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L’externalisation des contrôles migratoires est le fait pour un État de déléguer à un État voisin la mission de contrôler la frontière du premier sur son propre territoire, en assumant généralement les violations des droits de l’homme qui y sont liées. Situation qu’on trouve à Calais, mais aussi sur le littoral français, belge et néerlandais à la frontière britannique, comme en Italie à la frontière française, mais aussi suisse et autrichienne (voir ici et ).

L’Italie vient ainsi d’expulser quarante-huit exilés soudanais arrêtés à Vintimille, à la frontière française, vers le Soudan.

L’Espace Schengen était un espace où les contrôles aux frontières entre État membres avaient était abolis, à une époque où la Convention de Schengen sur le libre circulation des personnes était un des piliers de la construction européenne. Aujourd’hui, tous les États voisins de l’Italie, sauf la Slovénie, ont rétabli des contrôles à leur frontière avec elle, voire construit un mur à la frontière comme l’Autriche. Sauf la Slovénie parce que les exilé-e-s viennent des Balkans par la Slovénie vers l’Italie, et de là vers les autres pays. La Slovénie a construit une clôture barbelée avec la Croatie sa voisine membre de l’Union européenne.

La frontière franco-italienne est ainsi redevenue une frontière avec contrôles. Côté français, contrôles au faciès, refoulement illégal de demandeurs d’asile et de mineurs, violences policières, arrestation, placement en rétention et expulsion vers leur pays de citoyen-ne-s européen-ne-s solidaires, poursuites contre des citoyen-ne-s français-es, le délit de solidarité n’ayant jamais été autant utilisé que par le gouvernement actuel. Côté italien, utilisation d’une loi ancienne du régime de Mussolini pour interdire le séjour des personnes solidaires sur le territoires de Vintimille, rafles et envoi dans des centres d’accueil du sud de l’Italie, violences policières, et maintenant rafles et expulsion vers le Soudan, dont le dictateur est recherché par la Cour Pénale Internationale pour génocide, crime de guerre et crime contre l’humanité.

Dans le jeu européen, avec la création des « hotspots » où sont amenés les exilé-e-s intercepté-e-s en mer Méditerranée, les empreintes digitales des exilé-e-s sont prises de manière plus systématique sous la surveillance de l’agence européenne Frontex, ce qui fait de l’Italie le pays responsable de leur demande d’asile dans la grande majorité des cas, selon le règlement européen Dublin III. Pour équilibrer les choses, l’Union européenne a mis en place un mécanisme de relocalisation de réfugié-e-s arrivé-e-s en Italie (et en Grèce) vers d’autres pays européens, mais ce mécanisme ne fonctionne pas. Si l’Italie expulse vers un pays dangereux comme le Soudan, en application des accords italienno-soudanais de mai dernier, des tribunaux d’autres pays européens devraient annuler des revois Dublin III vers l’Italie.

Tu veux devenir cobaye des relations entre États européens ? Welcome in Europe.

 

Cette expulsion a laissé des traces sur des médias militants :

http://www.gettingthevoiceout.org/italie-deportation-de-40-soudanais-24082016/

http://dirittiefrontiere.blogspot.fr/2016/08/espulsioni-dirette-illecito.html

Des médias classiques de langue italienne :

https://news.vice.com/it/article/italia-rimpatri-migranti-violazioni

Un tabloïd britannique :

http://www.express.co.uk/news/world/703923/Italy-breaking-point-migrants-send-back-Sudan-chartered-plane

Aucun média français détectable par les moteurs de recherche, alors qu’il s’agit bien de l’externalisation sur le sol italien du contrôle de la frontière française.

Et que la France et le Royaume-uni sont des pays moteurs du Processus de Khartoum, qui est le cadre général de cette expulsion, et qui vise à traiter avec les États que fuient les exilé-e-s pour les empêcher d’arriver en Europe.