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Les personnes impliquées depuis un certain temps à Calais décrivent souvent ce qui va se passer comme résultat d’une action annoncée des autorités : « ça va se passer comme ça ». Elles ont en effet tendance à se répéter, avec des effets qui sont donc prévisibles. Il en est ainsi des expulsions et destructions de squats, campements ou bidonvilles, qui se répètent depuis la fermeture du centre de Sangatte en 2002.

La période du bidonville actuel a été particulière au regard de ces répétition. La concentration en mars et avril 2015 des exilé-e-s sur le site actuel par auto-expulsion sous la pression de la police et assistée par une partie des association, qui pensait qu’on sortirait du cycle des expulsions, les autorités ayant annoncé que les personnes seraient « tolérées » à cet endroit. Puis l’expulsion des derniers squats et campements en juin et septembre 2015 pour terminer le regroupement des exilé-e-s au même endroit (voir ici, ici, ici, ici et ). Puis quatre destructions partielles du bidonville (voir ici et ), la majorité des personnes restant sur le site, sur une surface qui devient de plus en plus petite.

Avec la destruction finale du bidonville annoncée par le gouvernement, on revient à une expulsion – destruction « classique », les habitant-e-s devant quitter le lieu et aller « ailleurs ». Cet ailleurs peut être la mise pure et simple à la rue, l’envoi dans des centres de rétention un peu partout en France (destruction de la « Jungle des Afghans » en 2009, évacuation du lieu de distribution des repas et de trois squats en 2014), évacuation vers des lieux d’hébergement éloignés de Calais, comme les « Opérations Ulysse » qui ont suivi la fermeture du Centre de Sangatte. Dans ces deux derniers cas, il s’agit en fait d’une mise à la rue différée, puisque dans le cas de la rétention les juges annulent les décisions prises à la chaîne, non individualisées, et dans le cas des hébergements lointains les personnes qui ne souhaitent pas rester en France reviennent rapidement à Calais et vers les autres lieux de passage.

L’expulsion – destruction de la partie nord du bidonville est annoncée comme une expulsion avec déplacement forcé vers des lieux d’hébergement éloignés, et se présente comme un calque exact des Opérations Ulysse, puisqu’il est dit que dans ces centres d’hébergement les personnes auront le choix entre demander l’asile, retourner volontairement dans leur pays d’origine et être expulsées de force vers leur pays d’origine. Avec le cas particulier des demandeur-se-s d’asile en procédure Dublin qui seront expulsé-e-s vers le pays responsable de leur demande d’asile (le règlement européen Dublin III sert à déterminer le pays européen responsable d’une demande d’asile, le plus souvent le pays d’entrée la prise des empreintes digitales faisant fois, les personnes demandant l’asile dans un autre pays pouvant être renvoyées dans le pays responsable). Opération Ulysse, mais décuplée à l’échelle du déplacement de plusieurs milliers de personnes.

Pour permettre aux personnes qui n’ont pas connu la période d’avant le bidonville de Calais, nous reprenons ici la chronique que nous avions tenue lors de l’évacuation du lieu de distribution des repas occupé par les exilé-e-s, et de trois autres squats, le 2 juillet 2014, pour leur permettre de mieux comprendre la dynamique de ce genre de situation. Un point commun avec l’expulsion à venir de la partie nord du bidonville, le déplacement forcé des personnes, qui ensuite reviennent. Trois différences : un peu plus de six personnes expulsées le 2 juillet 2014, probablement entre huit et dix mille pour l’expulsion à venir. Ce 2 juillet, les premières personnes ont été envoyées en centre de rétention, puis quand il n’y a plus eu de place en rétention ont été gardées dans les commissariats de police jusqu’au soir ou à la nuit puis relâchées, puis quand il n’y a plus eu de place dans les commissariats des environs les personnes ont été emmenées en bus jusqu’à Arras, Valencienne, Paris et relâchées là. Et troisième différence à cette époque les associations de soutien aux exilé-e-s étaient à-peu-près unies.

 

2 juillet : EXPULSIONS CE MATIN À CALAIS

Les trois squats ouverts par le collectif « Salut ô Toit » et le lieu de distribution des repas occupés depuis un mois par des exilés ont été évacués ce matin. Les militants et journalistes ont été éloignés de manière à ce qu’ils ne puissent pas voir ce qui se passait à l’intérieur du lieu de distribution.

Les personnes sont arrêtées et emmenées dans des bus.

Des places auraient été libérées ces derniers jours dans différents centres de rétention. La perspective semble donc que les expulsions de squats et du campement soient suivies d’expulsions du territoire. Les autorités se serviront sûrement du « dispositif exceptionnel » mis en place à Calais la semaine dernière comme argument pour dire que les personnes qui n’ont pas demandé l’asile à cette occasion peuvent être renvoyées sans inconvénient dans leur pays.

Une violence de plus, qui rappelle la séquence Besson en 2009 et les tentatives de renvoyer les Afghans dans leur pays. Et la répétition de ce qui se fait depuis douze ans.

EXPULSIONS À CALAIS : NOUVELLES INFOS

Une partie des exilés arrêtés ce matin ont été envoyés dans des centres de rétention, Coquelles (près de Calais) environ 40, Lille – Lesquin, le Mesnil – Amelot, près de Paris. Des personnes en rétention à Rennes auraient été transférées dans des centres de rétention du sud de la France pour libérer des places, et une vingtaine d’exilés arrêtés à Calais seraient attendus à Rennes. Des places (180 à 200) sont disponibles dans les centres de rétention de Plaisir, Palaiseau, Rouen, Rennes, Mesnil Amelot, Wassel.

