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Les poursuites à l’encontre des aidants solidaires à la frontière franco-italienne ont acquis une forte visibilité. Ceci s’explique notamment par une dynamique collective forte, une action publiquement assumée et une coordination du soutien. Ces éléments ont manqué à la frontière franco-britannique. Pourtant au moins trente personnes ont été soit poursuivies, soit enfermées en rétention et expulsées du territoire, pour leur engagement solidaire, pendant la seule durée du bidonville de Calais, soit en avril 2015 et novembre 2016. Ceci sans compter les « simples » placement en garde-à-vue, les multiples contraventions visant les véhicules des bénévoles et d’autres formes d’entrave et d’intimidation.

Le cas de Rob Lawrie fait figure d’exception, puis les poursuites à l’entre de ce bénévole britannique qui avait tenté de faire passer une petite fille afghane pour qu’elle échappe au bidonville et rejoigne sa famille au Royaume-uni avait connu une forte médiatisation (voir ici, ici, ici et ).

Le 8 novembre 2015, PEGIDA France organise une manifestation anti-migrants à l’invitation du groupe d’extrême-droite Sauvons Calais. Une contre-manifestation accompagne le cortège. Deux contre-manifestants sont arrêtés et relâchés sans poursuites. Ce n’est que bien plus tard qu’une contre-manifestante a été poursuivie parce qu’un policier l’accusé de l’avoir attaqué. Elle a été relaxée en première instance.

Début novembre 2015, la situation est tendue entre police et exilé-e-s aux alentours du bidonville et de la rocade autoroutière menant au port. Dans un contexte de manifestations d’extrême-droite, il faut un coupable, et le ministre de l’intérieur désigne « l’ultragauche ». Après des bénévoles britanniques arrêtés dans le bidonville et libérés sans charge, un bénévole français est arrêté devant un local associatif en centre-ville et poursuivi comme l’instigateur des « émeutes ». Il est condamné en première instance à un mois avec sursis pour refus du prélèvement ADN (voir ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici et ).

Le 23 janvier 2016 a lieu la plus importante manifestation de soutien aux exilé-e-s que Calais ait jamais connu. À l’issue de la manifestation, un groupe d’exilé-e-s court vers le port, y pénètre, et certains réussissent à monter à bord d’un ferry à quai. Six personnes, quatre exilés et deux soutiens sont arrêtés et poursuivis. Trois autres, de nationalité italienne, sont enfermées en rétention pour être expulsées vers l’Italie (voir ici, ici, ici, ici et ).

Le 29 février 2016 commence la destruction de la partie sud du bidonville de Calais. Un couple d’exilé-e qui refusaient de descendre du toit de leur cabane est poursuivi pour rébellion, deux bénévoles d’avoir mis le feu à des cabanes alors qu’ils aidaient les personnes à déménager leurs affaires (voir ici, ici et ).

Le 27 mars 2016 un squat est ouvert au centre de Calais dans les locaux abandonnés d’un ancien Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale. La police intervient et huit personnes sont arrêtées et poursuivies. La procédure est déclarée nulle en première instance (voir ici, ici, ici, ici, ici et ).

Le 27 juillet 2016 un rassemblement est organisé en hommage aux exilé-e-s mort-e-s à la frontière, suite au décès d’un exilé éthiopien. Le rassemblement est interdit par la préfecture au nom de l’état d’urgence. Alors que les personnes qui étaient venues participer à l’hommage se dispersent suite aux sommations de la police, l’une d’elle est arrêtée. Elle est poursuivie pour rébellion, participation à un attroupement interdit sous l’état d’urgence et port d’armes (elle avait un opinel au fond de son sac. Le tribunal a rejeté les deux premiers chefs d’inculpation et l’a condamnée à 400 € d’amende avec sursis pour le troisième (voir ici, ici et ).

Le 1er octobre 2016, une manifestation organisée par la Coordination Internationale des Sans-Papiers et Migrants est interdite au nom de l’état d’urgence. Les cars venant de Paris sont bloqués sur un parking près de Saint-Omer, un rassemblement qui s’était formé à la sortie du bidonville est dispersé par les lacrymogènes, le canon à eau et les charges de CRS. Un membre d’une samba militante est arrêté et poursuivi (voir ici, ici et ).

Deux personnes sont poursuivies pour avoir aider certains des exilés iraniens qui avaient fait une grève de la faim pendant la destruction de la partie sud du bidonville, lors d’un long périple qu’ils effectueront ensuite pour gagner le Royaume-uni, l’un à Boulogne/Mer, l’autre près de Calais (voir http://www.la-croix.com/France/France-Beatrice-Huret-devenue-passeuse-presumee-amour-migrant-2017-06-10-1300853916).

Deux personnes sont poursuivies dans le cadre d’une enquête sur la gestion du Kids Café, un lieu qui accueillait les mineur-e-s dans le bidonville de Calais (voir ici, ici et ).

Cette liste n’est pas forcément exhaustive. Elle devra être complétée par un état des lieux depuis novembre 2016 et la destruction du bidonville de Calais.

 

Gheorghe Tattarescu : Paysage à l’arbre cassé.

 

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