénoncer la volonté de la préfète de criminaliser et d’intimider les volontaires humanitaires sur le terrain. Elle était aussi accusée d’avoir rejoint les No Borders, décrit comme une mouvance extrémiste qui utilise la violence contre les forces de l’ordre.
Le juge a considéré que les faits ne sont pas établis et qu’elle ne constitue donc pas une telle menace. »

 

Destruction bidonville 2016-03-11 feuPhoto association Polyvalence.