Des mineurs (une cinquantaine, érythréens et soudanais) ont été transférée dans un camp à Boulogne/Mer, d’autre près de Béthune.

Des exilés ont été envoyés à Boulogne et Dunkerque, probablement dans des commissariats.

Une petite cinquantaine sont encore au lieu de distribution des repas, sans qu’on sache pourquoi ils sont encore retenus là.

Trois cent vingt exilés ont été arrêtés selon la préfecture.

Le président de Salam, un membre de l’Auberge des Migrants et un membre de No Border ont été arrêtés placés en garde-à-vue.

EXPULSIONS À CALAIS : ÇA PART EN QUENOUILLE

Vers 18h, plusieurs personnes ont reçu des messages de mineurs emmenés près de Béthune : ils sont en train de revenir à Calais en suivant l’autoroute. Raflés le matin au lieu de distribution des repas, emmenés par la police dans un centre ouvert, ils en sont partis aussitôt et ils en reviennent.

D’autres appels se succèdent, de Boulogne et de Lille : les policiers ont relâchés les gens, ils rentrent à Calais.
Vers 19h, nous apprenons qu’un bénévole qui avait accueilli chez lui des exilés mis à la rue a été arrêté à son domicile par des policiers en civil et frappé, devant des témoins, hors de toute procédure légale pour pénétrer chez lui. Les personnes présentes ont été aspergées de gaz lacrymogène. Vers 21h, sa compagne, qui s’était rendu au commissariat, a été arrêtée à son tour. Après les arrestations de bénévoles de ce matin, l’intimidation continue, d’une manière plus brutale et arbitraire.

Plus tard dans la soirée, coups de téléphone de Douai et Valencienne : les bus se sont arrêtés là, les policiers ont dit aux exilés de descendre, « go to Salam » (Salam est le nom que les exilés donnent au lieu de distribution des repas). Ils devraient reparaitre aussi demain à Calais.

Vers 20h, coup de téléphone d’exilés érythréens emmenés à Dunkerque. Ils ont eu une petite bouteille d’eau et un biscuit le matin, ils n’ont rien eu à manger depuis. Privés de leur liberté d’aller et venir à 6h du matin, la retenue administrative durant au maximum 16h, ils devraient être relâchés vers 22h, c’est-à-dire mis à la rue à Dunkerque.

En parlant de privation de liberté, les personnes ont été empêchées de quitter le lieu de distribution des repas à 6h du matin, les dernières d’entre elles ont été emmenées dans les bus peu avant 18h. Pendant ces presque douze heures, quel régime de privation de liberté leur a été appliqué (retenue administrative ? Garde-à-vue – ce qui implique un délit?) et comment ont-elles eu accès aux droits liés à ce régime de privation de liberté ?

Arithmétiquement, si près de 600 personnes ont été arrêtées et qu’il y avait un peu moins de 200 places disponibles en rétention, ça signifie que quelques quatre cents personnes doivent être relâchées. Et vont donc majoritairement revenir vers Calais. Mais il faut aussi être attentifs aux placements en rétention, et aux risques d’expulsion du territoire, notamment vers des pays comme le Soudan, l’Afghanistan, etc…

Les autorités ne savent pas quoi faire des personnes arrêtées, mais la compagnie de gendarmes mobiles reste à son hôtel jusqu’à demain, et quatre compagnies de CRS sont présentes à Calais ce soir. On ne sait donc pas si les violences ne vont pas continuer ces prochains jours avec de nouvelles destructions de campements, aussi absurdes que celle de ce matin.

3 juillet : EXPULSIONS À CALAIS : INFOS J+1

Au fur-et-à-mesure que les exilés reviennent à Calais et que les associations reprennent contact avec eux, nous avons de nouveaux éléments sur la situation. Il est par contre difficile d’évaluer le nombre de personnes concernées. Les uns et les autres sont en effet dispersés dans Calais et aux alentours, voire plus largement dans la région.

Une partie des exilés ont bien été emmenés en bus du lieu de distribution des repas dans différentes villes jusqu’à Paris, où les policiers leur simplement dit de descendre. À aucun moment ils n’ont été dans un commissariat. A priori aucun document ne leur été remis en lien avec la privation de liberté qui leur a été infligée.

D’autres ont été emmenés dans des commissariats à Coquelles, Lille, Dunkerque, Saint-Omer, Boulogne, et libérés hier en fin de journée. Certains sont porteurs d’un document en trois feuillets avec des cases à cocher correspondant à différentes questions, qui tient probablement lien d’examen de la situation individuelle. Des problèmes de traduction ont été rencontrés (des Érythréens confrontés à un traducteur en arabe) et des entraves à la demande d’asile (quelqu’un qui déclare au commissariat qu’il souhaite demander l’asile et à qui les policiers répondent que c’est impossible parce qu’il va être renvoyé dans son pays).

Des mineurs ont reparus, mais pas tous. Certains sont très jeunes, une douzaine d’année (le bel âge pour vivre à la rue). Comme les autorités ne se soucient d’eux que pour les arrêter, il faudra rapidement que nous réussissions à savoir où ils sont et à renouer le contact avec eux (spécial remerciement au président du conseil général, responsable de la protection de l’enfance, pour qui ces gosses ne sont pas des humains mais un problème migratoire).

Quelques femmes ont réapparu, mais là encore on ne sait où sont les autres. Certaines étaient enceintes et proches de l’accouchement, d’autres avaient des enfants de moins de six ans, on aimerait avoir de leurs nouvelles.

