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À Calais, la guerre des douches continue (voir ici, ici et ), menée à la fois par la municipalité et par l’État contre les personnes à la rue qui viennent se laver et contre le Secours catholique qui a installé des modulaires de douche dans la cour d’un hangar dont l’association est propriétaire.

Cet après-midi, à l’heure où les douches devaient commencer, quatre fourgons de CRS et une voiture banalisée sont postés près de l’entrée. Les policiers contrôlent le premier véhicule qui amène des exilés, et arrêtent les sept mineurs qui s’y trouvent, puis trois mineurs et quatre majeurs dans le véhicule suivant. D’après les policiers, les mineurs seraient emmenés au centre d’accueil de mineurs isolés étrangers géré par France Terre d’Asile à Saint-Omer, à 30 km de Calais. Où ils ne resteront pas s’ils veulent essayer de passer au Royaume-uni, et dans ce cas ils reviendront à pied, ou en train au risque de se faire à nouveau arrêter lors des contrôles systématiques au faciès qui ont lieur en gare de Calais (voir ici, ici, ici et ). Les policiers disent agir sur réquisition du procureur, ce qui voudrait dire que celui-ci considère le fait de prendre une douche comme une menace à l’ordre public, justifiant ces contrôles.

Les douches n’ont donc pas eu lieu cet après-midi, pour que les personnes qui viennent se laver ne soient pas arrêtées.

À Paris, c’est la guerre des petits-déjeuners. Le 16 février, les bénévoles qui viennent distribuer des petits déjeuner aux exilé-e-s qui dorment dehors autour du camp dit « humanitaire » mis en place par la mairie de Paris porte de la Chapelle (voir ici, ici et ) se voient interdire de le faire par la police, qui présente un document qui serait un arrêté émanant de la préfecture de police. Qui nie avoir pris un tel arrêté. Des blocs de pierre ont par ailleurs été mis aux alentours par la mairie pour empêcher les gens de dormir à proximité.

Sur la page du collectif Solidarité migrants Wilson, 16 février :

https://www.facebook.com/Solidarit%C3%A9-migrants-Wilson-598228360377940/

« 16/02 HONTEUX : par ordre du préfet, toute distribution de nourriture et de boisson autour du centre est désormais INTERDITE !

Après les retraits de couvertures, après les dispersions, APRÈS LES PIERRES, on passe à l’étape suivante : les migrants sont EMPÊCHÉS DE MANGER.
8H30 ce matin, alors qu’on va voir les policiers pour signaler notre présence, ils nous interdisent de distribuer. Ni devant le centre. Ni devant la déchetterie. Ni de l’autre côté du carrefour. Nulle part. Et pour faire bonne mesure, ils nous mettent deux amendes au moment où on part (5èmes amendes pour notre petit collectif) !
Nous avons vu, de loin, le document émanant de la préfecture, et qui détaillait toutes les localisations qui nous étaient interdites. Rassurons-nous, nous avons pu les distribuer, nos 45 litres de liquides chauds et tous nos sacs d’invendus de boulangerie, mais dans quelles conditions ! Cachés bien au-delà du pont, sur un coin de trottoir dont on ne savait pas si on ne nous en délogerait pas encore, et où des centaines de migrants (300 gobelets partis ce matin) ont malgré tout réussi à nous trouver.
L’autre scandale c’est que désormais, c’est confirmé, il n’y a plus rien à manger ni à boire pour les migrants admis en accueil de jour à l’intérieur du centre ! Ils y passent la journée le ventre vide. Les bénévoles qui gèrent cet accueil en sont à récupérer les restes de nos distributions pour avoir eux-mêmes quelque chose a distribuer à l’intérieur ! Hier une famille y a été hébergée toute la journée et les bénévoles n’avaient même pas une bouteille d’eau à donner aux enfants : eh oui, c’est aussi ça l’accueil dont se gargarise la Mairie de Paris.
Et désormais, plus personne n’aura accès aux trottoirs du centre pour au moins nourrir et réchauffer les hommes de la file d’attente…

MAIS COMMENT SONT CENSÉS SE NOURRIR TOUS CES HOMMES, CES FEMMES, CES ENFANTS ?

