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« Cet appel à la solidarité rejoint aussi les demandes des associations, qui jugent intenable la pression exercée sur la capitale alors même que les flux migratoires s’intensifient en provenance d’Italie avec les beaux jours. » (Le Point, 1er juillet 2016)

http://www.lepoint.fr/societe/accueil-des-migrants-a-paris-l-etat-va-s-engager-aux-cotes-de-la-ville-cosse-a-l-afp-01-07-2016-2051231_23.php#xtmc=cosse-cazeneuve-paris-refugies&xtnp=1&xtcr=7

Paris, début de l’été, l’État annonce qu’il s’engage dans le projet annoncé par la mairie de Paris de création d’un ou plusieurs camps de réfugiés dans la ville.  La règle du jeu est annoncée : un accueil de quelques jours, 5 à 10, puis la dispersion dans des centres d’accueil à créer dans toute la France, parce qu’à Paris, la « pression » est « intenable ».

Paris, 2 millions d’habitants, au cœur d’une région qui en compte 10 millions, un sixième de la population française. Où se trouvent des ressources en terme d’interprétariat, d’accompagnement juridique spécialisé, des associations spécialisées dans l’accompagnement des victimes de la torture, qui ne sont pas forcément présentes partout sur le reste du territoire et qui peuvent faciliter l’accueil et l’intégration des exilé-e-s.

Comme illustration de la situation sur le reste du territoire, nous reprenons ci-dessous le texte d’une pétition qui circule actuellement à Nantes. Parce qu’elle présente la situation de manière très claire et aussi par hasard parce qu’elle circule en ce moment, le même constat pourrait être fait à Metz, Montpellier ou Rennes.

Ce qui est appelé ici « solidarité », c’est disperser sur tout le territoire, entre autres à Nantes ou à proximité, les personnes jugées indésirables à Paris parce que leur « pression » est « intenable », en laissant intacte la politique d’inhospitalité : les personnes qui sont à la rue à Nantes le resteront, il n’est pas question d’ouvrir des centres d’hébergement pour elles. De même, les exilé-e-s se trouvant à Paris vont être dispersé-e-s dans des centres, mais les autres personnes habitant Paris et se trouvant à la rue resteront à la rue avec un accès improbable à un dispositif d’hébergement d’urgence saturé. Au passage, les autorités vident un peu plus de son contenu le principe du droit universel à l’hébergement d’urgence, puisqu’une certaine population, parce qu’étrangère, relève maintenant d’autres dispositifs, hors du droit commun et discrétionnaire.

Dispositifs qui sont aussi des dispositifs de tri, puisque leur seul débouché est la demande d’asile, et suppose l’élimination (l’expulsion du territoire) des autres, dans un pays peu accueillant, où le taux de réponses positives aux demandes d’asile est inférieur de moitié à la moyenne européenne. Dans un contexte où les politiques menées au niveau européen généralisent les accords de réadmission avec des pays en guerre et des dictatures, et où la mise en place des laissez-passer européens viendra rendre plus rapide et facile les expulsions. L’Italie vient de prouver qu’elle pouvait maintenant expulser vers le Soudan en moins de temps qu’il n’en faut pour saisir un juge et vérifier la légalité de l’expulsion.

Ce qui est intéressant, c’est que ce sont des associations qui vendent la nécessité et le caractère solidaire de cette politique. Les déclarations faites début juillet à propos de Paris annoncent celles de mardi dernier concernant Calais. Signe peut-être d’une évolution du centre de gravité du monde associatif, du regroupement de citoyen-ne-s bénévoles à des opérateurs répondant aux appels d’offre des pouvoirs publics, d’une forme de démocratie à un ordre néo-libéral. Puisque les associations qui font la promotion de cette politique en sont aussi les opératrices – ou dans le cas plus confus de Calais, celles qui aspirent à le devenir et essayent d’en être au moins co-gestionnaires.

 

Voici l’appel qui circule actuellement à Nantes sous forme de pétition :

 

« APPEL à Madame la Présidente de Nantes Métropole

A Nantes, plusieurs centaines de migrants vivent dans la rue ou des squats, dans des conditions d’habitat précaire, indignes et inacceptables pour des êtres humains.

Certains sont demandeurs d’asile, d’autres ont obtenu le titre de réfugié et d’autres encore ont été déboutés. Il y a aussi des migrants économiques et des mineurs non accompagnés, non pris en charge et non scolarisés. Ce sont des hommes ou des femmes, dont la plupart sont jeunes et isolés, mais parfois des familles complètes.

Mais tous sont des êtres humains contraints de quitter leur pays. Nous ne pouvons accepter qu’ils ne bénéficient pas d’un lieu d’accueil pour vivre dignement au seul motif qu’ils ne soient pas nés en France. C’est pourquoi nous pensons qu’il faut augmenter l’offre globale d’hébergement actuel pour toutes les personnes sans abri.

Les associations, collectifs et citoyens mobilisés, signataires de cet appel apportent aujourd’hui aux personnes migrantes, une aide d’urgence incomplète et insuffisante. Ils refusent que ces personnes vivent dans la rue sans solution d’HEBERGEMENT ou dans des squats dont la seule issue est l’expulsion. Ils demandent que les pouvoirs publics assument leurs responsabilités. En Europe, des maires se mobilisent à l’échelle de leur ville pour mettre en place des hébergements adaptés aux situations des migrants, sans distinction de statut, qui leur permettent d’attendre des solutions durables tout en intégrant leurs besoins spécifiques d’accès à leurs droits.

En ce qui concerne notre agglomération, les signataires s’engagent à accompagner la démarche, initiée par les migrants des squats de Doulon et Chantenay qui ont établi une liste des besoins nécessaires, dans l’objectif de la création d’un ou plusieurs centres d’hébergement et d’accueil. Les signataires s’adressent à la Présidente de l’agglomération nantaise pour créer les conditions d’un véritable accueil à la fois humain et digne reflétant les valeurs portées par la ville. Cette démarche implique la mise à disposition de locaux, leurs moyens de fonctionnement et la recherche de financement.

Les signataires souhaitent qu’une large concertation soit engagée d’urgence pour offrir rapidement une solution d’hébergement, d’accueil et d’accompagnement digne pour tous ces migrants. Ils forment un groupe de travail multi-partenarial qui unira ses forces et ses compétences à celles des institutions pour la réalisation de ce projet et ils sollicitent de votre part une rencontre. »