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Gourdon, petite ville du Lot, un peu moins de 5000 habitant-e-s https://goo.gl/maps/fNvSaR3QSX62. La municipalité était partante pour accueillir des exilé-e-s venant de Calais et Grande-Synthe, un « centre de répit » (voir ici, ici et ), ou Centre d’Accueil et d’Orientation (CAO), est créé, six jeunes hommes et une famille de huit personnes arrivent le premier mars. La population et le tissu associatif se mobilisent pour les accueillir avec hospitalité.

Mais très vite on voit au travers du site du Collectif de la Bouriane de soutien aux migrants que l’accueil mis en place par l’État est pour le moins minimaliste : « Les dons matériels amenés aux services municipaux ont été transportés au centre d’accueil », « Elle envisage d’accompagner les personnes au secours populaire demain. Elle a pris contact avec les restaurants du coeur pour l’épicerie », « C’est pour cela que nous organisons une quête pour répondre aux besoins cités précédemment et parer aux menues dépenses quotidiennes et alimentaires dans un souci de respecter au mieux leur autonomie ».

http://soutiens.enresistance.fr/

Le 30 mars, le campement près du métro Stalingrad est évacué (un campement s’est depuis reformé quelques mètres plus loin et a été évacué le 2 mai), une vingtaine de personnes sont expédiées du jour au lendemain à Gourdon, sans concertation avec la mairie et avec les associations. « Les conditions d’accueil sont alors devenues difficiles pour tous : migrants, municipalité, citoyens…(trouver en moins d’une journée des lits, des couvertures, de la nourriture…) » écrit le Collectif. « Dans la nuit du 30 mars, c’est à nouveau 21 personnes issues du démantèlement du camp de Stalingrad qui étaient accueillies à Gourdon laissant bien peu de temps aux bénévoles pour s’organiser, ayant été seulement avertis la veille. Dix de ces personnes sont reparties dans la journée du lendemain. » écrit la municipalité.

Le 10 avril, l’État annonce « l’arrivée très prochaine d’une vingtaine de personnes ». La maire de Gourdon demande aux services de l’État de « surseoir » à cette décision « dans l’attente d’un partenariat clair concernant le coût d’un accueil décent ». Les relations se sont visiblement détériorées, puisque la maire le fait savoir dans une lettre ouverte, qui souligne entre autres que « Après un mois de fonctionnement de ce centre dit « de répit » il apparaît que les moyens financiers et humains mis en œuvre ne sont pas suffisants pour assurer les besoins journaliers et notamment la nourriture. Le budget de la commune ne saurait être engagé (comme cela était entendu) et les dons financiers des particuliers ne peuvent, à eux seuls, assurer le quotidien. »

http://www.gourdon.fr/spip.php?article822&lang=fr

Rappelons qu’après les premières créations de centres de répit où les municipalités étaient informées au dernier moment de ce qui s’implantait sur leur commune, l’État a démarché les mairies pour qu’elles acceptent l’implantation de CAO sur leur territoire.

La réponse de la préfète du Lot est intéressante, parce qu’elle montre à quel point chaque préfecture fait ses propres règles indépendamment des deux circulaires qui leur sont parvenues du gouvernement. On peut lire ainsi : « La durée de séjour maximale est de 2 mois », alors que la première circulaire prévoyait une durée idéale de séjour de 1 mois, mais non impérative, et que la deuxième ne donnait pas de limite.

La suite est par contre conforme à la lettre des circulaires « le temps qu’ils soient orientés selon leur situation, sur une demande d’asile en France pour ceux qui sont persécutés dans leur pays, ou sur une aide au retour, ou encore sur l’asile dans un pays tiers ; une procédure de reconduite à la frontière est engagée pour ceux qui ne remplissent aucune condition régulière de séjour ». Mais tant le ministère de l’intérieur que la préfecture du Pas-de-Calais garantissent aux associations que l’accueil dans les CAO n’est pas subordonné à une demande d’asile, et que les personnes ne risquent pas d’expulsion si elle sont en procédure Dublin (c’est-à-dire si un autre pays est responsable de leur demande d’asile selon le règlement européen Dublin III : « l’asile dans un pays tiers ») et si elles ne demandent pas l’asile en France.

Et surtout, en répression, la préfecture « bloque en conséquence tout nouvel accueil dans sa commune » là où celle-ci voulait simplement « surseoir » le temps que des conditions d’accueil soient mises en place et que l’implication de l’État soit clarifiée.

http://www.gourdon.fr/spip.php?article825&lang=fr

Du coup, le Collectif de la Bouriane de soutien aux migrants lance une pétition « Pour le maintien de l’accueil des « migrants » à Gourdon » :

http://soutiens.enresistance.fr/