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En soi, l’idée qu’il y ait des lieux où les exilé-e-s puissent se poser et réfléchir à leur parcours migratoire sans que le dépôt d’une demande d’asile soit un préalable n’est pas mauvaise. Mais l’échec partiel des « centres de répit » (Centres d’Accueil et d’orientation » selon la terminologie officielle), malgré certaines réussites locales, tient à leur finalité réelle, au contexte et aux modalités de leur mise en œuvre (voir ici, ici, ici, ici, ici et ).

Leur finalité réelle : ils sont un élément de la politique britannique d’externalisation sur le sol du contrôle des frontières du Royaume-uni. Il s’agit d’éloigner les exilé-e-s des lieux où ils et elles se trouvent en plus grand nombre, Calais et Grande-Synthe, près de Dunkerque. Ce dans un contexte où les autorités françaises mènent une politique de non-accueil pour les dissuader de venir ou de rester en France. La mise en œuvre en est donc improvisée, brouillonne, hétérogène, et ne semble pas s’améliorer six mois après le début de la mise en place du dispositif.

Les réussites locales tiennent à la mobilisation du tissu associatif permettant un véritable accueil et un accompagnement de qualité, et quand les préfectures utilisent la clause de souveraineté prévue par le règlement européen Dublin III pour que les demandes d’asiles soient examinées en France et que les personnes ne soient pas renvoyées dans le pays qui en est responsable selon ce même règlement. C’est loin d’être partout le cas.

Deux exemples permettent de se rendre compte de l’absurdité du système mise en place. À Paris, lorsqu’un squat ou un campement d’exilé-e-s un peu important se constitue, il y a expulsion, et dispersion dans des lieux d’hébergements. Pendant un temps, la police fait la chasse aux personnes arrivées après l’expulsion, ou à celles qui n’ont pas eu la chance de se trouver dans le campement lorsque celle-ci a eu lieu et qui sont restées sur le carreau, puis un nouveau squat ou campement, expulsion, relogement, et les choses se répètent au fil des mois. Pas de regroupement, pas d’hébergement.

À Calais arrivent des personnes qui souhaitent se rendre au Royaume-uni, mais aussi qui continuent leur route parce que confrontées au non-accueil dans les pays qu’elles traversent, dont la France. Bloquées à la frontière et confrontées au non-accueil à Calais, certaines remettent en cause leur projet d’aller au Royaume-uni et sont dispersées dans toute la France dans les fameux « centres de répit », d’où elles risquent d’être expulsées vers un pays qu’elles ont traversé lorsqu’elles y ont laissé leurs empreintes digitales, ou bien où elles risquent de se trouver en panne si elles tombent sur un centre isolé où il n’y a pas d’accompagnement.

Il serait plus rationnel, moins coûteux et plus humain de créer des centres d’accueil sur la route des exilé-e-s, leur éviter de se trouver à la rue. Les personnes pourraient ainsi dans de bonnes conditions réfléchir à leur projet migratoire et faire le choix de rester dans un pays qui les accueille ou de continuer leur route, en amont du littoral.

L’existence de lieux d’accueil aux approches de la frontière britannique, aux lieux où se tente le passage, permettrait indépendamment de tout changement des conditions d’accès au territoire britannique, que le choix éventuel de rester en France ne soit pas par défaut, en étant confronté à la dureté des conditions de vie et aux violences policières, mais adhésion en raison de la qualité de l’accueil et des possibilités ouvertes.

Partout sur le parcours des exilé-e-s à travers la France et dans les lieux où ces personnes sont bloquées à la frontière, des solidarités créent de l’hospitalité. Les politiques n’auraient qu’à se joindre à elles, et à leur donner les moyens dont elles manquent.