NOUS CONTINUERONS MALGRE LES INTIMIDATIONS !
COMMENT NOUS AIDER ? Vous pouvez nous soutenir financièrement via notre cagnotte en ligne https://www.leetchi.com/c/solidarite-migrants-wilson
Et vous pouvez nous rejoindre en vous inscrivant sur notre planning en ligne https://docs.google.com/…/1CDTu2aZcuhldwhfPfrch75Fxfs…/edit…, l’idée étant de tourner en étant très nombreux à s’inscrire une fois par mois pour assurer une présence quotidienne.

Ajouté le 18 février : vous avez été nombreux à vous joindre à notre appel à rejoindre notre petit-déjeuner de ce matin pour soutenir notre droit à être solidaires et humains tout simplement ! MERCI A TOUS. »

« INTERDICTION DE DISTRIBUTION : la suite
J’ai appelé la Préfecture de Paris pour en avoir le cœur net.
Voici la réponse qui m’a été faite : « Il n’y a pas d’arrêté. Pas d’interdiction de distribuer. Juste quelques zones limitées de restriction. »
Alors évidemment, je me suis étonnée : Et le document que le policier m’a lu, et montré, qui était daté du 13 février, jour où les policiers ont chassé les bénévoles de Solidarité Migrants Wilson en pleine distribution ? Et l’interdiction formelle qui nous a été faite de distribuer ?
Réponse : « Il n’y a pas d’arrêté. » Mais ce papier officiel alors? Réponse : « Il n’y a pas d’arrêté », s’il n’y pas d’arrêté de quoi s’agit-il alors? Réponse : « Il n’y a pas d’arrêté »
Et que doit-on faire demain si on nous interdit à nouveau de distribuer ?  » Eh bien vous obéirez aux policiers, bien sûr. Quoi qu’ils vous demandent. Pour des raisons de sécurité. »
Et les amendes ?  » Si on vous en a mis, c’est forcément que vous aviez commencé à distribuer alors qu’on vous l’avait interdit. » (nous n’avions pas commencé à distribuer ; nous nous éloignions conformément à leur interdiction lorsqu’il nous ont mis les amendes).

Voilà…
On ne sait toujours pas quelle était la nature ce document. On l’a bel et bien vu, même de loin. Et il nous a bien été lu. Alors, si nous avons bien compris ce qu’a dit et répété la préfecture ( « Il n’y a pas d’arrêté »), de quoi s’agissait-il ? D’un document interne, de consignes écrites à destination policiers du terrain ?
On ne sait pas non plus de quelle préfecture il émane. Serait-ce la préfecture de Seine-Saint-Denis, qui était sur place ce fameux lundi 13 ? Pourtant le « Centre humanitaire PARIS Nord » relève bien de la juridiction de Paris, non ?
On ne sait pas ce qui y était vraiment écrit et quelle part aurait pu relever de l’interprétation d’un fonctionnaire un peu trop zélé : nous l’avons vu de trop loin.
Ce qui est sûr c’est que notre distribution a été interdite aux abords du centre, que nos interventions qui relèvent simplement du simple bon sens humanitaire sont chaque jour plus difficiles, et que nous voulons simplement pouvoir continuer tant que la question n’est pas prise en charge par les autorités publiques comme il nous semble qu’elle devrait l’être. Qu’en attendant on permette au moins aux gens de dormir, de se protéger de la pluie, de boire de l’eau et de manger. »

http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20170216.OBS5413/paris-des-benevoles-empeches-de-nourrir-des-migrants-pres-du-centre-de-la-chapelle.html

La médiatisation semble avoir fait reculer la préfecture et la mairie par rapport à l’interdiction sur les petits déjeuners, mais du coup la police multiplie les amendes sur les véhicules des bénévoles, comme elle le faisait à Calais.

http://www.huffingtonpost.fr/2017/02/17/paris-benevoles-migrants-accables-amendes-stationnement-genant/

 

callot-jeu-paumeJacques Callot : Le Jeu de Paume sur la place Santa Croce à Florence.

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