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À Paris, le BAAM (Bureau d’Accueil et d’Accompagnement des Migrants) et le plasticien Pierre Delavie viennent de réaliser une action artistique intitulée « Le radeau de Lampéduse » pour interpeller la population sur les effets des politiques migratoires.

http://mashable.france24.com/monde/20170112-naufrage-refugies-paris-seine-pierre-delavie

Expliquant l’allusion du titre au Radeau de la Méduse, l’artiste explique « Ce drame a secoué toute la population, qui s’est sentie concernée, cela a créé un vrai débat de société. Aujourd’hui, on est dans l’indifférence. »

On peut ne pas être d’accord. L’irruption des exilé-e-s sur la scène médiatique en 2015 a déclenché un élan de solidarité dans toute l’Europe – tout comme des réactions de rejet, des volontaires l’ont parcourue pour s’impliquer, des dons l’ont traversée. En France, la question de l’accueil des « réfugié-e-s » a aussi suscité une mobilisation importante, elle fait aussi clivage, tout comme mobilise la remise en cause du vivre ensemble par les expulsions de familles sans-papiers – en témoigne l’action du Réseau Éducation Sans Frontière.

Mais cette mobilisation a subi un détournement humanitaire, l’indignation qui devait pousser à s’élever contre les politiques migratoires qui créent les effets que nous constatons est déviée vers des réponses immédiates aux effets visibles, occultant les causes comme si elles étaient naturelles. Les communiqués qui se succèdent dénonçant la réponse insuffisante des autorités entretiennent cette représentation, comme s’il n’y avait pas une débauche de moyens mobilisés au service de la politique qui crée cette situation, humains, policiers et militaires, technologiques, des drones à la compilation de données biométriques, matériels, obstacles et clôtures. L’État n’est pas insuffisant, il fait trop, de manière volontariste, dans la direction choisie par nos dirigeants.

La police vole les couvertures des exilé-e-s à Paris, les médias s’en font l’écho. Le fait n’est pas nouveau dans la capitale, il est presque ordinaire à Calais. Nous sommes dans une société qui a fabriqué une police qui peut voler les effets personnels des gens, y compris les plus nécessaires. Les policier-ère-s qui s’élèveraient contre ce genre de pratique seraient marginalisé-e-s dans l’institution, les ministres successifs couvrent les exactions dont ils sont les commanditaires. Alors bien sûr il faut redonner des couvertures, dans l’urgence, contre le froid, mais la police recrute, et nos impôts en garantissent l’expansion tant que rien ne change.

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/des-policiers-accuses-de-retirer-leurs-couvertures-aux-migrants-a-paris_1866756.html

Seul un travail au-delà de l’urgence, en direction des politiques migratoires, pourra faire évoluer la situation.

 

1024px-jean_louis_theodore_gericault_-_la_balsa_de_la_medusa_museo_del_louvre_1818-19Géricault : Le radeau de la Méduse.

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