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(English bellow)

Les neufs exilés iraniens qui étaient en grève de la faim (voir ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici et ), certains d’entre eux depuis le 2 mars, ont décidé hier de cesser leur action.

Voici la traduction en français suivie de la version en anglais du message posté sur leur blog, dans lequel il font le bilan de leur action :

https://calaishungerstrike2016blog.wordpress.com/2016/03/25/452/

 

« La grève de la faim est finie – la lutte continue

Déclaration des grévistes de la faim dans « La Jungle » de Calais – 25 mars 2016

Nous voudrions renouveler nos profondes condoléances aux habitants de Bruxelles et à toutes les victimes des attentats de mardi.

C’est la même violence et la même terreur que fuient tant d’habitants de La Jungle. Nous devons rester ensemble, unis comme humanité, contre la violence sous toutes ses formes.

Au cours des nombreux mois que nous avons passés dans La Jungle, nous avons enduré de vivre dans des conditions sordides et crasseuses. Nous avons tous été soumis à une violence racist habituelle et systématique dans les mains de nationalistes, de fascistes, et de la police française. Cette expérience de violence est commune à tous les habitants de La Jungle et se produit de manière quasi quotidienne. Pour beaucoup, y compris de très jeunes réfugiés non accompagnés, cette violence est simplement devenue la norme.

Malgré les conditions terribles dans lesquelles nous nous sommes trouvés vivre, aucune alternative concrète et humaine ne nous a été offerte. La dispersion des réfugiés à travers la France dans des centres souvent inhabitables, et la procédure longue et complexe de demande d’asile, laissent beaucoup effrayés, désespérés, et les fait revenir dans La Jungle.

Le 29 février, l’État français a commencé leur expulsion de la partie sud de La Jungle. Le niveau de violence était indescriptible. Nous Iraniens étions dans la première section à démolir. En violation de leurs promesses et des décisions de justice, les autorités ont détruit nos abris, nous ont battus, nous ont étouffés avec des gaz lacrymogènes et ont tiré sur nous avec des balles de caoutchouc. Nous n’avions reçu aucun avertissement et aucun interprète pour nous aider à comprendre ce qui se passait. Nous n’avons pas eu le temps d’emballer nos quelques effets personnels, nous avons tout perdu, sauf les vêtements que nous avions sur le dos. Il est devenu clair pour nous que les problèmes des réfugiés en France, particulièrement dans la Jungle de Calais, avaient été censurés et que nous avions tous été présentés comme des terroristes et des fauteurs de troubles.

Notre décision de commencer une grève de la faim et de coudre nos lèvres pour protester contre le traitement inhumain des réfugiés et demandeurs d’asile a été bien réfléchie. Notre décision n’était pas basée sur la colère, mais prise pour des raisons claires.

Dès le premier jour nous avons demandé :

– un changement fondamental de l’approche politique et sociale du traitement des réfugiés en France.

– la fin de la destruction violente et illégale des habitations dans La Jungle sans alternative réelle, humaine et adéquate offerte pour héberger et protéger les réfugiés.

– la fin des violences policières et fascistes.

En outre, pour faire clairement comprendre la gravité des problèmes des personnes vivant dans La Jungle nous avions demandé la visite immédiate d’un représentant des Nations Unies pour évaluer la situation.

Nous avons aussi demandé que des représentants des gouvernements français et britanniques soient basés dans La Jungle pour identifier, distinguer et traiter les cas des personnes ayant une possibilité de réunification familiale ou de demande d’asile au Royaume-uni. Nous pensons que c’est un sujet qui relève de la responsabilité partagée de la France et du Royaume-uni.

Après seize jours de grève de la faim, un représentant du gouvernement est entré en négociation avec nous pour résoudre les problèmes des réfugiés dans La Jungle. Nous avons présenté chacun des problèmes rencontrés par les réfugiés. Après cinq réunions, nous n’avons rien reçu que des réponses standard, sans plan définitif mis en avant pour changer ou reconsidérer les politiques publiques concernant le traitement des réfugiés.

Les propositions mises en avant par l’État ne contenaient que les étapes pratiques qui auraient dues être mises en œuvre depuis longtemps pour assurer des conditions de vie humaines dans La Jungle. Leurs projets pour la partie nord auraient dus être en place depuis le début pour l’entièreté du camp. C’est à cause de la négligence continuelle de l’État que nous nous sommes retrouvés dans la situation présente.

Nous considérons comme une victoire que le gouvernement français ait été forcé d’abandonner la destruction de la partie nord du camp et à la place de commencer le processus d’amélioration des conditions de vie, y compris la sécurité, les services médicaux, les services juridiques, l’assistance aux groupes vulnérables, y compris les mineurs, une eau propre et des routes goudronnées pour permettre l’accès des services d’urgence à l’intérieur du camp.

Nous avons rencontré aussi des représentants du HCR et du Défenseur des Droits, qui ont assuré qu’ils allaient publier un rapport sur les conditions dans La Jungle. Nous acceptons leurs assurances qu’ils vont agir de manière appropriée pour sauvegarder nos droits humains.

