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Lundi tout était beau, la « mise à l’abri » des exilé-e-s qui campaient sous le viaduc du métro près de la station Stalingrad s’était bien passée. Deux jours plus tard, on ne sait plus bien. Dimanche, la préfecture avait compté quatre à sept cents personnes dans le campement, lundi il y en avait en fait mille six cents, ça fait neuf cents de plus, ou de trop, c’est selon. On ne sait donc pas bien si ces neuf cents vont continuer à être « mises à l’abri ».

http://www.leparisien.fr/paris-75/paris-75010/paris-polemique-sur-l-evacuation-des-migrants-de-stalingrad-03-05-2016-5765019.php#xtor=AD-1481423551

Et ça tombe bien, parce que parmi les mille six cents personnes « mises à l’abri », le mot de novlangue qui veut dire expulsées, justement « quelque 900 ne répondraient pas aux critères d’obtention du droit d’asile ».

Sauf que pour déterminer si la situation d’une personnes répond aux critères d’obtention du d’asile, il y a un organisme qui s’appelle l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides), chaque demande est instruite par un officier de protection, sur la base d’un récit écrit, puis d’un entretien, et éventuellement de la recherche d’éléments complémentaires. On peut discuter de l’indépendance de l’OFPRA qui a été rattaché au ministère de l’intérieur sous Sarkozy, du fait que la France a l’un des taux de réponses positives les plus bas de l’Union européenne, mais il y a quand même un minimum d’examen individuel de chaque demande.

En tout cas, ce n’est pas le préfet de police qui juge au doigt mouillé qui répond aux critères ou pas quand il y a plus de monde que prévu au matin de l’expulsion.

Mais d’autre part il y a en France un droit pour les personnes en situation de détresse à l’hébergement d’urgence,  lequel est inconditionnel, c’est-à-dire ne dépend pas de nationalité ou de la situation administrative, donc qu’on ai ou non un titre de séjour. Le Défenseur des Droits dans son rapport du 6 octobre 2015 considérait que les conditions qui règnent dans le bidonville de Calais suffisent à caractériser une situation de détresse, les conditions étaient aussi mauvaises voire pire dans le campement de Stalingrad. Mais il y aussi une obligation de relogement en cas d’expulsion, qui a été rappelée dans la circulaire du 26 août 2012. Ceci n’a rien à voir avec une éventuelle demande d’asile, et concerne tous les habitants et toutes les habitantes du campement évacué.

En fait il y a en France tout un arsenal législatif et réglementaire qui devrait permettre que personne ne soit à la rue. Les choix budgétaires faits par les gouvernements successifs font que l’argent est consacré à autre chose plutôt qu’à la solidarité. Et c’est bien là qu’est le cœur d’un problème qui précarise encore plus les personnes nouvelles venues.

Ce matin mercredi, il ne s’agit plus de « mise à l’abri », mais « d’évacuation musclée » des locaux inoccupés depuis 2011 de l’ancien lycée Jean Jaurès, occupés par des exilé-e-s et leurs soutiens pour en faire un lieu autogéré et porter leurs revendications.

http://www.leparisien.fr/paris-75/paris-75019/paris-evacuation-du-lycee-jean-jaures-occupe-par-des-migrants-04-05-2016-5766421.php

« Évacuation musclée » parce que de nombreuses personnes étaient venues en soutien, et que la police leur a appris à coup de matraque et de gazeuse que leur solidarité n’était pas la bienvenue.

Mais aussi parce qu’il ne s’agissait plus de « mettre à l’abri » des victimes, mais de réprimer des personnes qui avaient choisi de prendre leur destin en main. Un rapport commandité par le ministre de l’intérieur théorisait sur « la dérive autogestionnaires du bidonville » de Calais, et l’État y a créé un camp de containers (voir ici et ) entouré de grilles, dont l’accès se fait par un système de reconnaissance biométrique, où il est interdit de fumer dans les dortoirs sous peine d’exclusion, interdit de cuisiner ou de faire un thé, interdit de personnaliser son espace de vie, interdit de recevoir des visites. L’autonomie y est réduite au maximum, et telle est la doctrine de l’État.

Ce lieu autogéré de revendication a donc été emporté dans la foulée de l’expulsion du campement Stalingrad.

En terme de choix, donc de politique, on pourrait rêver que les moyens financiers qui sont consacrés à l’expulsion de plusieurs centaines, parfois milliers de personnes, comme ça a été le cas avec la destruction de la partie sud du bidonville de Calais, soient utilisés pour trouver des solutions constructives, avec ces personnes.

 

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