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La vision qu’on a de ce qui se passe à cette frontière est que le Royaume-uni décide de fermer sa frontière à certaines catégories de populations, et délègue aux pays voisins, dont la France, de garder la frontière et de faire le sale boulot sur leur territoire. Ce que la France ferait avec une complaisance un rien servile.

Mais paradoxalement, alors que le gouvernement français semble incapable de sortir d’une politique de harcèlement et de violence, et semble imperméable à tout débat, il semble y avoir plus de jeu dans les institutions britanniques.

C’est ainsi qu’au cœur d’un débat législatif dont le but revendiqué par le gouvernement britannique est de « rendre impossible la vie des sans-papiers », un membre de la Chambre des lords introduit un amendement concernant l’accueil par le Royaume-uni de mineurs isolés se trouvant déjà en Europe (par exemple à Calais) et réussit à le faire voter.

Sur le terrain, les obstacles qui empêchent tant des mineurs isolés de rejoindre des membres de leur famille au Royaume-uni, que d’autres d’y être accueillis dans le cadre de cet amendement, viennent autant de l’administration française que de l’administration britannique.

Dans le même esprit, le Comité des affaires intérieures de la Chambre des communes vient d’adopter un rapport sur la « crise migratoire ». Dans ses grandes lignes il est conforme aux grandes orientations de la politiques britannique : fermeture des frontières nationales et européennes, dans une logique de contrôles des « flux migratoires » et sécuritaire, il fait référence aussi bien à « l’appel d’air » qu’à « la menace terroriste ».

Mais à l’intérieur de ce cadre, il affirme la nécessité de satisfaire aux obligations liées à la Convention de Genève sur les réfugiés non pas seulement du point de vue formel en terme de procédure d’asile, mais d’accueil des réfugié-e-s. Ainsi que la nécessité de résoudre les situations indignes qui existent à la frontière britannique, à Calais mais pas seulement.

Au niveau européen, le Comité affirme qu’il faut mettre en place des canaux légaux pour que les réfugiés puissent accéder au territoire européen, et que le règlement Dublin III ne permet pas de faire face à la situation actuelle parce qu’il fait reposer l’essentiel de l’accueil des réfugié-e-s sur les pays d’entrée de l’Union européenne.

Concernant Calais et la frontière britannique, il s’insurge du fait que les mineur-e-s isolé-e-s qui pourraient légalement accéder au territoire britannique soient toujours bloqué-e-s. Il considère qu’une partie au moins des réfugié-e-s présent-e-s à Calais, parce qu’ayant des liens au Royaume-uni, devraient pouvoir y être accueillies. Il demande que les gouvernements français et britanniques s’accordent pour une stratégie de résorption de la situation indigne des campements à la frontière, dénonçant au passage leur absence de vision.

Rien de révolutionnaire donc, puisque les préconisations de ce rapport ne remettent pas en cause le cadre général de la politique migratoire britannique actuelle. Mais du côté français, le débat est tellement gelé au sein des institutions que ces propositions apparaissent d’une audace impensable. Un accueil digne des exilé-e-s bloqué-e-s à la frontière et la mise en place de procédures pour que certain-e-s puissent accéder légalement au territoire britannique ? What the fuck ?

 

Vous pouvez télécharger le communiqué du Comité des affaires intérieures ici.

Vous pouvez télécharger le rapport du Comité des affaires intérieures ici.

 

800px-Turner,_J._M._W._-_The_Fighting_Téméraire_tugged_to_her_last_Berth_to_be_brokenTurner : Le dernier voyage du Téméraire.