Il est plus facile de compter les gens lorsqu’ils sont en centre de rétention, on a donc les chiffres : 206 personnes, soient 37 au centre de rétention de Lille-Lesquin, 20 à Rennes, 20 à Metz, 30 à Oissel (près de Rouen), 17 à Palaiseau, 20 à Plaisir, 62 au Mesnil-Amelot (ces trois derniers en région parisienne). On a de premiers retours sur des décisions d’expulsion vers l’Afghanistan ou le Soudan. Ils doivent faire appel devant le tribunal administratif dans les 48h suivant leur arrivée au centre de rétention, souhaitons que les informations que nous avons données à Calais aient circulé et qu’ils aient les bons réflexes.

Les renforts de policiers et de gendarmes mobiles ont quitté Calais tôt ce matin. Il semble se confirmer que les policiers avaient pour consigne d’éloigner les militants et les journalistes au besoin par la violence, d’où l’usage important et immédiat de gaz lacrymogènes, et les arrestations à fin d’intimidation.

EXPULSIONS À CALAIS : DÉCRYPTAGE

Comme souvent, la séquence que nous vivons avec l’expulsion du lieu de distribution des repas et de trois squats et la tentative d’expulser du territoire une partie de leurs occupants s’inscrit dans des séquences plus larges, dont les déterminations ne sont pas toutes principalement liées à Calais.

Qui est responsable ?

C’est la mairie de Calais qui a saisi le tribunal administratif pour obtenir l’évacuation du lieu de distribution des repas occupé par des exilés depuis un mois. C’est aussi l’Office Public de l’Habitant qui avait saisi la justice et obtenu un jugement d’expulsion pour les trois squats évacués le matin du 2 juillet.

C’est l’État qui a accordé le concours de la force publique, et qui est donc à l’origine de cette opération policière coordonnée sur plusieurs lieux. C’est lui qui a donné aux policiers et gendarmes la consigne d’éloigner militants journalistes, au besoin par la violence.

C’est surtout l’État qui a décidé de coupler évacuation du campement et des squats et expulsion du territoire.

Et qui a initié après le fiasco des évacuations de campement du 28 mai une nouvelle séquence médiatique préparant les évacuations accompagnées de rafles. Suite à l’échec du 28 mais, la préfecture se mure dans le silence et ne communique plus sur le sujet. Puis elle invite le 18 juin les associations puis les médias pour leur présenter un « dispositif exceptionnel » pour les personnes qui demanderaient l’asile, et annoncer en des termes euphémisés l’expulsion du lieu de distribution des repas. Le directeur général de l’OFPRA apparait comme par miracle le soir-même au lieu de distribution des repas pour présenter le dispositif. Lequel apparait les jours suivants profondément défectueux. Visiblement l’État ne souhaite pas faciliter l’accès à la procédure d’asile et n’a pas mis en place les moyens nécessaires. Il s’agit d’une mesure en trompe-l’oeil, visant à préparer les rafles et les placements en rétention du 2 juillet : les personnes n’ayant pas demandé l’asile, elles peuvent donc être renvoyées dans leur pays sans problème. C’est à cette opération que s’est prêté le directeur général de l’OFPRA, dévoyant totalement la vocation officielle de l’organisme qu’il dirige (OFPRA : Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides).

Cette séquence « dispositif exceptionnel pour les demandeurs d’asile » – tentative d’expulsion des non-demandeurs est elle-même à mettre en relation avec la préparation de réforme de la législation française sur l’asile actuellement en discussion. Tant le président de la république (lorsqu’il s’est exprimé sur « l’affaire Leonarda ») que le ministre de l’intérieur et les parlementaires auteurs du rapport préliminaire ont indiqué que l’un des objectifs de cette réforme était d’expulser de manière plus systématique les personnes recevant une réponse négative à leur demande d’asile. La circulaire du 11 mars 2014 ciblait déjà les déboutés du droit d’asile et recommandait aux préfets de privilégier l’expulsion vers le pays d’origine.

On voit donc que l’acteur principal de la séquence est l’État, et que le rôle de la mairie de Calais est principalement de saisir le tribunal administratif pour obtenir un jugement d’expulsion. L’État cale simplement les dates de la fin du « dispositif exceptionnel » pour les demandeurs d’asile et de la rafle sur celle de la saisine du tribunal. Sachant qu’il a fallu anticiper pour mobiliser les effectifs policiers et libérer les places en centre de rétention, et qu’il y a donc eu concertation entre l’État et la mairie.

Qu’a-t-on détruit ?

En visite à Calais, Manuel Valls alors ministre de l’intérieur avait semblé valider la proposition des associations de créer des « maisons des migrants », lieux d’accueil digne et d’accès aux droits pour les exilés, tout-au-moins comme une piste à étudier et à expérimenter. En amont des élections municipales et européennes, le ministre promet aux associations plus de solidarité, tout en mettant en place dans la réalité des moyens de répression accrus.

La campagne électorale est aujourd’hui terminée. Les quatre lieux de vie qui ont été détruits étaient des préfigurations dans la réalité de ce qu’auraient pu être ces « maisons des migrants ». Et les exilés sont renvoyés à la « loi des jungles« , aux campements et squats insalubres dans et à la périphérie de Calais, où ils sont relégués entre violences policières et racket par les passeurs.

Les squats des rues Auber, Masséna et de Vic ont été ouverts en même temps par le collectif « Salut ô Toit ». Celui de la rue de Vic était habité par des exilés. Celui de la rue Auber par des exilés et des militants de passage. Celui de la rue Masséna était un lieu de rencontre et d’activités, qui avait tissé des liens avec le voisinage. Depuis la destruction du campement des Soudanais le 11 avril dernier, il accueillait aussi une partie d’entre eux.