Notre but était de faire prendre conscience des problèmes des demandeurs d’asile dans La Jungle. Nous voulions raconter au monde ce qui se passait ici et nous avons réussi. Nous avons reçu des messages de solidarité du monde entier et nous en sommes très reconnaissants. Nous voulons remercier ceux qui nous ont soutenus, en particulier ceux en France et au Royaume-uni qui ont été à nos côtés au long de notre lutte. Nous voudrions aussi étendre notre gratitude au maire de Grande-Synthe pour avoir créé un environnement sûr et humain pour les réfugiés de cet endroit.

Nous avons décidé d’arrêter notre grève de la faim non comme une réponse directe aux négociations avec l’État français mais par respect pour ceux qui nous soutenaient, qui avaient un réel souci pour notre bien-être, et comme un geste de confiance que l’État tienne ses engagements limités de protéger et d’améliorer les conditions des habitants du nord de La Jungle.

Il y a encore beaucoup de travail à faire et ce n’est pas la fin de la lutte pour les droits de l’homme des réfugiés et des demandeurs d’asile à travers l’Europe. Nous vous invitons tous à vous tenir avec nous, unis en humanité. »

 

The nine Iranians who where on hunger strike (see here, here, here, here, here, here, here, and here), some of them since March 2d, have decided yesterday to stop their action. Here is the message posted on their blog, in which they draw conclusions from their action :

https://calaishungerstrike2016blog.wordpress.com/2016/03/25/452/

 

« Hunger strike finished – struggle continues

Statement from the hunger strikers in ‘The Jungle’ in Calais [25 March 2016]

We would like to extend our deep condolences to the people of Brussels and all the victims of Tuesday’s attacks.

It is from this same violence and terror that so many of the people of The Jungle are running. We must stand together, united as humanity, against violence in all its forms.

In the many months that we have been in The Jungle we have endured living in squalid and filthy conditions. We have all been subject to routine and systematic racist violence at the hands of nationalists, fascists and the French police. This experience of violence is common to all in The Jungle and has occurred on an almost daily basis. For many, including very young and unaccompanied refugees, this violence simply became the norm.

Despite the terrible conditions which we found ourselves living in, no practical and humane alternative was offered. The dispersal of refugees across France into frequently uninhabitable centres and the complex, protracted asylum application process left many afraid, desperate and returning to The Jungle.

On 29 February, the French State began their eviction of the southern section of The Jungle. The scale of violence was indescribable. We Iranians were in the first section to be cleared. In breach of promises and court orders the authorities smashed our shelters, beat us, choked us with tear gas and shot us with rubber bullets. We had been given no warning and no interpreters to help understand the process. We had no time to pack our few belongings, we lost everything but the clothes on our backs. It became clear to us that the problems of refugees in France, particularly in the Jungle in Calais, were being censored and all of us were being presented as terrorists and troublemakers.

Our decision to go on hunger strike and sew our lips together as a protest at the inhumane treatment of refugees and asylum seekers was well considered. Our decision was not based on anger but taken with a clear aim.

From the first day we have been demanding:

  • A fundamental change in the political and social policy governing the treatment of refugees in France.
  • An end to the violent and illegal destruction of the residences in The Jungle with no proper, humane and adequate alternatives offered for housing and protecting the refugees.
  • An end to police and fascist violence.

Furthermore, to fully convey the severity of the problems of those living in The Jungle we requested an immediate visit from a representative of the United Nations to assess the situation.

We have also asked for representatives from the British Home Office and the French Government to be based in The Jungle in order to identify, separate and expedite the cases of those individuals with a case for family reunification or asylum in the United Kingdom. We believe this is an issue of shared French-British responsibility.

After sixteen days on hunger strike a representative of the government entered negotiations with us in order to resolve the problems of the refugees in the Jungle. We set out each of the problems faced by the refugees. Over five meetings we received nothing but the same standard responses with no definitive plan put forward to change or reconsider public policy towards the treatment of refugees.

The proposals put forward by The State contained only those practical steps that should have been taken a long time ago to ensure humane conditions for refugees in The Jungle. Their plans for the Northern section should have been in place from the beginning throughout the whole camp. It is through the continual neglect of The State that we have all found ourselves in this current situation.

We consider it a victory that the French government has been forced to the abandon the destruction of the northern section of the camp and instead to start the process of improving the living conditions there, including security, medical services, legal services, assistance for vulnerable groups including minors, clean water and a paved road allowing access for emergency services to enter the camp.

We have also met with representatives from the UNHCR and the Defenseur des Droits who have assured us that they will issue reports on the conditions of The Jungle. We accept their assurances that they will take appropriate action to secure all our human rights.

Our aim was to bring awareness to the problems of asylum seekers in The Jungle. We wanted to tell the world what is happening here and we have succeeded. We have received messages of solidarity from all across the world for which we are very grateful. We want to thank those who supported us, in particular those in France and the UK who have stood by us throughout our struggle. We would also like to extend our gratitude to the Mayor of Dunkirk for creating a safe and humane environment for the refugees in his area.

We have decided to end our hunger strike not as a direct response to the negotiations with the French State but out of respect for those supporting us, who have a genuine concern for our welfare, and as a gesture of faith that the State abide by their limited assurances to protect and improve the conditions of those in the North of The Jungle.

There is clearly still much work to be done and this is not the end of the struggle for the human rights of refugees and asylum seekers across Europe. We invite you all to stand with us, united in humanity. »