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Des regards qui tournent autour, empêchés d’entrer, d’autres qui viennent de l’extérieur et font relâche dans la salle de presse. Et d’autres qui partent du bidonville au côté des exilé-e-s, et qui racontent la marche vers les bus, les moments partagés, la file d’attente, la présence policière, les barrières pour canaliser parce que le dispositif crée une foule, l’absence d’humanité de ce non-accueil, la participation d’associations à l’expulsion, ces relents du passé, un passé qui s’efface avec la disparition des survivants… le ministre de l’intérieur a dit que les OQTF des personnes arrivant dans les CAO (Centres d’Accueil – sic – et d’orientation) seraient exécutées. OQTF : Obligation de Quitter le Territoire Français. La PAF – PAF : Police aux Frontières – de Calais distribue généreusement des OQTF vers l’Afghanistan, le Soudan, vers où les emmène-t-on, vers Kaboul, vers Khartoum ? C’est à ça que nous consentons ?

La suite du récit de l’association Polyvalence.

https://www.facebook.com/assopolyvalence/


7h00 :
On se réveille doucement, des hélicos survolent le camp. Les files d’attente pour les départs en bus commencent.

 

 

Je viens d’aider un homme à transporter son caddie jusqu’au pont pour les départs sous les regards des caméras déjà dans la Jungle.

8h00 :
Les CRS sont en place.
Les bus aussi.

La police et les hélicos continuent leur manège, beaucoup de presse déjà. Moi, je fais gaffe, j’ai pas le droit d’être là, alors je me planque un peu j’attends 8h, ce sera plus calme.

Les exilés partent vers les bus. Il y a trop de journalistes sur leur chemin qui les filment en gros plan même s’ils disent « no, no please ».
Ils filment en cachette en leur disant qu’il ne filment pas ou ils inventent des mises en scène.

 

Sur le chemin, certains exilés avancent avec leur valises, un porte un ballon de foot sous le bras, un autre se parfume en marchant.

Je croise des soutiens que je connais bien.
C’est assez dur psychologiquement hein.. voir des mecs partir comme ça je me demande où je suis. Ce matin j’ai dis en revoir à Moussa et bonne chance.

Une journaliste américaine se recharge dans le resto ou je suis. D’un coup le générateur s’arrête et elle dit y’a plus de courant. Le mec afghan lui dit j’ai plus de pétrole ça marche plus. Alors elle râle et dit j’ai besoin de mon tel alors je lui dis tu es journaliste, vas dans ta cabane montée pour vous, y’a du jus payé par le gouvernement, ici tu gratte les exilés.

Midi : il n’y a plus de restaurants. Je me réchauffe près d’un petit feu et un Afghan m’a donné à manger.

 

 

 

14h30 : 1051 personnes sont parties en bus.

 

Cher tout le monde,

C’est terminé. Je ne dormirai pas dans la Jungle ce soir. Y resteront les exilés qui n’ont pas pu partir aujourd’hui, ceux qui s’opposent au démantèlement et qui ne veulent pas monter dans les bus. Je ne pense pas qu’il soit très intéressant de leur tourner autour pour filmer l’arrivée des bulldozers demain matin. Je vais les déranger. Je ne veux pas. Ils ont été accueillants, ils m’ont donné à mangé, ils m’ont ouvert leurs portes et montré les passages secrets. Et ils m’ont remercié d’être là pour eux.

Je voudrais les remercier pour tout, leur souhaiter bonne chance, leur dire que je suis désolé. Je l’ai fait. Je voudrais le faire encore.
Je remercie les bénévoles et indépendants, leurs combines et leurs conseils sur le terrain. Et je vous remercie ici pour votre soutien.

Pour les messages d’encouragement et les dons à la cagnotte. On va tout trier, télécharger, publier. Continuez les partages !

Je viens d’assister à une déportation. C’est terrible. Mais on ne lâche rien, on continue à Paris. On sera là, vous êtes là aussi. Merci.

Manu

 

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