Ce sont les exilés eux-mêmes qui ont décidé d’occuper le lieu de distribution des repas (voir ici et ), pour revendiquer leur droit d’être traités comme des êtres humains. Même si l’organisation collective du départ s’est estompée avec le temps et l’arrivée de nouveaux habitants souvent désorientés par leur périple vers l’Europe, il est resté un lieu partagé par les différentes communautés, ouvert sur l’extérieur, les voisins, les bénévoles, les médias.

Il reste un de ces lieux, l’ancien squat Victor Hugo, mais l’État semble le vouer à une destruction lente. Ce lieu qui accueillait les femmes exilées et leurs enfants avait mobilisé une forte solidarité et avait tissé des liens avec le voisinage. Sa situation près du centre-ville permettait aux femmes de maintenir les liens avec leurs compagnons et les membres de leur famille présents à Calais. Son déménagement dans l’ancien accueil de jour du Secours catholique, sans la moindre concertation avec qui que soit, un préfabriqué isolé au-delà de la rocade de contournement de Calais, en fait déjà un lieu de relégation, sans voisinage avec lequel tisser les liens. Il faudra beaucoup d’efforts à l’association Solid’R, qui en assure la gestion, pour en faire un vrai lieu de vie.

Le retour à 2009 ?

Augmentation du nombre d’exilés à Calais, traitement bâclé d’une épidémie de gale, nombre important de mineurs envoyés de force dans des lieux d’accueil improvisés, rafle de plusieurs centaines de personnes, destruction des lieux de vie, placement en rétention, tentative d’expulser massivement vers des pays en guerre et des dictatures : la séquence actuelle ressemble fortement à celle présidée par Éric Besson en 2009, en moins bien organisé, alors que personnes n’y croit plus ni ne fait semblant d’y croire, à commencer par les autorités qui se contentent de débiter la langue de bois au kilomètres.

Le retour à 2009 est visible jusque dans les détails. Le lieu aménagé pour la distribution des repas restant fermé, les repas sont servis quai de la Moselle, comme entre 2003 et septembre 2009. L’accueil de jour du Secours catholique étant réquisitionné pour accueillir les femmes du squat Victor Hugo, l’association retourne dans ses anciens locaux, trop petits mais moins excentrés.

La distribution des repas comme lieu de ralliement pour les personnes dispersées, le retour des mineurs emmenés de force dans des centres improvisés, le retour des personnes arrêtées et emmenées loin de Calais, l’inquiétude pour ceux qui sont encore en rétention. On pourrait reprendre presque à l’identique le journal tenu par un militant en 2009 :

« Jeudi 24 septembre : Réalité : les Afghans arrêtés mardi commencent à revenir : demandeurs d’asile, mineurs en fugue, malades de la gale (eh oui, les personnes présentant les symptômes de la gale ont été libérés, selon un concept juridique et médical innovant). Le tribunal administratif de Lille a commencé à annuler des mises en rétention, avec des motifs qui pourraient concerner une bonne part des migrants arrêtés mardi. »

« Vendredi 25 septembre : Ça fait plaisir, en arrivant à la Cabina, de revoir de plus en plus de visages connus, qui sont de retour. Libérés de l’après-rafle, mineurs en fugue, cachés réapparaissant, nouveaux, il y aurait déjà une grosse centaine d’Afghans à Calais. A quelques signes comme ça à droite à gauche, je subodore que Calais va rapidement devenir un joli merdier pour les autorités. Des nouveaux chez les Soudanais aussi. Et là aussi je sens poindre quelques surprises. »

Mais au-delà de ces détails d’ambiance, cet hommage de Manuel Valls à Éric Besson – on pourrait parler de réhabilitation – n’est sûrement pas fortuit. Besson qui est parti en éclaireur rejoindre Sarkozi en 2007. Valls qui personnifie la main tendue du gouvernement à l’UMP pour une coalition à venir, plus proche probablement de la situation grecque, où le PASOK tente de garder une partie du pouvoir en ayant perdu son électorat, que de la grande coalition allemande.

Les exilés n’ont rien à voir avec ces stratégies d’alliance et de communication. Mais il faut bien que quelqu’un trinque.

4 juillet : EXPULSIONS À CALAIS : INFOS J+2

Environs cinq cents personnes à la distribution de repas de ce soir. On est revenu à la situation d’il y a moins d’un mois. Au train où vont les choses, on sera revenu en milieu de semaine au nombre de personnes présentes à la veille des expulsions du 2 juillet.

Des nouvelles viennent des centres de rétention. Il se confirment que les Érythréens ont reçu généralement des décisions d’expulsions vers l’Érythrée, sachant qu’il est certain qu’ayant quitté illégalement leur pays il seront emprisonnés à leur arrivée et probablement torturés. Le gouvernement semble néanmoins rétropédaler et libérer certaines personnes avant qu’elles ne passent devant le juge, sans doute pour éviter une avalanche de jugements négatifs comme en 2009, et une probable condamnation par la Cour Européenne des Droits de l’Homme si ce n’était pas le cas. Les informations restent néanmoins fragmentaires pour l’instant, et la vision devrait devenir pus claire ces prochains jours.

Des témoignages continuent à arriver sur ce qui est arrivé après la rafle de mercredi. Ainsi ce témoignage d’Arras :

« Pour info, une vingtaine de migrants ont été largués hier soir vers  20h par la police à l’entrée d’Arras. Mon ami les a trouvé perdu sur la route et les a emmenés dans un centre d’accueil d’urgence. Ils ont  appelé ce jour et retournent à Calais car aucunes places  d’hébergement n’a été prévue pour les accueillir.

