Mots-clefs

, ,

Les Albanais-e-s ne sont pas les seules personnes venant des pays de l’est européen qu’on peut rencontrer bloquées à la frontière britannique et notamment à Calais, même si c’est le groupe le plus visible et le mieux identifié (encore que, Albanais-e-s d’Albanie ? Du Kosovo ? De Macédoine ?) Plus occasionnellement on peut croiser des personnes venant de Serbie ou du Kosovo, qui sont dans la même situation que celles venant d’Albanie, simples touristes dans l’espace Schengen, mais ayant besoin d’un visa pour se rendre au Royaume-uni qui n’en est pas membre. Ou des personnes de Russie ou d’Ukraine, qui ont besoin d’un visa distinct du visa Schengen pour entrer sur le territoire britannique.

Mais de manière plus étrange se trouvent aussi bloquées à la frontière des ressortissant-e-s de pays membres de l’Union européenne, de manière occasionnelle mais répétée dans le temps, généralement des pays de l’est et du sud-est de l’Europe.

Certaines de ces personnes ont croisé la vie des campements et des squats d’exilé-e-s à Calais. On pense à cette jeune fille lituanienne à l’été 2009 qui avait été refoulée à la frontière à Calais parce que mineure. Elle était sortie du port par la passerelle piétonne et revenait vers la ville quand elle a vu un camp de cabanes sous le toit en auvent d’un hangar. C’est ce qu’on appelait le Quai des Africains, où habitaient des hommes des pays arabes et d’Afrique de l’est. Elle avait pensé dormir là, mais les habitants ont bien vu le risque pour elle de dormir au milieu de quelques dizaines d’hommes et pour eux dans un campement où la police faisait des descentes à toute heure du jour et de la nuit. Ils avaient appelé des bénévoles qui l’avaient hébergée. Elle était revenue en visite pendant la journée. Puis elle avait disparu vers d’autres horizons. Elle avait été refoulée à la frontière, mais à aucun moment les autorités dites compétentes ne s’étaient préoccupées de ce qu’allait devenir cette mineure bloquée là.

Parfois on finit par ne plus savoir si les personnes cherchent à aller au Royaume-uni ou se sont installées là dans la vie de la rue, des squats et des campements. Comme ces Roumains, entre un et trois selon les périodes, qui ont dormi sous un appentis devant le squat Pagniez, du nom de l’ancienne usine abandonnée où il se trouvait, habité par des exilé-e-s d’Afrique de l’est, de l’hiver 2009 – 2010 à l’évacuation et la démolition en juin 2010. Ou se couple ce couple polonais qui avait sa tente dans le campement des Syriens, qui au fil du temps était habité par des exilés de toutes origines, à l’hiver et au printemps 2014.

De manière plus insolite, on se souvient peut-être de ce jeune Japonais, hébergé dans un foyer d’urgence le temps que sa situation administrative soir débrouillée, et qui fréquentait avec assiduité les cours de français qui avaient lieu au squat de la rue Descartes en 2011, habité par des personnes d’Afrique de l’est, et faisait preuve d’une grande curiosité.

De manière générale les ressortissant-e-s européen-ne-s bloqué-e-s à Calais se trouvent entre la rue et l’hébergement d’urgence, comme les personnes sans domicile vivant en France, mais sont peut-être plus fréquemment en contact avec les personnes impliquées avec les exilé-e-s, comme si elles étaient un peu de ces deux mondes.

Au Royaume-uni, le Home Office mène maintenant une politique d’arrestation, placement en rétention et expulsion des ressortissant-e-s européen-ne-s sans domicile, qui ont parfois passé plusieurs années dans le pays. Il est probable que certaines de ces personnes chercheront à y retourner, puisqu’elles y ont fait leur vie, et passeront par Calais ou les autres ports.

http://www.migrantsrights.org.uk/news/2016/group-calls-end-deportation-homeless-eu-nationals

 

ponte-potsdam-2Le pont de Glienicke, entre Berlin ouest et la RDA.

Publicités