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Le 12 février, la préfète du Pas-de-Calais tenait une conférence de presse pour annoncer la destruction de la partie sud du bidonville de Calais. Au-delà, elle a fixé un horizon de 2000 exilé-e-s « accueilli-e-s » dans le Calaisis, soient 1500 dans le camp de containers construit par l’État dans le bidonville et 500 au centre Jules Ferry à quelques centaines de mètres de là, où est mise à l’abri une partie des femmes et des enfants dans des préfabriqués et des tentes. Ces lieux sont fermés aux visites, et il s’agit donc notamment de rompre le tissu de solidarité qui s’est tissé entre exilé-e-s, associations et bénévoles dans le bidonville. La préfète a distillé aux associations que l’horizon pour atteindre ce chiffre de 2000 personnes, et donc pour détruire la partie nord du bidonville, serait fin mars.

http://www.lavoixdunord.fr/region/annonce-du-demantelement-de-la-moitie-de-la-jungle-ia33b0n3327144

Cet objectif se heurte tout d’abord à la réalité. Quand la préfète annonce 2700 habitant-e-s pour l’ensemble du bidonville, et 800 à 1000 pour la partie sud du bidonville, elle sait qu’elle ment, mais elle ne sait pas forcément jusqu’à quel point. Le recensement fait avec méthode par les associations cabane par cabane aboutira à 3450 habitant-e-s pour la partie sud. Ce qui dépasse largement les quelques centaines de places disponibles en guise de relogement, sur place dans les containers et un peu partout en France dans les « centres de répit ».

Autres réalité : si des exilé-e-s quittent Calais, pour aller vers d’autres lieux de passage, se replier sur Paris, ou changer de destination et aller vers d’autres pays comme l’Allemagne, si d’autres choisissent d’aller vers les « centres de répit », quitte à n’y rester quelques jours, la plupart des gens restent sur place, et se replient dans la partie nord du bidonville. Globalement, malgré sa violence, la destruction de la partie sud n’a pas conduit à une réduction importante de la population du bidonville.

Autre obstacle à la destruction de la partie nord, cette phrase ambiguë du jugement rendu le 25 février par le tribunal administratif de Lille (page 15, considérant 12) : « que, par la suite, la décision d’évacuer cette zone dans le but de prévenir des troubles à l’ordre public et d’assurer la sécurité des migrants eux-mêmes en regroupant leur hébergement sur la zone « nord » dont les caractéristiques permettent une meilleure sécurisation, n’apparaît pas en l’état de l’instruction disproportionnée au regard des buts poursuivis » (vous pouvez lire le jugement ici : http://share.snacktools.com/9579A86BDC9/bh50xq2l).

Ambiguïté, parce qu’on ne sait pas bien si le tribunal parle du seul hébergement dans les structures mises en place par l’État, en se fiant aux chiffres donnés par celui-ci (800 à 1000 habitant-e-s pour la zone sud), et si elle considère un déplacement vers la zone nord du bidonville comme une solution d’hébergement pour les personnes expulsées de la zone sud. Et qu’on ne sait par conséquent par clairement comment le même tribunal considérerait un arrêté d’expulsion de la zone nord.

Tandis que cabanes et commerces se reconstruisent dans la partie nord du bidonville (voir ici et ), et qu’une partie des lieux collectifs créés par les associations dans la partie sud s’y sont repliés, l’avenir reste difficilement prévisible.

 

cratc3a8re-pythie-berlinLa Pythie de Delphes donnant consultation pour connaître l’avenir.