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La destruction du bidonville de Calais n’a pas encore commencé que sa préparation a déjà des effets négatifs sur les personnes qui ont demandé l’asile un peu partout en France.

Le système d’accueil des personnes demandeuses d’asile est engorgé par un manque de moyens, à la fois au niveau du premier accueil et de l’enregistrement des demandes, de l’hébergement et de l’accompagnement pendant la procédure, et de l’accompagnement et de l’hébergement des personnes qui ont obtenu le statut de réfugié-e ou la protection subsidiaire.

Donc quand le gouvernement décide de disperser sur tout le territoire les exilé-e-s se trouvant à Calais, Grande-Synthe et Paris, dans des « centres de répit » rebaptisés Centres d’Accueil et d’Orientation (CAO – voir ici, ici, ici et ) et conçoit ce dispositif comme un sas vers la demande d’asile, assez rapidement celui-ci se trouve à son tour engorgé. Les personnes qui demandent l’asile en CAO d’asile s’y retrouvent stocké-e-s faute de possibilité d’être orientées vers le dispositif d’hébergement des demandeur-se-s d’asile.

Et quand le gouvernement décide de détruire le bidonville de Calais et de déplacer les 10 000 habitant-e-s du site dans toute la France, il faut libérer des places. Pas par philanthropie, mais parce qu’il est prévisible qu’un recours sera déposé contre l’arrêté d’expulsion, et qu’il faudra montrer au juge que tout a été fait pour reloger les personnes expulsées. Et puis il vaudrait mieux que les personnes expulsées ne reviennent pas trop vite à Calais, ça rendrait trop visible l’échec de l’opération. À propos se pose la question des moyens policiers qui seront mis en œuvre pour s’opposer à ces retours vers Calais.

En attendant, libérer des places. Une instruction a donc été adressées aux préfets et à l’OFII (Office Français de l’Immigration et de l’Intégration) pour libérer des places dans le dispositif d’accueil des demandeur-se-s d’asile.

Selon le diagnostic du ministère de l’intérieur, celui-ci accueillerait de manière indue des personnes qui devront le quitter au plus vite.

D’une part les personnes qui ont reçu une réponse positive à leur demande d’asile, auxquelles il faut un peu de temps pour trouver un logement et sortir du dispositif d’hébergement propre aux personnes en demande d’asile, d’autant plus que la recherche de logement participe d’une démarche d’intégration. Et bien le temps, on ne prendra plus, il faut sortir les gens du dispositif, le plus rapidement possible.

D’autre part, il y a les personnes qui ont reçu une réponse négative à leur demande d’asile. La solution du ministère est simple : l’expulsion du territoire : « s’agissant des personnes déboutées, votre action ne pourra être efficace que si elle s’accompagne d’une très grande fermeté dans l’application de la législation relative au droit au séjour et d’une recherche systématique de l’éloignement effectif du territoire ».

Les organismes gestionnaires des lieux d’hébergement des demandeur-se-s d’asile sont menacés de sanctions financières s’ils ne font pas diligence pour exécuter les consignes du ministère.

La destruction du bidonville n’a pas encore commencé que commencent déjà les expulsions du territoire.

Sachant qu’une partie des habitant-e-s du bidonville sont dans cette même situation d’avoir reçu une réponse négative à leur demande d’asile, et qu’il est à craindre que ces personnes soient aussi expulsées du territoire, dans la foulée de leur expulsion du bidonville.

Vous pouvez télécharger l’instruction du 19 septembre ici.