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La ville actuelle de Calais est formée de la réunion de deux communes. Calais, au nord, port, de pêcheurs et de corsaires avant de l’être de ferries, et place forte. Et Saint-Pierre, faubourg industriel qui s’est développé grâce aux métiers à dentelle importés en contrebande d’Angleterre au XIXe siècle. Entre les deux villes, une étendue sableuse, qu’on appelait pour cette raison « le Sahara », où a été construit l’hôtel de ville de la nouvelle commune formée par la réunion de Calais et de Saint-Pierre.

De part et d’autre de cette étendue, se prolongeant l’une l’autre selon un axe nord – sud, les rues principales de Calais et de Saint-Pierre, aujourd’hui Rue royale et boulevard Jacquard, sont bordées de commerces, de bars et de restaurants. Si on les fermait, cela dévitaliserait le centre-ville.

En avril 2015, lorsque les exilé-e-s ont été obligé-e-s de s’installer sur le terrain où se trouve actuellement le bidonville de Calais, des commerces et des restaurants qui s’étaient créés dans des bidonvilles éloignés du centre s’y sont installés aussi. Lorsque trois points d’eau ont fini par être installés sous la pression des associations, l’un d’eux se trouvait à l’un des accès du bidonville, dans le prolongement de la rue des Garennes. Très vite, des échoppes se sont installées autour. Puis d’autres, le long de deux chemins qui existaient déjà, l’un partant vers le sud et desservant l’ancienne décharge municipale de gravas, l’autre au nord allant se perdre dans une étendue sableuse. Assez rapidement ces deux chemins se sont transformés en rues bordées de boutiques et de restaurants et autour desquelles s’est organisé le centre de cette petite ville qu’est devenu le bidonville.

La partie sud de cette rue commerçante a été détruite en mars 2016, en même temps que la partie sud du bidonville lui-même. Fermer les boutiques et les restaurants de la partie nord, ce qu’ont essayé de faire les autorités dans le courant de cette semaine (voir ici, ici et ), dévitaliserait le bidonville qui s’est réorganisé dans sa partie nord épargnée par la destruction.

En 1940, une partie de Calais, l’ancien Calais d’avant l’unification des deux communes, a été détruite lors de la prise de la ville par l’armée allemande. Les autorités d’occupation ont donné quelques jours aux habitant-e-s pour récupérer ce qu’il était possible dans les décombres, puis ont entouré la zone d’un mur pour en faire un no-mans-land destiné à empêcher les intrusions dans le port.

En janvier 2016, une partie du bidonville a été détruite sur une bande de 100 mètres le long de la rocade conduisant au port et de la route de Gravelines, pour constituer un « no-mans-land » (c’est le terme employé par les autorités) destiné à empêcher les « intrusions » de « migrants » sur la rocade. Puis en mars, la partie sud du bidonville a été rasée.

Les ports de la Manche et de la Mer du Nord se sont entourés de grilles, de barbelés et de systèmes de détection, formant un « Mur de l’Atlantique » d’un nouveau style, inversé puisqu’il s’agit d’empêcher des personnes de sortir de France ou de Belgique pour gagner le Royaume-uni. A Calais, les grillages parsèment la ville, entourent à l’ouest le périmètres du Tunnel sous la Manche et à l’est le port, et commencent à envelopper la ville le long de la rocade. Des étendues d’arbres et de buissons ont été rasées pour permettre de surveiller les alentours, des terrains ont été inondés pour empêcher le passage.

Autrefois, le port et la gare portuaire étaient juste à côté du centre-ville. Aujourd’hui, le port est entouré de grille, et on en sort en tournant le dos à la ville par la rocade entourée de grilles qui vont encore être prolongées par un mur. Qui du reste s’arrêterait encore dans cette ville entourée de grilles, si ce n’est les personnes bloquées là à la frontière ?

Cette frontière qui affecte autant la ville que le bidonville où les autorités ont concentré les exilé-e-s de l’autre côté de la rocade et de ses grilles.

 

LouiseHannah-street légerLa rue principale du bidonville, par Hannah Kirmes-Daly et Loup Blaster.