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Novembre 2015, les premiers « centres de répit », qui ne s’appelaient pas encore Centres d’Accueil et d’Orientation (CAO – voir ici, ici, ici et ), se mettent en place pour servir de contre-feu à un contexte médiatique autour du bidonville de Calais qui tend à devenir explosif pour le gouvernement. Le maire du village de Pexonne, dans le sud de la Meurthe-et-Moselle, apprend que l’ouverture d’un de ces « centres de répit » est prévue dans les locaux d’un centre de vacances sur le territoire de sa commune. Cinquante exilés, des hommes seuls, doivent y être hébergés.

Par une lettre distribuée dans toutes les boites aux lettres, le maire invite ses concitoyens à une réunion publique le 6 novembre, au cours de laquelle il affirme son opposition au projet et menace de démissionner. Tous les arguments y passent, de l’insécurité à la sécheresse qui empêcherait d’accueillir de nouvelles personnes sur la commune. Ce projet de « centre de répit » ne verra pas le jour.

Décembre 2015, élections régionales. Alors que la droite (RPR, puis UMP, puis LR) est traditionnellement très majoritaire dans la commune, le Front National la devance cette fois très largement (52,6 %, contre 14,45 % pour Les Républicains).

La grande peur qui saisit le maire et les habitants de Pexonne devant l’arrivée possible de « migrants de Calais » n’est pas seulement alimentée par les vidéos et les posts que font circuler les groupes d’extrême-droite sur les réseaux sociaux, mais aussi par le discours officiel qui reprend les mêmes arguments pour justifier la violence de son action.

Les arrêtés – postérieurs à la réunion de Pexonne – pris au nom de l’État d’urgence illustrent cette image de la dangerosité des migrants, construite et consolidée avec le temps, bien qu’il s’agisse en principe de simples actes administratifs. Pris parmi d’autres, le premier de ces arrêtés, qui vise à réprimer de 6 mois de prison et 7500 € d’amende le fait d’être à pied le long de la rocade d’accès au port de Calais, reste sobre. On peut y lire : « le comportement de personnes installées sur la zone adjacente, dite « camp de la lande » », « tentent de s’introduire de force dans les poids-lourds en circulation », « les affrontements quotidiens et réitérés entre forces de l’ordre et groupes de migrants ». Récurrentes dans les arrêtés interdisant des manifestations, comme celui du 27 juillet 2016 visant un rassemblement en hommage d’un exilé mort l’avant-veille : « les manifestants sont susceptibles de mobiliser les migrants présents sur le camp de la lande visés par le mot d’ordre de cette association ; que ceux-ci dont le nombre atteint près de 4 500 individus font preuve de comportements violents ». Ou les considérants de l’arrêté du 19 février 2016 portant sur l’expulsion des habitant-e-s de la zone sud du bidonville : « CONSIDERANT […] qu’ils utilisent des méthodes violentes par des jets de projectiles (pierres, bâtons, mobiliers divers) contre les véhicules des usagers de la route et les forces de sécurité, commettent des dégradations d’équipements publics (grillages, barrières de sécurité, lampadaires), et agressent physiquement les chauffeurs routiers […] », « CONSIDERANT que les riverains de la route de Gravelines et du chemin des Dunes font également l’objet de fréquentes dégradations de leurs habitations et véhicules […] », « CONSIDERANT que ces exactions sont à l’origine d’une aggravation du niveau de tension entre les migrants et la population calaisienne […] », « CONSIDERANT que cette situation d’extrême tension et les graves troubles à l’ordre public commis par les migrants […] ».

Lorsqu’en septembre 2016 Le Figaro fait fuiter le plan du gouvernement de créer 12 000 places supplémentaires de CAO pour les exilé-e-s expulsé-e-s de Calais et de Paris, la droite et l’extrême-droite n’ont qu’à reprendre dans le lexique gouvernemental de l’instrumentalisation des peurs pour mener campagne contre le gouvernement lui-même et la dispersion de « mini-jungles de Calais » sur tout le territoire. Et le gouvernement de détruire le bidonville pour couper court à la campagne de la droite et de l’extrême-droite.

Et au bout de ce jeu, une difficulté accrue pour les exilé-e-s de trouver leur place dans la société française quand elles et ils font le choix de rester en France.

 

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