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Interpellé par les médias sur la note qu’il a fait afficher au camp de réfugié-e-s de Grande-Synthe, et qui change profondément la vocation et les règles de fonctionnement du camp, le sous-préfet de Dunkerque réplique en mentant effrontément.

Voici ses propos tels que rapportés par La Voix du Nord :

http://www.lavoixdunord.fr/region/grande-synthe-l-etat-pose-ses-conditions-a-ia17b47594n3610915#

« L’État cherche à installer un cadre légal à La Linière. Il n’y a pas de chasse aux migrants, mais il faut rappeler que l’installation sur le campement est temporaire. Si des migrants attendent sur le camp en espérant passer en Angleterre, il n’est pas fait pour eux. Le but du dispositif est qu’il y ait un roulement, une fluidité dans le système. Mais si les gens restent dans le camp volontairement, ils embolisent le système d’accueil. Le migrant qui arrive à La Linière, c’est pour s’y reposer. Il doit ensuite rejoindre un centre d’accueil et d’orientation pour faire une demande d’asile, acceptée à 99 %. D’ailleurs, depuis le 1er avril, 305 personnes de La Linière ont rejoint un CAO »

« L’État cherche à installer un cadre légal à La Linière » : faux. Ce camp de réfugié existe précisément parce que l’État ne respecte pas ses obligations légales. L’article L-445-2-2 du Code de l’action sociale et des familles prévoit en effet que « Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d’hébergement d’urgence. » Cet hébergement est inconditionnel (« toute personne »), c’est-à-dire accessible quel que soit le statut administratif de la personne (avec ou sans papiers) ou son projet migratoire. Un camp de réfugié-e-s a été mis en place par Médecins Sans Frontières et la municipalité de Grande-Synthe parce que l’État laissait les exilé-e-s de dans des conditions indignes. Ce camp ne répond pas aux normes françaises concernant l’hébergement d’urgence : l’État ne remplit toujours pas ses obligations légales.

S’agissant des personnes demandant l’asile, l’État a là encore des obligations qu’il ne remplit pas. La loi prévoit que ‘administration doit enregistrer une demande d’asile dans les trois jours maximum. En France, il faut plusieurs semaines à plusieurs mois, selon les préfectures. La demande enregistrée, l’État doit assurer des conditions d’accueil adéquates, et il existe un dispositif d’accueil des demandeur-se-s d’asile. Ni le camp de réfugié-e-s de Grande-Synthe, ni les « centres de répit », ou Centres d’Accueil et d’Orientation ne font partie de ce dispositif. Ils n’existent que pour pallier aux insuffisances du dispositif d’accueil des demandeurs d’asile, qui est sous-dimensionné depuis des années.

« Une demande d’asile, acceptée à 99 % » : faux. Le taux de réponses positives à une demande d’asile était de 52 % pour l’ensemble de l’Union européenne, et de 26 % en France, soit moitié moins. La moitié de la moyenne, 5 sur 20 en quelque sorte. De ce point de vue aussi, la France fait partie des pays qui font mauvais accueil aux personnes demandant l’asile. Le taux de réponses positives est de 37 % en première instance au Royaume-uni, moins que la moyenne européenne, mais nettement mieux que la France. En appel, le taux de réponses positives est 16 % en France et 31 % au Royaume-uni.

Vous pouvez télécharger ici la note d’Eurostat d’où sont tirés ces chiffres (en page 5).

Comment s’étonner dans ces circonstances qu’on veuille éviter la France et qu’on puisse préférer le Royaume-uni.

Et c’est avec nos impôts qu’est payé le sous-préfet pour nous mentir.