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Personne ne souhaite que se pérennise le ghetto d’habitat insalubre qu’est le bidonville de Calais. Mais le détruire du jour au lendemain ne fera que rendre la situation pire, ce sera un retour au temps des bâches, des personnes se cachant dans les interstices de la ville pour s’abriter en attendant d’être délogées, avec des moyens policiers décuplés pour leur donner la chasse.

Mais que pourrait-on faire – que peut–on faire, parce qu’un pays riche en a les moyens ?

On peut esquisser quelques points, s’appuyant sur les droits des personnes et les obligations de l’État – ce qui suppose que les politiques publiques ne soient pas soumises au diktat des politiques migratoires, et que celles-ci soient soumises au respect des droits des personnes.

  • La mise à l’abri des mineur-e-s isolé-e-s, dans le cadre juridique d’une décision de placement, à Calais puisque c’est là qu’ils et elles sont et reviendront si leur projet migratoire est d’aller au Royaume-uni, et c’est donc là qu’ils et elles doivent être protégé-e-s. Les mineur-e-s souhaitant rester en France pourraient être accompagné-e-s vers leur accueil par un autre département, dans le cadre d’un projet auquel il ou elle adhère. C’est retrouver le sens du travail social, qui n’est pas une gestion de flux. À l’échelle actuelle, la solidarité nationale et des fonds européens doivent permettre au département du Pas-de-Calais de remplir sa mission.
  • Le respect de la loi concernant les personnes demandant l’asile à Calais : enregistrement de leur demande sous trois jour et accueil immédiat dans le dispositif d’hébergement des demandeur-se-s d’asile. Cela suppose que les moyens de la Plate-forme d’Accueil des Demandeurs d’Asile, de l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration et de la sous-préfecture de Calais soient augmentés pour permettre l’enregistrement dans le délai légal des demandes. Et que soient créées des places d’accueil pour demandeur-se-s d’asile – et non des milliers de place de Centre d’Accueil et d’Orientation, dispositif flou et hors droit commun.
  • La suspension de l’application du règlement Dublin III, sauf les cas de regroupement familial, permettrait de dénouer des situation individuelles souvent complexes, de simplifier le travail de l’administration, et d’éviter des expulsions coûteuses de pays en pays. Ce règlement contient une clause qui permet à un État d’examiner une demande d’asile dont un autre État est responsable plutôt que d’y expulser la personne. Il faut généraliser l’utilisation de cette clause, pour débloquer la situation de nombreuses personnes qui demandent l’asile à Calais ou ailleurs, et leur permettre de le faire en France sans délais.
  • La création de conditions dignes d’accueil à Calais pour les personnes bloquées à la frontière britannique. Plusieurs pistes sont en débat : la création d’unités d’accueil de taille humaine réparties dans l’agglomération calaisienne, l’évolution du bidonville vers un quartier d’habitat salubre relié à la ville (ce qui suppose qu’il ne soit pas détruit, mais on peut imaginer la même évolution à partir des nouveaux lieux qui ne manqueront pas de se créer), la création transitoire d’un camp de réfugié-e-s pour pallier à l’urgence. Le débat doit se faire pour trouver les solutions d’accueil les mieux adaptées.
  • La renégociation avec le gouvernement britannique des modalités de gestion de la frontière. La question n’est pas tant de savoir si le contrôle des passeports par la police britannique doit se faire en France avant l’embarquement ou au Royaume-uni, que celle de tout l’appareil sécuritaire installé sur le sol français – grillages, barbelés, systèmes de détection, effectifs policiers surdimensionnés, contrôles au faciès, arrestations, expulsions, violences – qui doit être démantelé.
  • La politique d’accueil britannique, et donc la question de qui peut passer légalement la frontière, ne concerne pas seulement le Royaume-uni, puisque ses effets se font sentir sur le sol des pays voisins. Il s’agit principalement de personnes cherchant l’asile qui se trouvent bloquées à la frontière britannique, c’est donc une question de répartition de la solidarité internationale. Ces questions doivent donc faire l’objet d’une discussion avec le gouvernement britannique dans le sens d’une plus grande ouverture.

Aux associations de se mettre en capacité de porter un discours clair sur ces questions.

 

newton-pomme-gotlibSi le gouvernement français découvrait les principes de la raison.