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Il n’est pas dit que le gouvernement se serait lancé à court terme dans la destruction de la partie sud du bidonville sans le contexte de pré-campagne présidentielle et sans l’inflation médiatique de cette rentrée (gros titres du Figaro sur 10 000 « migrants » à Calais, blocage de l’autoroute pour exiger la destruction du bidonville – voir ici et , campagne de l’opposition de droite contre la dispersion des exilés en France, venue de Nicolas Sarkozy à Calais). La préfecture a la jouissance du terrain pour six ans, ce qui montre une volonté de maintenir les choses dans la durée, et on voyait plutôt venir des opérations partielles, comme celle contre les commerces.

Mais la destruction totale du bidonville pose la question d’où vont aller les gens, les nouvelles personnes arrivant à Calais comme celles qui seront dispersées dans toute la France et qui reviendront parce que leur projet n’est pas de rester. À l’échelle de plusieurs milliers de personnes, le phénomène pourra difficilement passer inaperçu, et signera l’échec du gouvernement.

Et d’autre part la violence de l’expulsion a toujours un impact négatif sur une partie de l’opinion publique, ce qui est risqué en période électorale.

En réponse, le gouvernement présente le déplacement forcé de plusieurs milliers de personnes comme une opération humanitaire. Pour donner une apparence de crédibilité à son discours, et aussi pour désamorcer les oppositions, il met le milieu associatif sous pression, pour qu’il endosse le masque humanitaire de l’opération. Toute autre position que la fiction gouvernementale ferait le jeu de la campagne xénophobe de la droite.

Il a probablement fait jouer tout ce qu’il avait de contacts et de moyens d’influence. Avec succès, si on en croit les échos à la sortie de la réunion hier à Paris du comité de pilotage du dispositif des Centres d’Accueil et d’Orientation (voir ici, ici, ici et ), qui accueillera les expulsé-e-s du bidonville.

http://www.nordlittoral.fr/france-monde/jungle-de-calais-le-gouvernement-promet-une-evacuation-ia126b0n345615

Sur le terrain, la police interdit toujours l’entrée dans le bidonville de matériaux pour construire des cabanes, et une partie des habitant-e-s commencent l’automne sous tente. Elle harcèle toujours les bénévoles. Elle bombarde chaque jour le bidonville à la grenade lacrymogène. Et ici à Calais, loin des salons feutrés du ministère, chacun-e se rappelle de la violence de la destruction de la partie sud du bidonville, qui était déjà présentée comme une opération humanitaire, au cours de laquelle une solution serait proposée à chaque personne. Quand les CRS et les pelleteuses sont là, les paroles s’envolent, et seule reste la brutalité du rapport de force.

Mais à l’époque de la destruction de la partie sud, seul le gouvernement mentait. Aujourd’hui une partie du monde associatif ment avec lui.

 

Destruction bidonville 2016-02-29

Destruction bidonville 2016-03-02

Destruction bidonville 2016-02-29 3Il y a six mois, la destruction humanitaire de la partie sud du bidonville de Calais. Images : association Polyvalence.