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Les plus anciennes traces qu’on retrouve d’une action associative solidaire des exilé-e-s bloqué-e-s à Calais à la frontière britannique remontent à 1986. L’approche est double. Certaines de ces personnes se retrouvent à la rue, sans moyens de subsistance. Certaines d’entre elles sont potentiellement des réfugié-e-s, refoulé-e-s à la frontière d’un État signataire de la Convention de Genève.

Pendant près de trente ans, la solidarité a reposé principalement sur des habitant-e-s de Calais et des associations ancrées dans le tissu social calaisien.

Avec une parenthèse de trois ans, entre 1999 et 2002, pendant laquelle le Centre de Sangatte a apportée une réponse financée par l’État a certains besoins de base sous le toit d’un grand hangar à l’écart de la ville. À l’écart du droit commun aussi, il s’agit d’un « centre d’hébergement et d’accueil d’urgence humanitaire (CHAUH) ». Les personnes hébergées ne sont ni des réfugié-e-s ou demandeur-se-s d’asile, ni des personnes sans abri, mais une sorte de catégorie à part relevant de « l’urgence humanitaire ».

Le centre fermé, les personnes relèvent de la catégorie des personnes qui n’ont pas à être ici, et les personnes et associations solidaires relèvent plus ou moins selon les périodes et les rapports de force du bon droit ou de la délinquance.

Mais bon an mal an la solidarité s’organise, arrive à conquérir des espaces pour s’exercer, à obtenir des réponses, parcellaires, des pouvoirs publics (ouverture d’un gymnase dans le cadre du plan grand froid, orientation vers les exilé-e-s de la permanence d’accès aux soins de santé de l’hôpital de Calais, aménagement d’un espace en plein air pour la distribution des repas, mise à disposition de préfabriqués pour des douches et pour un accueil de jour…), sans arriver à remettre en cause une politique globale.

À partir de l’automne 2013 commence à devenir sensible à Calais une augmentation du nombre d’exilé-e-s qui précède ce que les médias appelleront en 2015 « la crise des réfugiés ». En 2014, Emmaüs France mobilise ses communautés pour se relayer et organiser des convois vers Calais. Ce sont encore les associations locales qui répartissent cette aide qui vient de partout en France, à un moment où les collectes locales ne sont plus suffisantes.

À l’été 2015 arrivent les ONG internationales, et les volontaires et associations de toute l’Europe, notamment britannique. Devant ce qui allait devenir le plus grand bidonville de France, les solidarités locales continuent, mais se trouvent marginalisées en terme de capacité de réponse.

L’État recrée là ce qui a parfois été appelé « le Sangatte du pingre ». S’ouvrent là une plate-forme de services de jour, sous-dimensionnée, un lieu d’accueil de femmes et d’enfants, également insuffisant, puis, presque un an plus tard, un camp de containers qui ne peut accueillir qu’une partie des gens. Les autres personnes se retrouvent dans un bidonville. En septembre 2016, dix mille personnes vivaient sur ce site.

Le démantèlement de ce site et la destruction du bidonville ramène le nombre d’exilé-e-s à Calais bloqué-e-s à la frontière britannique à une moyenne équivalente à celle des années 2003 (après la fermeture du Centre de Sangatte) à 2013 (avant la forte augmentation rencontrée ailleurs en Europe).

Mais la logistique de solidarité reste aux mains d’acteurs déconnectés de la réalité locale, les solidarités calaisiennes n’ayant plus les moyens matériels de s’exercer, ne serait-ce que la capacité de préparer plusieurs centaines de repas. D’où entre autres le choix d’un lieu de distribution des repas dans une zone industrielle à l’écart de la ville, qui met en tension le milieu associatif (voir ici, ici, ici et ).

D’où aussi la nouvelle du jour. L’accueil de jour du Secours catholique restera fermé « jusqu’aux élections » (sans qu’on sache de quelles élections il s’agit, présidentielle ou législatives, ni le rapport entre le calendrier politique et les besoins et demandes des exilé-e-s). Les douches gérées par le Secours catholique ferment également : elles ont lieu dans des préfabriqués qui peuvent être installés pendant trois mois sans permis d’aménager, faute de permis elles s’arrêtent donc, sans lien avec les besoins des personnes).

Restent les Calaisien-ne-s qui ouvrent leur porte – et tout est à reconstruire.

 

Van Gogh : Champ de blé derrière l’hospice Saint-Paul avec un faucheur.

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