Aujourd’hui, beaucoup d’autres migrants attendaient à la gare et souhaitaient revenir sur Calais. »

La solidarité s’organise en soutien aux exilés en rétention, à Rennes, Lille ou en région parisienne. Des tentes et des couvertures ont été collectées à Lille, dans le Basson minier, à Paris.

La police a aussi repris sa besogne : des Érythréens ont été arrêtés ce matin et relâchés au bout de cinq heures. Quand ils sont revenus à l’endroit où ils avaient dormis, leurs tentes, leurs couvertures et leurs effets personnels avaient disparus. La police tourne aussi pour repérer les différents campements, sans forcément procéder à des arrestations. La guerre d’usure contre les exilés et le sabotage de l’action des associations continuent donc.

5 juillet : EXPULSIONS À CALAIS : INFOS J+3

Ce samedi confirme les tendances de ces jours précédents.

Les exilés sont de plus en plus nombreux à revenir à Calais. Les mineurs sont nombreux à nouveau. La situation humanitaire est mauvaise, pas assez de tentes, pas assez de couvertures. Concernant les mineurs, on ne le redira jamais assez, la situation est de l’entière responsabilité du président du conseil général, qui refuse toute solutions de prise en charge à Calais.

On voit revenir les premières personnes libérées par les tribunaux, notamment du centre de rétention de Lille – Lesquin. Il semble se confirmer que le gouvernement privilégie les renvois vers l’Italie, plus rapides à organiser, avant que les personnes ne passent devant le juge de la liberté et de la détention et devant le juge administratif. Et que d’autres personnes qu’il n’était pas possible d’expulser aussi vite, étaient libérées pour qu’elles ne passent pas devant les juges et pour éviter les annulations de procédure en cascade. Certains exilés aussi acceptent le renvoi vers l’Italie, voulant quitter la France à tout prix.

Rien ne dit que l’Italie acceptera ces renvois s’il n’y a pas de preuve que les personnes renvoyées y soient passées ou y aient séjourné. Mais il y a là aussi un jeu politique entre la France et l’Italie. Condamnée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour avoir refoulé des exilés interceptés en mer vers la Libye, où ils risquaient des traitements inhumains et dégradants, l’Italie les ramène maintenant sur ses côtes. Ils sont alors retenus quelques jours ou semaines dans un centre d’accueil et d’identification, puis libérés. Ils continuent alors leur route vers les autres pays européens. L’Italie demande plus de solidarité des autres pays européens dans l’accueil des exilés, et à défaut les laisse continuer leur route. Les autres pays refusent cette solidarité et répondent à l’Italie qu’elle doit se débrouiller avec les personnes qui arrivent sur son sol. Les renvois qui se préparent sont un message des autorités françaises aux autorités italiennes : « refoulez-les en Libye, renvoyez-les chez eux, laissez-les se noyer en mer, enfermez-les, mais empêchez-les de venir chez nous ».

Les exilés de Calais sont aussi une monnaie d’échange dans des négociations franco-britanniques, qui rappellent la manière dont la Libye de Kadhafi comme celle d’aujourd’hui utilise la menace de « l’invasion » de migrants pour obtenir des financements de l’Italie et de l’Union européenne. On murmure aujourd’hui dans certains milieux que les exilés de Calais seraient une monnaie d’échange dans le différents concernant la compagnie française My Ferry Link, sanctionnée par les autorités britanniques. La séquence Besson de 2009, avec la « fermeture de la Jungle de Calais », avait pour arrière-plan le sommet franco-britannique d’Évian, et un appui du Royaume-uni à la France à l’ONU, et pour ce qui est plus particulièrement des Calais et du contrôle de la frontière, une répartition des coûts des équipements et des infrastructures mis en place sur le sol français.

Sur le terrain, les exilés sont dispersés un peu partout dans Calais et dans les environs, et la police commence, sans trop de violence pour l’instant, à leur mettre la pression pour qu’ils partent de là où ils sont. Pour aller où ?

EXPULSIONS À CALAIS : APPEL À MOBILISATION LE 12 JUILLET

Les différents acteurs solidaires des exilés appellent à une manifestation

SAMEDI 12 JUILLET

À 14H PLACE D’ARMES

Ci-dessous l’appel à manifester, et un appel à mobilisation plus large lancé par No Border.

 » Appel à manifester

En solidarité avec les exilés

et contre les VIOLENCES Policières

A Calais, plus de 600 personnes migrantes sont à la rue sans aucun abri suite aux destructions de camps, aux expulsions de terrain et de squats qui se succèdent depuis plus d’un mois.

Le 28 mai, subissant l’expulsion des deux principaux camps de fortune, les personnes migrantes se sont réfugiées sur le lieu de distribution des repas. Le 02 juillet, les autorités préfectorales et municipales ont ordonné l’évacuation du lieu, opération qui s’est traduite par une véritable rafle organisée (arrestations au faciès, parfois violentes ; tri des personnes par nationalités ; placements en rétention, y compris des mineurs, etc…). Cette évacuation s’est faite sans témoin, journalistes et associations étant cantonnés loin du lieu de distribution.

Cette situation est le triste reflet de la façon dont la France traite les étrangers fuyant des pays où ils ne peuvent plus vivre. Les autorités les chassent et les rendent invisibles à force de mépris administratif et d’expulsions. Ces politiques ne font qu’aggraver la situation et intensifient la stigmatisation de ces personnes.

Un seuil a été franchi le 2 juillet à Calais. Réagissons !

VENEZ MANIFESTER EN SOLIDARITE AVEC LES EXILES

ET CONTRE TOUTES LES VIOLENCES QUI LEUR SONT FAITES !!

