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Il est dans le verbe politique des couples tout aussi durables et indissociables que Laurel et Hardy, Boule et Bill ou Tom et Jerry. Ainsi, « humanité et fermeté », qui passe les âges et les gouvernements.

Dans sa saison 2009, au côté de sa compagne « fermeté » (destruction des squats et campements, rafles préférentielles des Afghans, enfermement en rétention et tentative de les expédier à Kaboul), « humanité », à côté de quelques aménagements humanitaires dont l’État s’arroge la gloire mais financés par les budgets de la ville et de la région, il y a l’ouverture à la sous-préfecture de Calais d’un bureau d’enregistrement des demandes d’asile.

Accompagne cette ouverture l’arrivée sur la scène calaisienne d’un nouveau couple formé du HCR (Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies) et de FTDA (France Terre d’Asile) pour une mission d’information sur la demande d’asile. Tout le monde d’ailleurs se met à faire de l’information et de l’accompagnement des demandeur-se-s d’asile, de manière à vrai dire souvent brouillonne.

Mais avec le temps l’existence de ce bureau acquiert un rôle réel de facilitation de l’accès à la procédure d’asile pour les exilé-e-s présent-e-s à Calais, malgré les moyens limités des associations assurant l’accompagnement et la politique de non-accueil de l’État qui se traduit par des moyens structurellement insuffisants à assurer les missions prévues par la loi dans des conditions respectueuses de la loi.

Sept ans passent. Puis, au début de la destruction du bidonville, l’on se rend compte que le bureau asile de sous-préfecture de Calais est fermé, tout comme celui de l’OFII (Office Français de l’Immigration et de l’Intégration). On pense tout d’abord que le personnel est mobilisé par le démembrement et l’évacuation des exilé-e-s vers les lieux d’hébergement. Mais le temps passe, et le bureau ne rouvre pas.

Il semble maintenant certain qu’il ne rouvrira pas, même si aucune décision écrite dans ce sens n’a jusqu’à présent pu être trouvée. La PADA (Plate-forme d’Accueil des Demandeurs d’Asile, gérée à Calais par FTDA) et la moitié du GUDA (Guichet Unique des Demandeurs d’Asile) assurée par l’OFII sont toujours en place, dans l’incertitude de leur avenir. On notera au passage la prolixité toute particulière du ministère de l’intérieur en matière d’acronymes, à la mesure des dysfonctionnements des dispositifs qu’ils désignent (CAO, CAOMI, CAP, PRAHDA, AT-SA s’ajoutant aux préexistants CADA et HUDA, pour les seuls hébergements d’exilé-e-s et demandeur-se-s d’asile – à noter que le lieu de mise à l’abri des femmes et des enfants au centre Jules Ferry à Calais ne semble pas avoir reçu son acronyme, peut-être en raison de son origine sulfureuse, la « Maison des femmes », squat ouvert par les hideux No Borders d’ultragauche).

Il n’est pas seulement devenu impossible de déposer une demande d’asile à Calais. Il y a aussi les personnes qui avaient entamé des démarches à Calais, qui avaient été reçues par la PADA qui leur avait pris un rendez-vous auprès du GUDA dont le bureau de la sous-préfecture fait partie, qui sont en procédure Dublin et ont un rendez-vous à la sous-préfecture, ou qui sont en procédure normale ou prioritaire et doivent faire renouveler leur attestation de demande d’asile.

Pour ces personnes, qui slaloment entre les contrôles au faciès (voir ici, ici et ) pour se rendre à leur rendez-vous et trouvent le guichet fermé, il n’est pas clair, y compris pour les préfectures concernées, si c’est la préfecture du Pas-de-Calais à Arras ou la préfecture de région à Lille qui doit prendre le relais, et la prise de rendez-vous est totalement aléatoire. Il semblerait qu’au fil du temps la première s’occupe des personnes ayant demandé l’asile avant novembre 2015 et l’autre après, question de matériel et de formulaires paraîtrait-il.

Et l’accès aux droits, dans tout ça ? Improbable.

 

callot_jacques_-_the_two_pantaloons_-_1616Jacques Callot : Les Deux Pantalons.

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