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La « menace migratoire » a été agitée dans le cadre de la campagne du référendum sur le maintien ou non du Royaume-uni dans l’Union européenne, avec des considérations sur le déplacement de la frontière qu’entraînerait la sortie de l’Union européenne. Tant des ministres britanniques que français ont tenté d’effrayer une partie de l’électorat sensible au discours sur la « menace migratoire » pour la dissuader de voter pour la sortie en lui faisant croire que ça entraînerait l’arrivée de « migrants » sur le sol britannique puisqu’ils ne seraient plus bloqués sur le sol des États voisins.

Des propos totalement démagogiques et dénués de toute base réelle.

Tout d’abord la frontière ne va pas se déplacer, ce qui pourrait être en cause c’est sa gestion et les modalités de contrôle. Or elles sont définies par des accords bilatéraux entre le Royaume-uni et les pays voisins. Ils ne dépendent donc pas de l’appartenance ou pas du Royaume-uni à l’Union européenne.

Les accords franco-britanniques prévoient notamment l’existence de contrôles sur le sol français par des agents britanniques, et réciproquement sur le sol britannique par des agents français. Ils prévoient aussi des modalités de coopération et de coordination entre les deux polices, des actions à mener sur le sol français par les autorités françaises à l’encontre des personnes susceptibles de franchir irrégulièrement la frontière, la répartition des coûts liés aux mesures de contrôle sur le sol français.

Il existe aussi des accords bilatéraux de réadmission, qui prévoient qu’une personne arrêtée sur le sol britannique après avoir franchi irrégulièrement la frontière en venant de France soit renvoyée en France, et réciproquement.

Tout cela restera en place, brexit ou non brexit.

Ce qui changerait se situerait à un autre niveau. Les accords franco-britanniques de 2014 et 2015 font référence à une coopération entre les deux pays au sein des institutions européennes pour impulser des politiques renforçant les contrôles aux frontières extérieures de l’Union européenne. Et de manière générale il existe une coopération privilégiée franco-britannique concernant les politiques sécuritaires européennes. La position française sur ce terrain se trouverait affaiblie par une sortie du Royaume-uni, puisqu’elle perdrait son partenaire privilégié.

Une sortie du Royaume-uni entraînerait une redéfinition de ses relations avec l’Union européenne. On peut imaginer si les négociations se tendaient que le gouvernement français utilise la « menace migratoire » comme monnaie d’échange, mais compte-tenu de l’orientation xénophobe de sa propre politique on imagine mal qu’il fasse de l’amélioration du sort des exilé-e-s un sujet de confrontation.

Il est ainsi peu probable que le gouvernement britannique souhaite une renégociation des accords prévoyant l’externalisation sur le sol français du contrôle de sa frontière, et tout aussi peu probable que le gouvernement français fasse d’une telle renégociation autre chose qu’un objet de marchandage.

Pour que les choses changent à la frontière franco-britannique, il faudrait que l’un au moins des deux gouvernement change les orientations de sa politique en matière de migration et de droits de l’homme.