Étiquettes

, ,

Si les choses semblent se répéter à Calais, tout comme les tâches des associations se répètent et semblent devoir se répéter à l’infini, le tissu associatif a connu des évolutions profondes, avec des moments qu’on peut considérer comme charnière.

Si vous souhaitez vous engager auprès des exilé-e-s en 2009, les différentes associations recommandent à leurs bénévoles et à leurs salarié-e-s de ne pas entrer dans les lieux de vie, squats ou campements. Les associations ont leurs lieux d’activités, de distribution, vont éventuellement devant les lieux de vie, mais en règle générale n’y entrent pas. Il y a des exceptions individuelles. Et puis il y a des pratiques encore marginales qui se mettent en place, justement pendant l’année 2009. L’association SALAM avait à l’époque aménagé un dortoir dans ses locaux, pour accueillir des bénévoles de l’extérieur. Assez rapidement ces bénévoles passent du temps avec les exilé-e-s et leur rendent visite dans leurs lieux de vie. L’Auberge des Migrants, qui est alors une petite association qui démarre, embraye et fait le choix d’une relation plus personnelle avec les exilé-e-s et de passer du temps dans certains lieux de vie. Enfin le mouvement No Border s’implante à Calais à partir de juin 2009 et d’emblée développe une relation très directe avec les exilé-e-s faite d’hospitalité réciproque.

Il y a alors de fortes tensions entre les associations, qui vont se vider de leurs membres calaisiens, une proportion croissante des personnes qui s’y impliquent habitant à l’extérieur du Calaisis. Dans les années qui suivent, le collectif C’SUR, qui regroupe depuis les années 90 les associations calaisiennes de soutien aux exilé-e-s, puis La Belle Étoile, la plus ancienne de ces associations, cessent leurs activités.

Automne 2013. En amont des élections municipales, la maire de Calais multiplie les signaux xénophobes, appel sur facebook à dénoncer les squats, interdiction d’un festival multiculturel. Apparaît aussi Sauvons Calais, page facebook contre les « migrants » et les gens qui les soutiennent, groupe d’extrême-droite qui organise ses premières manifestations.

Pour de nombreux-ses Calaisien-ne-s, c’est le choc qui suscite l’engagement. Dans un premier temps il s’agit d’animer le débat public, une page facebook se crée, d’abord appelée « Sauvons Calais des petits esprits », puis Calais Ouverture et Humanité https://www.facebook.com/groups/983879638350571/ (COH), des actions publiques s’organisent. Puis des collectent s’organisent pour les exilé-e-s, une association est créée. Et au printemps ces personnes nouvellement engagées viennent à la rencontre des exilé-e-s dans leurs lieux de vie.

Le 28 mai 2014 trois campements du centre-ville sont évacués (voir ici, ici, ici et ). Une partie des exilé-e-s occupent le lieu aménagé pour la distribution des repas, une occupation militant, pour revendiquer d’être traité-e-s dignement (voir ici, ici, ici, ici et ). Et cette occupation est devenue un lieu de rencontre entre Calaisien-ne-s et exilé-e-s. Lorsque le lieu de distribution des repas est évacué dans la violence (voir ici et ), une importante manifestation se termine par l’ouverture d’un squat en centre-ville, l’occupation Galou (voir ici et ). Les liens qui se sont nouées se continuent là, mais aussi dans les autres campements ou se sont dispersé-e-s les exilé-e-s. Et lorsque les exilé-e-s ont été expulsé-e-s hors de la ville vers le lieu où se trouve le bidonville actuel, c’est à partir de ces liens que ce nouvel espace a été construit ensemble, avant l’arrivée des ONG, avant l’arrivée de bénévoles de toute l’Europe, et notamment du Royaume-uni.

Cette nouvelle vague a eu également une manière de s’impliquer différentes des associations traditionnelles, plus individuelle ou par petits groupes, alliant relation personnelle et soutien matériel, avec souvent une hospitalité réciproque, on rend visite et on accueille chez soi. Calais Ouverture et Humanité a disparu en tant qu’association, mais l’impulsion était donnée.

Cette implication dans les lieux de vie a transformé à son tour la manière de travailler des associations traditionnelles, qui y sont venues aussi. Sans cela, ce qui s’est construit dans le bidonville actuel n’aurait pas été possible.

 

Fête occupation Galou LB légerAoût 2014, fête à l’occupation Galou. Photo Loup Blaster http://loupblaster.tumblr.com