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Hier soir, à la tombée de la nuit, le chant du muezzin de la mosquée soudanaise la plus au sud, accompagné par une flûte, ressemblait à un cri. La mosquée était en effet juste à la limite de la zone détruite.

Aujourd’hui, il ne reste plus que quelques cabanes autour de la mosquée. La destruction est allée comme un grand coup de faux d’ouest en est, emportant les dernières tentes et cabanes autour de l’église et de la bibliothèque Jungle Books, du centre d’information juridique et de la cabane du Secours catholique, pour aller mordre largement dans le quartier soudanais du bord du chemin des Dunes.

Alors que la lumière baisse, des habitant-e-s de ce qui reste du quartier soudanais rassemblent et transportent leurs affaires vers la partie nord du bidonville, encore en sursit. Dans la zone détruite, des personnes vont et viennent, glanant ce qui peut être récupéré, notamment le bois, pour la construction ou pour se chauffer.

Dans la partie nord, des cabanes s’installent dans les espaces inoccupés, des buissons sont défrichés, tout se densifie. La cohabitation sera facile ou pas. La tension est forte en tout cas, il n’y a pas assez d’abris pour tout le monde, les gens qui pouvaient cuisiner hier ont perdu ce qui leur permettait de le faire, des gens n’ont rien et ont faim. Les cuisines collectives ont pu se réapprovisionner en gaz ce week-end, la police ayant interrompu son blocus, mais de nombreux foyer avaient des réchauds et du gaz et n’ont pas pu les emporter. Et puis il y a la crainte de la suite, et le contre-coup de la violence subie.

On pense à ces villages palestiniens détruits pour installer une colonie, construire une route ou faire passer un mur. Ou à la guerre d’Algérie, et à ces populations chassées de chez elles pour être regroupées et mieux contrôlées. Regrouper et mieux contrôler, ce que font les autorités depuis les expulsions de mars – avril 2015, qui ont donné naissance au bidonville actuel.

 

Destruction bidonville whyPhoto association Polyvalence.