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L’accord visant à renvoyer les réfugié-e-s afghan-e-s en Afghanistan n’est pas isolé. Un processus complexe est également en œuvre avec les pays d’Afrique de l’est pour bloquer les exilé-e-s avant leur arrivée éventuelle sur le territoire européen et pour faciliter leur renvoi si ils ou elles parviennent en Europe. C’est important de suivre ce processus pour comprendre les risques d’expulsion vers le pays d’origine, notamment dans le contexte que va créer la destruction du bidonville de Calais et la répression qui va suivre pour empêcher les exilé-e-s de s’y réinstaller avant les élections, ce qui signerait l’échec du gouvernement actuel.

Les autorités françaises essayent d’ailleurs depuis plusieurs années vers le Soudan (voir par exemple ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici et ), sporadiquement, et y arrivent parfois, quoique rarement.

De même que le renvoi ces dernières années des réfugié-e-s de l’ancienne Yougoslavie par l’Allemagne peut préfigurer l’accord entre l’Union européenne et l’Afghanistan pour le renvoi des réfugié-e-s afghan-e-s, les Balkans occidentaux ont peut-être un rôle préfigurateur du processus en cours avec l’Afrique de l’est. Lorsqu’en 2009 et 2010 l’Union européenne dispense de visa de court séjour (moins de trois mois) les ressortissant-e-s des États des Balkans occidentaux (sauf le Kosovo), elle exige en contre-partie que ces États empêchent leurs ressortissant-e-s, qualifié-e-s de « faux demandeurs d’asile », de venir demander l’asile.

L’ancienne Yougoslavie était en paix, personne n’en a fait une histoire, il n’empêche que des pays où des personnes auraient pu demander l’asile ont demandé aux États que ces personnes fuient de les empêcher de fuir. L’ancienne Yougoslavie est en paix, mais exemple parmi d’autres un article récent du Courrier des Balkans porte le titre « Serbie : nouvelles menaces de mort contre des journalistes de Voïvodine« .

Le même principe est appliqué aux États d’Afrique de l’est, mais il s’agit cette fois de la pire dictature de la planète, l’Érythrée, ou de pays de guerre – qui peuvent aussi être des dictatures – comme la Libye, le Soudan du Sud ou l’Éthiopie, un rôle pivot étant donné au Soudan, en proie à plusieurs guerres civiles depuis plus de trente ans et dont le dictateur est recherché par la Cour Pénale Internationale pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Ce sont ces pays que l’Union européenne d’empêcher leurs propres ressortissant-e-s de fuir, et ceux et celles des pays voisins de se rapprocher de l’Europe.

La monnaie d’échange utilisée par l’Union européenne n’est cette fois pas l’exemption de visa, mais l’aide économique, et le blanchiment pour des régimes particulièrement infréquentable. Le Soudan d’Omar al-Bachir utilise ainsi sa position géographique sur le parcours des exilé-e-s pour sortir de son isolement international comme avait su le faire la Libye de Mouammar Khadafi.

Le processus de Khartoum associe des initiatives européennes et celles d’États membres. Comme celle de l’Allemagne, révélée par le Spiegel (le gouvernement allemand ne semblait pressé de l’ébruiter) de financer la création de deux centres de rétention au Soudan et de fournir à la police soudanaise des technologies de contrôle sophistiquées. L’Italie, qui généralement est le pays européen par lequel les exilé-e-s venant d’Afrique de l’est entrent dans l’Union européenne, a un rôle moteur dans ce processus, et a négocié avec le Soudan un accord de réadmission facilitant les expulsions.

Dans le dispositif, le Soudan a un rôle de plaque tournante des expulsions, comme le Niger dans le processus symétrique concernant l’Afrique de l’ouest, le processus de Rabat, l’idée étant de renvoyer au Soudan, celui-ci se chargeant de renvoyer dans les pays d’origine. À cette fin, l’Organisation Internationale pour les Migrations a ouvert un bureau à Khartoum.

L’association italienne ARCI a réalisé un dossier présentant l’ensemble du processus et de ses derniers développements, dont vous pouvez télécharger la traduction française ici.

 

 escherRelativité, par M. C. Escher.