MANIFESTATION SAMEDI 12.07.2014

14h, place d’Armes à CALAIS

Si possible, merci de collecter et de ramener de quoi dormir dehors (tentes, duvets, couvertures, bâches, etc…), des vêtements (pulls, sweats, chaussures, etc…), de la nourriture, du matériel de cuisine…

Le collectif « Solidarité avec les Exilés de Calais »  »

 » A diffuser largement dans tous vos réseaux !

Plus jamais ça ?!

Nous pensions avoir été témoins du pire avec la destruction de la jungle afghane en 2009 qui a conduit à la rafle de 278 de ses habitants et leur mise en rétention un peu partout en France, cependant, ce mercredi 2 juillet 2014, une nouvelle étape a été franchie. A 6 heures du matin, plusieurs compagnies de gendarmes mobiles, de CRS, la police nationale et la police aux frontières, se sont livrées à des rafles massives, simultanées et coordonnées de la population migrante de Calais.

Sous couvert d’une opération d’expulsion des lieux de vie dont la date a été maintenue secrète, 600 migrant-e-s ont été gazé-e-s, insult-é-e-s, humilié-e-s, terrorisé-e-s, arrêté-e-s, dans le silence et l’ombre puisque tous les témoins ont été violemment écartés des lieux d’arrestation. Ils-Elles ont été escorté-e-s dans des bus qui les ont éloignés de Calais sans avoir la moindre idée de leur destination finale. 200 d’entre eux et elles sont toujours en rétention et ceux et celles qui ont eu la chance d’être libéré-e-s ne s’en sont pas sorti-e-s indemnes.

Cette démonstration de force et de violence policière répond à une volonté d’éloigner, de décourager et de terroriser les migrant-e-s pour
qu’ils-elles renoncent à s’installer dans le pays de leur choix. Cette opération n’est pas sans rappeler des épisodes historiques fascistes que nos générations s’étaient promis de ne plus jamais accepter, il nous en reviens de remobiliser une résistance.

Aujourd’hui à Calais, les migrant-e-s ont à nouveau été chassé-e-s de la ville. La majorité d’entre eux et elles sont maintenu-e-s à la
périphérie, dans des espaces où le harcèlement policier peut donner sa pleine mesure, à l’abri des regards et en toute impunité. Cette situation nous ramène 10 ans en arrière et nous ne pouvons pas accepter que les acquis de nombreuses années de lutte soient balayées ainsi.

Nous appelons tout le monde à venir à Calais pour s’opposer à cette vague de répression sans précédent.

Venez, dès le samedi 12 juillet pour une manifestation anti-rafle et en solidarité avec les migrant-e-s arrêté-e-s et harcelé-e-s, à 14 heures départ place d’Armes

et pour construire ensemble dans les jours qui suivent une réponse collective pour que cette forme d’oppression ne redevienne pas la norme !

Calais migrant solidarity

http://calaismigrantsolidarity.wordpress.com/  »

6 juillet : EXULSIONS À CALAIS : INFOS J+4

« Ils ont détruit cinq ans de travail pour sortir les gens des jungles » constate un militant. Les squats évacués, le lieu de distribution des repas occupé, et d’autres expériences qui les ont précédés étaient en effet des lieux précaires, mais aussi des lieux de vie sociale, ouverts sur leur environnement, autour desquels se sont tissés des solidarités, à l’abri des violences policières. Ce qui s’est passé le 2 juillet, c’est le retour aux « jungles ».

Des exilés s’accrochent au centre-ville, quitte à dormir à la belle étoile sous la pluie. Ils craignent d’être rackettés par les passeurs s’ils vont dans les « jungles » de la périphérie. La police municipale confisque les couvertures et les effets personnels dans les parcs.

Dimanche matin, une paroissienne demande au curé du Fort Nieulay que des exilés qui ont passé la nuit sans tente sous la pluie puissent s’abriter dans l’église le temps que la pluie cesse. Refus. Le discours du pape à Lampedusa n’est probablement pas arrivé à toutes les oreilles.

Samedi soir, deux militants de No Border ont été agressés dans un bar par une dizaine de militants d’extrême-droite. Les appels à la violence de Sauvons Calais se concrétisent. Le groupe d’extrême-droite s’est constitué en milice se donnant pour but officiel de protéger les maisons des Calaisiens qui partent en vacances et pourrait être squattées. Tout cela s’affiche sur internet, sous le regard des autorités.

Dimanche soir, toujours plus de monde à la distribution de repas. De nombreux bénévoles sont présents aussi. Un groupe électrogène alimente des prises pour recharger les téléphones portables ainsi qu’une sono. Des gens dansent au son des musiques du monde.

7 juillet : EXPULSIONS À CALAIS : INFOS J+5

Senaye dit qu’il a dix ans, il en fait moins. Quand il habitait au lieu de distribution des repas, on pensait qu’il était avec sa mère, puisqu’il y avait des femmes. Mais non, il fait la route tout seul. Et il est à la rue comme les autres. Il a l’air fatigué et un peu perdu.

Un jeune exilé de quinze ans aurait été renversé sur la rocade de Calais dimanche soir. On n’en sait pas plus pour l’instant.

Comme d’habitude dans les moments de chaos et de violence, ce sont les plus vulnérables qui payent le plus cher. Et on ne rappellera jamais assez que la protection des mineurs en danger est une obligation pour l’aide sociale à l’enfance, sous la responsabilité du président du conseil général, et qu’il ne devrait pas y avoir de mineurs à la rue.

