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Après les grèves de faim dans les Centres d’Accueil et d’Orientation de Rennes et de Beaucé, en Bretagne, c’est Coallia, opérateur pour le compte de l’État de la gestion de certains CAO (voir ici, ici, ici et ), qui est en cause dans le département de la Manche. L’association, qui affiche une image moderniste et se qualifie « d’entreprise associative« , a des activités dans le domaine du logement social, de l’hébergement et de l’insertion sociale.

Le prix de journée prévu par le dispositif CAO, 25 € par personne accueillie, ne permettant qu’un encadrement salarié restreint, il est tentant de pallier au manque de main d’œuvre en utilisant des bénévoles, et de détourner l’élan de solidarité citoyenne au profit de l’État. Encadrer strictement les bénévoles permet en outre de limiter le regard critique et les fuites d’information sur ce qui se passe réellement dans les centres.

Cette situation suscite l’indignation de personnes solidaires des exilé-e-s pour lesquelles une réelle action de soutien est contradictoire avec la subordination à l’État et aux opérateurs de sa politique, comme en témoigne la lettre ouverte ci-dessous :

 

« Lettre ouverte au collectif solidarité migrant 50 et à l’association Coallia

Nous qui n’avons pas adhéré à votre collectif, nous souhaitons vous informer de nos raisons.
Nous avons été très étonné-es de la précipitation avec laquelle ce collectif a été créé, par le manque de concertation et de transparence quant à son organisation. Il n’est pas anodin qu’un collectif de bénévoles soit issu d’une association inféodée à l’État : Coallia.

A la réunion de présentation du collectif, nous avons entendu que les bénévoles souhaitant intervenir devaient fournir leur état civil. Les listes des noms seraient alors transmises à la préfecture pour avoir l’autorisation de rentrer en contact avec les réfugiés. Les personnes fichées S ne seront pas autorisées à venir dans les CAO. Cela concerne de nombreux militants écologistes, opposants à la loi travail, soutiens aux migrants. Celles-ci ont été fichées S dans la foulée de l’État d’urgence avec comme volonté de criminaliser toute forme d’opposition.
Nous avons entendu qu’il ne fallait pas avoir de relations avec les médias, seuls les membres fondateurs communiquent à l’extérieur.
Nous avons entendu les bons conseils :
la moitié finira dans un charter alors ne vous attachez pas trop ;
si vous donnez vos numéros de téléphone, c’est à vos risques et périls.

Nous avons entendu que Coallia gérait l’hébergement, la nourriture et l’administratif, et, que le CSM50 n’avait qu’une visée occupationnelle. Or, nous avons fait remonter qu’à Cerisy-la-Forêt, les réfugiés se plaignaient du manque de nourriture, il nous a été répondu-es : « ils ne savent pas partager ». Gérer l’hébergement ? Coallia n’a pas hésité à prévenir la police quand des travailleurs immigrés se sont retrouvés en situation irrégulière dans le foyer Tuiller, en Île de France. Coallia trahit les engagements moraux du travail social.

Nous avons entendu que le collectif était apolitique et non-militant, et qu’il avait la prétention de contrôler toute intervention auprès des réfugiés.
Nous avons compris que nous étions sommé-es de nous plier aux règles qui avaient été arbitrairement imposées par les 15 membres fondateurs du CSM50.

Le CSM 50 vise à étouffer toutes autres formes d’organisations et à maintenir les réfugié-es dans un état d’isolement et de dépendance infantilisante. C’est une atteinte aux libertés. Sans informations ils ne peuvent pas prendre de vraies décisions pour eux-même, ils ne peuvent pas faire valoir leurs droits et décider de leur avenir.
Lorsque des brochures sur les droits des demandeurs d’asile déboutés ont été distribuées, une bénévole du CSM50 en a aussitôt averti le directeur régional de Coallia. Pas besoin de police, les bénévoles du CSM 50 s’en chargent.
Nous avons appris ultérieurement que le directeur avait imposé de reprendre toutes les brochures distribuées, allant jusqu’à les chercher dans leur chambre, sous les matelas. Dans quel genre d’endroit et de pays contrôle-t-on la lecture et l’information ?

