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Un peu avant 18 heure ce vendredi quelques groupes sont déjà là avant la distribution de repas, au coin d’un terrain vague dans un zone industrielle des alentours de Calais. Les bénévoles arrivent s’installent, la distribution commence. Pas de police aujourd’hui – pour l’instant.

Puis une voiture de police arrive – police nationale, commissariat central de Calais. Puis une deuxième. Puis un premier fourgon de CRS. Puis un deuxième. La présence des policiers, qui sont descendus de leur véhicule, est devenue pesante, plusieurs ont un gilet pare-balle, l’un a sa gazeuse à la main, un autre a sorti sa matraque. On se dit qu’ils ne sont pas là simplement pour regarder.

Un peu après 19h30, un ordre : « on se met sur une ligne et on avance ». Les policiers avancent sans s’intéresser aux bénévoles présent-e-s, les exilé-e-s partent plus ou moins rapidement, les policiers suivent jusqu’à ce que tout le monde ait disparu dans les buissons. Il n’y a pas vraiment de tentative d’arrestation, il s’agit clairement de la dispersion de « l’attroupement » que constitue la distribution de repas. Il s’agit donc d’une violation tout aussi claire de la décision du tribunal administratif de Lille suspendant les arrêtés municipaux interdisant les distributions dans cette zone. Quelle autorité, hiérarchie policière, préfecture, procureur, donne l’ordre de violer le jugement rendu par le tribunal ? On ne sait pas, interrogées sur ces faits quotidiens, aucune ne répond.

Les deux voitures du commissariat de Calais partent, restent les CRS. On les voit s’éloigner à nouveau de leurs véhicules. Un groupe de quatre exilés, d’évidence très jeunes, est en effet resté visible dans un chemin. Les CRS les entourent, des bénévoles arrivent. Les policiers procèdent là à un contrôle d’identité, et prétendent agir sur réquisition du procureur couvrant cette zone et cet horaire et visant des infractions au CESEDA (Code de l’Entrée et du Séjour des Étrangers et du Droit d’Asile).

Assez rapidement, la conversation en vient au choix des personnes contrôlées, les seules qui aient la peau noire, les personnes blanches alentour n’étant pas contrôlées, les contrôles au faciès étant interdits en France. Discussion mainte fois répétée, situation banale (voir ici, ici, ici et ) – et inacceptable – dans un pays où les réquisitions des procureurs servent à couvrir ce genre de pratiques illégales. Jusqu’à ce qu’une bénévole dise « mais moi aussi je suis étrangère » – elle est italienne, et soit à son tour contrôlée, puis arrêtée et emmenée au poste de police (police aux frontières cette fois) pour vérification d’identité parce qu’elle n’avait pas de document sur elle.

Les quatre jeunes exilés après des palpations de sécurité ont été interrogés sur leur identité. Ils avaient tous 15 ou 16 ans. Après un long temps de palabres téléphoniques avec la hiérarchie, il leur a été laissé le choix dans un anglais rudimentaire entre être emmenés par les policiers dans une maisons avec des lits et des douches en dehors de Calais, ou pouvoir s’en aller. Les quatre ont choisi de s’en aller. En droit français, un mineur à la rue et un mineur qui n’est pas accompagné d’un adulte est un mineur en danger, que les autorités ont l’obligation de protéger. Face aux représentants de l’autorité, ces quatre-là ont estimé que la rue était une meilleure protection.

Ces faits, avec des variantes journalières, se répètent dans le cadre de la guerre des repas que les autorités font aux associations solidaires avec les exilé-e-s (voir ici, ici, ici et ).

 

Odilon Redon : La Chute d’Icare.

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