Du côté des centres de rétention :

Rennes : tous libérés lundi par le juge des libertés et de la détention (JLD), ils sont hébergés à Rennes par le comté de soutien pour être présent à l’audience du tribunal administratif aujourd’hui mardi. Cette étape est importante pour que l’Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF) soit abrogée et qu’ils ne risquent pas d’être à nouveau placés en rétention s’ils sont arrêtés par la police.

Lille – Lesquin : tous libérés par le JLD pour « rétention illégale ». Ils sont de retour à Calais.

Le Mesnil-Amelot : quinze personnes ont été expulsées lundi matin en car vers l’Italie avant le passage devant le juge. Tous les autres ont été libérés. Les premiers étaient de retour à Calais hier en fin de journée.

Palaiseau : 13 personnes libérés vendredi suite à l’abrogation de l’OQTF par le tribunal administratif. Les autres ont été libérées lundi matin avant le passage devant le juge, mais seront représentés à l’audience par leur avocat.

Plaisir : 9 personnes renvoyées en Italie avant de voir le juge. Trois ont été libérées suite à l’abrogation de l’OQTF, huit autres sont encore en rétention, le tribunal administratif ayant rejeté leur recours.

Oissel : une personne a été libérée vendredi. Les 29 autres devaient l’être hier lundi dans la journée, la préfecture n’ayant pas demandé le maintien en rétention (à confirmer).

Metz : pas d’information pour le moment.

Note : le droit français n’est pas toujours simple. Deux juges peuvent donc intervenir par rapport aux personnes placées en rétention. Le Juge des Libertés et de la Détention examine la légalité des conditions d’interpellation et de placement en rétention, et se prononce au plus tard le cinquième jour de rétention sur la prolongation de 20 jours du placement en rétention, puis le 25e jour sur une nouvelle prolongation de 20 jours, la durée maximale de rétention étant de 45 jours. Le Tribunal administratif doit être saisi par la personne. Il se prononce sur la légalité des décisions prises par l’autorité administrative (le préfet) : placement en rétention, Obligation de Quitter le Territoire Français, pays vers lequel la personne va être expulsée.

8 juillet : EXPULSIONS À CALAIS : INFOS J+6

Le jeune exilé qui a été renversé sur la rocade de Calais est au CHRU de Lille dans un état critique. Le chauffeur ne s’est pas arrêté.

Les dix-neuf exilés envoyés à Rennes étaient hier devant le tribunal administratif. Les avocat ont soulevé de multiples violation des droits, absence d’examen de la situation individuelle (Obligations de Quitter le Territoire Français – OQTF – pré-rédigées avec des mentions à rayer, procès-verbaux sous forme de cases à cocher), arrivée tardive d’interprètes en anglais seulement, un est mineur, un avait un rendez-vous écrit de la préfecture pour déposer sa demande d’asile le 3 juillet, deux avaient un rendez-vous écrit avec une association pour entamer les démarches de demande d’asile, deux étaient sous le coup d’une OQTF avec un délais de 30 jours pour quitter le territoire et ne pouvaient pas être expulsés avant la fin de ce délais… La préfecture n’était pas représentée à l’audience.

C’est en raison de ces multiples irrégularité que la préfecture ne demande pas le prolongement de la rétention au-delà de cinq jours, ce qui évite le passage devant le juge des libertés et de la détention – qui doit se prononcer sur le maintien en rétention au-delà de cinq jours. Les personnes sont aussi généralement libérées avant que le recours devant le tribunal administratif n’aboutisse quand il a été fait. La situation de ne pas demander le maintien en rétention tout en maintenant l’OQTF qui a justifié le placement en rétention est assez inédite, et les avocats ont saisi le Conseil d’État pour qu’il se prononce sur la légalité de cette situation.

Concrètement, sur le terrain, ce sont un peu moins de deux cents personnes libérées des centres de rétention qui vont revenir en quelques jours dans le chaos calaisiens, dont certaines encore sous le coup d’une OQTF et peuvent donc être arrêtées, placées en rétention et renvoyées en Afghanistan ou en Érythrée à tout moment.

9 juillet : EXPULSIONS À CALAIS : INFOS J+7

Vers dix-neuf heure, la distribution de repas est terminée au terrain vague appelé autrefois « la Cabina », quai de la Moselle. Un gamin de dix ans, douze tout au plus, s’approche d’un bénévole. Il n’a pas l’air de comprendre l’anglais, mais sait dire « house », qu’il répète. On cherche l’équipe de maraude de France Terre d’Asile, mais elle est déjà partie emmener d’autres mineurs à Saint-Omer. Compte-tenu de son âge, un autre bénévole l’emmènera au foyer Georges Brassens, où il y a une poignée de place qui peuvent être sollicitées.

Cent vint-et-un mineurs ont été bombardés de grandes lacrymogènes puis raflés le 2 juillet, avant d’être emmenés vers des lieux d’accueil improvisés. La plupart sont revenus, peut-être tous. L’accueil mis en place en place par l’État devait durer cinq jours, si certains jeunes ont choisi de rester ils ont été répartis entre des foyers du département ou de la France entière, peut-être emmenés à Saint-Omer. Personne ne s’est soucié que leurs compagnons de voyage ou peut-être les membres de leur famille présents à Calais aient de leurs nouvelles. À dix douze ans ils ont tous connu au moins un compagnon de voyage qui est mort pendant la traversée ou la Méditerranée. Alors sans doute qu’importe si la France est un grand désert dans lequel disparait un compagnon contre lequel on s’est blotti pour se protéger du froid et de la peur. La rafle sépare aussi sûrement que la mort. Alors comment ne pas comprendre leur rage à quitter se pays pour trouver ils l’espèrent ailleurs en Europe une terre d’accueil. Et comment ne pas comprendre les risques fous qu’ils prennent pour y arriver.

