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Calais est une ville profondément impactée par la crise économique, la désindustrialisation, le chômage et l’accroissement de la pauvreté qui en résulte qui en résultent, et l’impact de cette situation sur l’économie locale en général. Les choix en matière d’aménagement du territoire aggravent cette situation, avec notamment la création de vastes zones commerciales en périphérie, dont la Cité Europe liée au Tunnel sous la Manche, et la fermeture du port qui crée une barrière entre celui-ci et ses passager-ère-s et la ville. Ces choix ont un impact négatif sur les commerces de centre-ville.

Une autre caractéristique du territoire est d’être une ville-frontière, où se trouvent bloquées, de manière visible depuis trente ans, les populations empêchées d’accéder au territoire britannique du fait de politiques anti-migratoires qui sont durcies au fil des années. Il s’agit principalement depuis la fin des années 90 de personnes venues chercher une protection en Europe.

Le rôle des pouvoirs publics devrait être de trouver, chacun à leur échelle, de la commune à l’État et à l’Union européenne, des réponses à ces situations, favorisant un mieux être des populations concernées, sédentaires ou de passage. C’est en tout cas un paradigme qui traverse l’histoire européenne, passant par les Lumière et l’après seconde Guerre mondiale avec la généralisation de la protection sociale, la Charte de l’ONU, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ou la Convention de Genève relative au statut des réfugiés.

Et c’est au dépeçage de ce paradigme que nous assistons, et ce n’est pas un hasard si nous assistons à la fois au démantèlement des droits sociaux et de ceux des réfugié-e-s par les politiques nationales et européennes, dans le même temps.

Pour distraire notre nostalgie des effets de ce paradigme protecteur et émancipateur se montre à nous, fai-te-s électeurs et électrices, la politique spectacle, art de montrer et de cacher. Montrer une action et cacher une absence.

À une échelle toute locale, c’est ce qui s’est passé ce mercredi 8 février. Une association tente de répondre à un problème de précarité, d’accès à l’hygiène et de santé publique en installant des modulaires de douche sur un terrain qui est sa propriété. Le chef de cabinet de la maire de Calais surgit, comme dans les séries américaines, dans sa voiture pour bloquer l’accès, suivi d’une benne à ordures qui condamne l’entrée. Déplacement, la mairie se mettant en scène protectrice de la population contre le danger que représenteraient les « migrants » et par là les associations qui les aident, et voilant ainsi son incurie à faire face aux causes réelles de dégradation de la situation économique et sociale locale.

Le droit a son inertie par rapport au démantèlement du paradigme protecteur, et la toute puissance de l’arbitraire des élus locaux ou nationaux n’y est pas encore consacrée.

L’action cow-boyesque de la maire de Calais s’est trouvée condamnée par le tribunal administratif de Lille.

Vous pouvez lire l’ordonnance du tribunal administratif de Lille ici.

 

hare-1502Albrecht Dürer : Lièvre.

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