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Depuis l’an dernier, le gouvernement français expulse plus largement que par le passé vers le pays d’entrée dans l’Union européenne dans le cadre du règlement Dublin III, ce qui se traduit par une pression accrue sur les personnes qui se trouvent dans les Centres d’Accueil et d’Orientation (voir ici, ici et ), mais aussi bien sûr en dehors. Un nouveau dispositif spécialement orienté vers l’assignation à résidence des personnes en procédure Dublin et leur expulsion est en train d’être mis en place, le PRAHDA.

http://www.lacimade.org/dublin-vers-un-durcissement/

Plus largement, la mise en place des hotspots européens en Grèce et en Italie rend plus systématique la prise des empreintes digitales. Les expulsions vers la Grèce, interrompues en raison des conditions indignes d’accueil et de plusieurs jugements de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, doivent reprendre en mars prochain.

Hors CAO, une pétition en soutien à un jeune guinéen qui risque d’être renvoyé en Italie après un parcours difficile circule, pour les autorités françaises renoncent à l’expulser, utilisent la clause de souveraineté prévue par le règlement Dublin III et acceptent d’étudier sa demande d’asile :

https://www.change.org/p/areve-accueil-des-r%C3%A9fugi%C3%A9s-en-val-de-l-eyre-non-au-renvoi-en-italie-de-thomas-panival-bangoura

Dans les CAO, mobilisation aussi en Ariège, avec une manifestation qui a eu lieu le 27 janvier. Une de ces manifestations que nous aimons mettre en valeur parce qu’elle s’est construite ensemble entre exilés et soutiens, et que c’est par là que se construit une société plus solidaire dans laquelle chacun-e a sa voix et sa place comme acteur ou actrice de son avenir.

Pour éclairer le contexte, le collectif de soutien a été interdit d’accès au CAO à partir du moment où il a mobilisé des avocats bénévoles pour accompagner juridique les exilés, ce qui correspond à une volonté de les isoler et de rendre plus difficile l’accès à leurs droits qui se rencontre aussi dans d’autres centres – mais pas dans tous.

Vous pouvez télécharger la lettre ouverte appelant à la manifestation ici.

 

Les revendications des exilés :

« REVENDICATIONS DES PERSONNES RÉSIDANT AU CAO DE SAVERDUN

Voici les promesses que l’on nous a faite à Calais :
– Pas de procédure Dublin.
– Pas de prise d’empreintes forcée.
– Parfois on nous a même promis un travail et un accompagnement pour les démarches administratives.
Ces promesses n’ont pas été tenues.

Nous revendiquons :
– L’annulation des procédures Dublin.
– D’être hébergés plus près des villes.
– Que les trajets pour se rendre à l’Ofpra (Paris) soient pris en charge.
– Avoir accès à des avocats et à des traducteurs en particulier pour écrire les récits de vie essentiels dans le dossier pour l’Ofpra et pour les démarches en préfecture.
– Des délais d’attentes plus courts pour toutes les démarches.

Au CAO de Saverdun :
– Avoir accès à internet notamment pour contacter nos familles et pour apprendre des langues.
– Des transports pour se déplacer.
– Raccourcir les délais pour voir un médecin (ça prend parfois plus d’un mois).
– Le maintien des cours de français qui ont mis 8 mois à se mettre en place.
– Qu’il n’y ait plus de mesures d’autorité (comme celle de couper la télé à 23h…)
– Pouvoir rencontrer et inviter des gens au centre.
– Être plus écoutés dans nos demandes au sein du centre. »

 

Le texte des soutiens :

« Où sont passés les expulsé-es de Calais ?

Appel à solidarité en Ariège

Après l’expulsion du campement de Calais en octobre 2016, plusieurs milliers de personnes ont été envoyées dans des CAO (centres d’accueil et d’orientation) un peu partout en France. Cette opération très médiatisée a été menée sous couvert d’action humanitaire. En réalité, il s’agissait de disperser et d’invisibiliser les étranger.e.s réunis dans la « jungle ». Si certaines ou certains avaient réussi à s’organiser collectivement, l’isolement a cassé cette solidarité. Après avoir fait la une des médias, la situation de ces personnes est déjà tombée dans l’oubli. Il était à craindre qu’à l’abri des regards l’État ne tienne pas ses promesses concernant la non-application du règlement Dublin III 1 qui consiste à renvoyer les étrangers dans le pays d’entrée dans l’Union européenne.

C’est pourquoi, nous, habitantes et habitants d’Ariège, avons constitué un collectif pour aller à la rencontre des personnes hébergées en CAO et leur apporter notre soutien. Nous avons aujourd’hui la confirmation que l’État a menti car de nombreuses personnes rencontrées au CAO de Saverdun sont « sous procédure Dublin ».

Nous pouvons témoigner de l’isolement dans lequel se trouvent ces personnes :
— Isolement géographique d’abord – le centre-ville de Saverdun est à 40 minutes à pied du CAO sans que le centre ne mette à leur disposition de moyen de transport – et, plus grave,
— Isolement social : interdiction de recevoir des visites si l’on n’est pas accrédité par la direction.
— Toute manifestation spontanée de solidarité est malvenue : venir partager un goûter avec les résident.e.s est considéré comme « inadmissible » par la direction.
— S’ajoutent à cela l’absence d’accès à internet, de traducteur pour faire les démarches juridiques et administratives, d’accès à un avocat.

Il apparaît clairement que le CAO est un rouage de la politique de l’État qui vise à expulser le plus de monde possible. Appliquer la procédure Dublin ou pousser les exilé-es à accepter l’aide au retour sont des manières de les empêcher de demander l’asile en France. Les moyens mis dans les CAO ne le sont pas pour faciliter les demandes d’asile et aider ces personnes à exercer leurs droits, mais pour les renvoyer dans des pays qu’elles ont fuis. C’est cela qui est inadmissible.

Nous voulons :
— L’annulation des mesures « Dublin », et la possibilité pour ces personnes de faire une demande d’asile dans de bonnes conditions.
— Que ces personnes, à qui l’on a promis l’asile, ne soient pas expulsées.
— Des papiers pour toutes et tous, dans et hors des CAO

Il existe des CAO partout en France. Nous appelons les habitantes et habitants d’Ariège et d’ailleurs à apporter leur soutien pour rompre l’isolement. »

 

798px-van_gogh_-_country_road_in_provence_by_nightVan Gogh : Route avec un cyprès et une étoile.

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