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Le 1er février 2016, dernière phase de la destruction d’une partie du bidonville de Calais, sur cent mètres et plus par endroit à partir de la rocade d’accès au port et de la route de Gravelines. Le quartier des familles, l’église et la mosquée sont rasées. Les destructions s’arrêtent tout contre l’École Laïque du Chemin des Dunes, la plus connues des écoles du bidonville. Le 25 février, le tribunal administratif de Lille décide que la légalité de l’arrêté portant sur la destruction des « lieux de vie » est douteuse et ne peut pas intervenir avant que le tribunal puisse juger sur le fond. Les écoles de la partie sud, comme d’autres lieux collectifs, sont ainsi épargnées de la destruction, à l’exception de l’école soudanaise détruite par un incendie.

C’est grâce à certains de ces lieux, animés par des bénévoles, que des activités et un embryon d’école peuvent être proposées aux enfants du bidonville. L’État ne remplissant pas ses obligations.

Après plus de deux mois d’atermoiements faisant suite à des années d’absence, l’inspection d’académie vient d’officialiser l’affectation de deux enseignants dans les murs du centre Jules Ferry, à côté du bidonville. Le recensement effectué par Help Refugee et l’Auberge des Migrants début avril comptait 514 mineur-e-s dans le bidonville et dans le camp de containers mis en place par l’État, celui de début mai 568. Tou-te-s ne sont pas d’âge scolaire, mais il y aura en tout état de cause plusieurs centaines d’élèves pour deux enseignants.

On commence à deviner que ce ne sera pas une vraie école, répondant à l’obligation de scolariser les enfants de 6 à 16 ans. « Nouveau dispositif », « le dispositif sera transitoire », « les horaires seront sensiblement plus courts que pour une école classique » : c’est bien vers ça qu’on s’oriente.

http://www.lavoixdunord.fr/region/calais-deux-postes-d-enseignants-crees-au-centre-ia33b48581n3494263

Hors la France est un pays d’immigration de longue date, et il existe des dispositifs d’accueil des élèves non-francophones dans les établissements d’enseignement public, et des enseignant-e-s formé-e-s pour ce travail. Selon le site du ministère de l’éducation nationale, pas moins de 52 500 élèves ont été accueilli-e-s dans ce cadre au cours de l’année scolaire 2014 + 2015. Il n’y a donc pas besoin de parachuter deux enseignant-e-s au milieu de plusieurs centaines d’élèves potentiels d’âges et de cursus très différents pour des classes aux horaires « sensiblement plus courts ». Il suffit d’appliquer à Calais le dispositif de droit commun.

http://www.education.gouv.fr/cid58968/les-eleves-nouveaux-arrivants-non-francophones.html

En 2012, il y avait un campement de Roms roumains à Ris Orangis, en région parisienne. Le maire, socialiste, a d’abord refusé de scolariser les enfants du campement, puis sous la pression de la loi il ouvert un local en dehors des écoles de la ville, à l’entrée de laquelle il était écrit « école des Roms ».

Le projet de classe au rabais dans un ghetto à 7 km de la ville pour les enfants exilé-e-s se fait « selon la volonté de la ministre de l’Éducation et de la préfète du Pas-de-Calais ». Il ne s’agit donc plus des dérives d’un maire, mais d’une politique de l’État d’exclure physiquement du cadre scolaire commun et de reléguer à un enseignement au rabais les enfants de certaines catégories sociales, ici les « migrants ».

L’ironie veut que cette classe ghetto doive se tenir dans un ancien centre de loisir qui porte le nom de Jules Ferry, associé à l’école gratuite, laïque, obligatoire et ouverte à tous les enfants.

 

banksy-ghetto-4-lifeBanksy « Ghetto 4 Life » Photo: BanksyNY.com