Dans la nuit de mardi à mercredi, c’est un jeune Afghan qui a été gravement blessé, percuté par un train d’après ce qu’on peut savoir. Sa famille essaye d’avoir de ses nouvelles, les services de l’hôpital ont visiblement pour consigne de ne donner aucune information. Silence imposé par les autorités : après la rafle tout va bien.

Le vent et la pluie donnent à juillet les couleurs de novembre. La nuit pour essayer le passage. Le matin pour essayer de dormir, quand la police ne débarque pas. Ces jours-ci un effet d’aubaine pendant la journée : un caténaire endommagé dans le Tunnel sous la Manche entraine un report du trafic poids-lourds vers les ferries, il y a des bouchons sur la rocade. Venir en grappe autour des camions, en espérant que dans le désordre quelqu’un pourra se glisser sur les essieux sans être vu. Les chauffeurs qui s’énervent, la police qui arrose les groupes de lacrymogènes, on se replie un moment dans les taillis avant d’essayer à nouveau.

11 juillet : EXPULSIONS DANS LE NORD – PAS-DE-CALAIS : INFOS J+9

L’actualité calaisienne a été particulièrement chargée, mais elle ne doit pas nous faire oublier ce qui se passe ailleurs dans la région. Avec une inquiétude : la répression qui s’abat sur les exilés à Calais ne risque-t-elle pas de se généraliser aux autres campements de la région ?

Le 30 juin, une rafle a eu lieu au campement d’Angres, près de Lens, où se trouvent des exilés vietnamiens. Onze d’entre eux ont été mis en examen pour « extorsion an bande organisée, séquestration, participation à une association de malfaiteur, aide à l’entrée, à la circulation et au séjour irréguliers » et placés en détention préventive. On est surpris du nombre de « passeurs » à l’échelle d’un si petit camp, et des chefs d’inculpation, s’agissant d’un campement où des bénévoles ont une présence quotidienne, et où chacun peut aller et venir. Dans la réalité, il y a là des personnes dont le projet d’aller au Royaume-uni, et qui font appel à des « passeurs » pour les aider à franchir la frontière. Les prévenus ont comparu devant le juge d’instruction avec un bracelet portant un numéro et ont constamment été appelés par leur numéro, alors qu’ils avaient donné leurs noms. L’opération a été conduite depuis Paris et a une forte coloration de propagande.

À Steenvoorde, où se trouve un campement d’exilés originaires d’Afrique de l’Est, Des relations constructives s’étaient nouées avec la mairie et la paroisse, qui avaient permis d’éviter les expulsions à répétition et d’améliorer un tant soit peu les conditions de vie. Les autorités (État) font maintenant pression sur le propriétaire de la parcelle sur laquelle se trouve la campement pour qu’il porte plainte et pour qu’il rase les arbres (sur quelle base légale ?), tandis que la mairie retire son soutien pour l’accueil d’hiver et l’accès aux douches.

L’association Terre d’Errance Steenvoorde demande du soutien et lance une pétition :

http://www.mesopinions.com/petition/droits-homme/migrants-steenvoorde-contre-durcissement-situation/12433

À Calais, la police harcèle les personnes qui trouvent à s’abriter en centre-ville, dans les parcs ou ailleurs. Elle va dans les campements de la périphérie compter les gens et leur dire qu’ils doivent partir. Les tensions sont de plus en plus fortes autour des lieux de passage. L’État semble incapable de sortir de sa logique de violence.

12 juillet : OCCUPATION GALOU : J 1

Une belle manifestation est celle où l’on voit à la fois des amis et plein de visages inconnus. Quatre cent cinquante personnes, des gens de Calais, d’ailleurs en France, d’Afghanistan, de Belgique, du Soudan, d’Angleterre, d’Érythrée… Quelques prises de paroles place d’Armes, un cortège par les grandes rues de Calais, samba en tête, un autre arrêt devant la mairie. Plus loin, la manifestation quitte le boulevard Gambetta pour s’engager dans des rues plus petites.

Puis bifurque dans l’impasse des Salines. Au bout, l’entrée d’une ancienne usine désaffectée, Galloo Littoral. Le lieu est occupé depuis plus de 48h, sans effraction (la police viendra le constater). Le lieu s’ouvre samedi 12 juillet aux personnes sans domicile de Calais, quelque soit leur nationalité ou leur pays d’origine.

On s’installe dans la cour, on visite les locaux, des soutiens s’installent devant l’entrée. Un repas se prépare à partir des dons apportés à la manifestation. À dix-huit heures, un groupe vient jouer. À vingt heure, assemblée générale, principalement pour présenter le lieu, le contexte, les risques d’intervention policière, déterminer les premières notions de vie collective sur le lieu.

Puis une sono : musique. Des gens dansent, improvisent du rap, la fête occupe l’espace. Des gens, parfois connus, parfois inconnus, viennent là, apportent parfois e la nourriture ou des couvertures. La solidarité et la rencontre tissent une soirée qui prend les couleurs de l’espoir.

Espoir qui sera peut-être dès demain barré par l’intervention de la police, l’expulsion, la rafle.

Mais espoir que nous emporterons chevillé au corps, dans l’errance ou dans le énième recommencement, et que nul ne saura nous prendre.

 

Pentax Digital CameraJuillet 2014 : le lieu aménagé pour la distribution des repas, occupé par les exilé-e-s suite à des évacuations de campement, vient d’être évacué à son tour; les distributions de repas reprennent sur un terrain où elles se sont installées en 2003 après la fermeture du Centre de Sangatte; y affluent les personnes éloignées de Calais et qui reviennent.