Cela n’est pas notre conception de la solidarité.

Nous n’avons pas attendu et n’allons pas attendre ce collectif pour être actif-active , ici comme ailleurs, avec des réfugié-es.
Beaucoup d’entre nous font parti d’associations et de collectifs, et connaissent les difficultés mais aussi les richesses qu’il y a à s’organiser ensemble.
Les réfugiés n’étaient pas conviés à cette réunion, d’après un des « membres fondateurs  » cela n’était pas l’objet de la réunion… Nous pensons que cette attitude est infantilisante, ramène les réfugié-es au statut d’objet que l’on déplace sans les en informer, que l’on occupe pour qu’ils se tiennent tranquilles.
Nous pensons qu’il n’est pas possible de s’organiser au-dessus d’eux, sans eux, qu’il faut faire « avec » et non pas « pour ». Les réfugié-es sont des humains libres, pensant, sachant et pouvant s’organiser de façon autonome.
Nous n’agissons pas par charité mais bien parce que nous sommes révolté-es par les conditions dans lesquelles ils/elles sont arrivé-es en Europe, par le nombre de personnes qui ont laissé leur vie dans la méditerranée. Nous n’ignorons pas que la France est un des plus grands vendeurs d’armes au monde. De grandes entreprises françaises (Thalés, Bouygue, Vinci …) vendent des armes et « sécurisent » les frontières de l’Europe, de façon mortifère. La politique étrangère et militaire, le passé colonial mais surtout les intérêts économiques (or, uranium, diamant, pétrole,…) de la France sont pleinement responsables des situations que les réfugié-es ont dû quitter.
L’État compte sur la générosité populaire pour palier au manque matériel dans les CAO, alors que dans le même temps lors des évacuations, il n’hésite pas à jeter dans les bennes à ordures les dons des populations solidaires avec les migrant-es. C’est scandaleusement banal.

Nous pensons qu’ici comme à Calais les migrant-es sont les bienvenu-es, que chacun-e a le droit de se rendre là où il le souhaite, là où la nécessité le pousse.
Est-ce dire qu’un collectif est apolitique parce qu’il ne fait pas de vague, obéit aux injonctions de l’État, s’autopolice et entend policer les autres, infantilise les réfugié-es et organise leur isolement ?

Un collectif est-il apolitique lorsqu’il demande aux bénévoles de fournir leur identité, de ne pas s’attacher aux réfugié-es (pour s’assurer de leurs expulsions sans vagues ?), de faire de « l’occupationel » (mot emprunté au monde du travail social généralement utilisé autour du handicap lourd : foyer occupationel) terme autour duquel il y aurait beaucoup à dire tant il véhicule du mépris et de la condescendance pour des personnes qui ne feraient de leur vie rien d’autre que d’occuper le temps qui passe ???

Hum… Hum…et tout ceci ne serait pas politique ?

Nous pensons au contraire que ce type d’organisation est très politique. Qu’elle agit et collabore avec l’État dans un souci de lisser la situation, de diluer le « problème migrant  » sur l’hexagone, d’offrir une image de l’évacuation de Calais réussie aux médias. Tout ceci dans un contexte d’élection présidentielle à venir.

Nous pensons que dans la vie, tout est politique.

Nous luttons pour les droits des migrant-es parce que ce sont aussi nos droits.
Nous luttons pour leur liberté parce qu’il s’agit aussi de notre liberté.

No Borders ! No fronteras ! بلا حدود ! Keine Grenzen ! Senza confini ! Uπάρχουν σύνορα !
Amy Grant & Lee Berty »

 

tsunami_by_hokusai_19th_centuryHokusai : La Grande Vague de Kanagawa.