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La journée d’hier vendredi a commencé en farce. L’accès au site de l’expulsion et de la destruction du bidonville était réglementé par un arrêté pris au nom de l’état d’urgence publié le 23 octobre et affiché sur les lieux le soir pour le lendemain. Seules associations accréditées par la préfecture, et dans les listes nominatives fournies par ces associations les personnes que la préfecture a acceptées étaient autorisées à accéder au site. Les autres, témoins jugés gênants (voir ici et ), encourraient 6 mois de prison et 7500 € d’amende (le tarif état d’urgence de base). Physiquement, la police bouclait le site et contrôlait l’accès.

Un recours a donc été fait contre cet arrêté, qui devait être jugé hier vendredi à 10h au tribunal administratif de Lille. Pour empêcher le jugement, qui risquait de créer une jurisprudence défavorable contre les abus de l’état d’urgence, la préfète a abrogé l’arrêté jeudi soir avec effet vendredi matin à 8h, deux heures avant l’audience. Plus d’arrêté, plus d’urgence, donc plus de jugement, en référé (procédure d’urgence) tout au moins, il est encore possible de faire juger l’arrêté sur le fond, même s’il est abrogé.

On avait les abus de l’état d’urgence, on vient d’en avoir la farce. Les familles des victimes des attentats apprécieront.

Vous pouvez télécharger l’arrêté du 23 octobre ici.

Vous pouvez télécharger l’arrêté d’abrogation ici.

La journée s’est continuée avec l’annonce de la destruction de l’église du bidonville, qui faisait partie des constructions préservées par jugement du tribunal administratif en référé, qui avait estimé que la légalité de la destruction des espaces collectifs, dont les lieux de culte, devaient faire l’objet d’un jugement sur le fond.

En fait, elle n’a pas été détruite, c’est l’École Laïque du Chemin des Dunes, également protégée par le même jugement, qui l’a été. Des mineurs en errance y avaient dormi les nuits précédentes, en avaient été délogés par la police au petit matin chaque jour. Deux petits bulldozers ont éventré les bâtiments en roulant à fond de train, et ont été rejoints par un plus gros pour la suite du saccage. Les choses ont été détruites en moins de temps qu’il n’en avait fallu pour les construire.

Plus loin, entre les ruines du bidonville, près des dernières cabanes et des dernières tentes encore debout, des personnes vaquent à leurs occupations comme si la vie quotidienne était en train de continuer. Des mineurs hébergés dans le camp de containers voisin, qui préfère passer la journée là autour du feu plutôt que dans un lieu impersonnel où ils ne peuvent même pas se réunir autour d’un thé. Mais aussi des mineurs qui ne savent pas où aller. D’autres dorment en face de l’entrée du camp de containers, qui accueille déjà 1800 mineurs pour 1500 places.

Les équipes de France Terre d’Asile, qui est subventionnée pour faire des maraudes et entrer en contact avec les mineur-e-s et faciliter leur mise à l’abri, sont curieusement absentes. La Vie active, l’association missionnée par l’État pour gérer le camp de containers et le centre Jules Ferry à quelques centaines de mètres de là, est par ailleurs active dans le domaine de la protection de l’enfance. Elle oublie pourtant les procédures de signalement de ces mineurs en errance.

Au centre Jules Ferry, environs quatre cents femmes et enfants sont hébergés. Parmi elles, des mineures. Elles ne savent pas plus que le personnel du centre, et pas plus que les mineurs hébergés dans les containers, ce qui va leur advenir.

 

bidonv2Ce qui était la rue commerçante du bidonville.

bidonv1Quelques tentes et cabanes attendent encore la destruction à côté des ruines.

bidonv3Mineurs dormant devant le camp de containers.