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Il y a les relations de voisinage improbables. À l’automne 2012, des exilé-e-s d’Afrique de l’est, principalement soudanais, s’installent après une vague d’expulsions de campements et de squats dans un hangar abandonné. Ils y seront rejoints plus tardivement par des Syriens, qui s’installeront dans un petit bâtiment préfabriqué près de l’entrée. Jusque-là rien que de très banal. Mais ce hangar est un ancien cash-and-carry, ces lieux assez répandus dans le Calaisis de vente à emporter d’alcool, qui vivent de la différence notable de prix entre la France et le Royaume-uni. Une partie du stock est restée dans les locaux. L’aventure n’a pas été que positive pour certains des habitants du squat. Mais la chose s’est sue, et des Calaisien-ne-s ont commencé à venir assez régulièrement s’approvisionner. On n’a pas de langue commune, mais on trouve le moyen d’échanger. Les exilé-e-s sont de la génération des enfants d’une bonne partie des Calaisien-ne-s qui viennent là se fournir en alcool gratuit, et qui sont aussi des gens qui connaissent la galère.

Autre génération, des graffeurs viennent aussi peindre les murs de brique à l’intérieur du hangar. Malgré la proximité d’âge, il y a paradoxalement moins d’échange. Simplement, le mercredi c’est le jour des graffeurs, alors on leur libère une portion de mur pour qu’ils puissent continuer leur fresque.

Côtoiements. Fin du printemps et début de l’été 2009. Un campement d’exilés soudanais se trouve le long d’un chemin entre deux lycées. Des élèves passent là chaque jour. Aux beaux jours, ils et elles y font l’école buissonnière, discutent, boivent des bières. Les deux mondes, exilés et lycéen-ne-s, se juxtaposent sans vraiment interagir. Le 2 octobre 2009, le campement a été rasé. Personne n’a demandé aux lycéen-ne-s ce que signifiait pour eux et elles la disparition de leurs voisins.

Automne 2011, squat Noyon, une ancienne usine désaffectée. Nous discutons autour du feu. Un homme inconnu entre avec un grand plat. Il explique qu’il travaille dans un restaurant et qu’il apporte une huitaine de poulets rôtis. Il repart.

Été 2015. Les Syriens qui bivouaquent sous le porche de l’église du Courgain maritime ont reçu beaucoup trop de fruits. Ils en apportent à leur voisin, chez qui ils vont recharger leurs téléphones portables et chercher de l’eau. Le voisin est d’abord gêné, mais ils insistent, alors il accepte. Au début, des voisines venaient le matin avec du thé chaud. Mais quand les Syriens ont eu un réchaud c’est eux qui ont offert le thé.

Quelques exemples de ce qui a fait la vie de Calais pendant des années. Jusqu’à ce que les exilé-e-s soient expulsé-e-s de la ville et mis-e-s à l’écart (voir ici et ), là où se trouve le bidonville actuel.

 

Campement batellerie LB légerPrintemps 2014, au pied de l’hôtel de ville, le campement du bassin de la Batellerie. Photo Loup Blaster http://loupblaster.tumblr.com