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Il y a de nombreuses analogies entre la fermeture du Centre de Sangatte en 2002 et la destruction du bidonville de Calais en 2016. Une opération médiatique visant à faire croire qu’on résout un « problème » alors qu’on ne fait que le cacher. Le déploiement policier pour contraindre les personnes à se cacher et donc à être moins visibles (voir ici, ici et ). Le harcèlement des personnes solidaires (voir ici, ici et ). Et jusqu’au dispositif des CAO qui est dans sa conception un calque des Opérations Ulysse qui se sont succédé entre 2002 et 2006.

Dans les faits, la dispersion des campements le long du littoral et des autoroutes qui y conduisent est liée dans un premier temps au développement des dispositifs de contrôle dans le port de Calais et le périmètre du Tunnel sous la Manche, la fermeture du Centre ne fait que l’accentuer. Par contre elle a eu un effet plus direct à Paris, avec l’apparition des campements près de la gare de l’Est. C’est en amont du littoral que les personnes s’orientent, prennent des contacts, attendent une possibilité d’aller vers les lieux de passage.

Les modes de passage ont également évolué. À  cette époque, les aéroports de province étaient moins surveillés, et ont été empruntés avec de faux passeports.

Par rapport au Centre de Sangatte, le bidonville de 2015 – 2016 était aussi un lieu d’attente pour des personnes ayant choisi de demander l’asile en France et qui, du fait de la politique de non-accueil du gouvernement se trouvaient sans hébergement, ou du fait du règlement européen Dublin III attendaient de long mois que la France deviennent responsable de leur demande d’asile. Pour ces personnes, le départ vers les Centres d’Accueil et d’Orientation (CAO – voir ici, ici, ici et ) a été une solution, certes partielle et très imparfaite, du fait de l’accompagnement très inégal et souvent insuffisant et des hypothèques concernant les personnes en procédure Dublin, mais permettant au moins un hébergement.

Pour les personnes qui continueront à vouloir gagner le Royaume-uni, il est probable que la dispersion sensible dès 2014 avec l’augmentation du nombre de personnes à la frontière britannique, le long du littoral de la Bretagne aux Pays-bas et plus loin en amont le long des autoroutes, s’accentuera. Il est probable aussi que le rôle de la région parisienne comme lieu d’orientation et d’attente se renforcera, avec des groupes probablement plus dispersés du fait de l’importante pression policière. Et il est probable aussi que d’autres modes de passage de la frontière que se cacher dans des véhicules, principalement des camions, vont devenir plus important. Le rôle des passeurs s’en trouvera de toute façon accru.

Il est encore trop tôt pour savoir comment le passage se réorganisera, mais la destruction du bidonville est loin d’être la fin de l’histoire.

 

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