Depuis l’expulsion, à l’automne 2016, du plus grand bidonville d’Europe, Calais a vu revenir des centaines de personnes souhaitant, pour la plupart, aller en Angleterre. Ces enfants, ces femmes et ces hommes se trouvent dans une situation d’extrême précarité. Quotidiennement traqué.e.s par les forces de l’ordre, ils n’ont pas accès à leurs droits.
Le Défenseur des Droits en a attesté, le 14 juin dernier, et a dénoncé par communiqué « des atteintes aux droits fondamentaux » des personnes migrantes « d’une exceptionnelle et inédite gravité » sur le littoral Nord Pas-de-Calais.

Le 16 juin, des personnes exilées et des associations, épuisées de leurs appels sans réponse auprès de l’Etat, ont saisi le tribunal administratif lui demandant d’ordonner à l’État de mettre en place des dispositifs permettant l’accès aux droits fondamentaux des exilé.e.s. Une audience, à laquelle a assisté la Maire de Calais, s’est tenue au TA de Lille le 21 juin.

Le 26 juin, le tribunal a ordonné la mise en place de dispositifs tels que l’accès à des points d’eau, douches et latrines, à des maraudes pour les mineur.e.s, et une suppression des entraves à l’action des associations (harcèlement policier, verbalisation des bénévoles).

La Maire de Calais, soutenue par la majorité du conseil municipal, a réagi le jour-même en annonçant qu’elle refusait d’appliquer la décision de justice, et déclaré que, pour elle, les exigences formulées étaient inacceptables. Un appel a été déposé au Conseil d’Etat, par la Mairie de Calais et la Préfecture, le 6 Juillet 2017.

Des citoyen.ne.s calaisien.ne.s ont décidé de réagir…

« Nous sommes Calaisiens, Calaisiennes. Nous sommes indigné.e.s par les déclarations de Mme Bouchart, qui prétend parler au nom de tou.te.s les habitant.e.s de Calais, alors que son discours n’est empreint que d’un mépris de l’humain. Nous ne nous reconnaissons pas dans ce discours de division et de rejet.

Mercredi 21 Juin, certain.ne.s d’entre nous étions aussi présent.e.s à cette audience au Tribunal administratif, pour témoigner du traumatisme récurrent que subissent des personnes en exil dans notre ville.

Nous n’acceptons pas de voir ces gens, qui ont fui la guerre ou la misère, dans cette situation indigne de précarité et de maltraitance. Nous avons un cœur et une conscience. Nous refusons qu’ils.elles dorment dans la rue, dans les bois. Nous voulons que cesse cette chasse à l’Homme. Nous voulons qu’ils.elles puissent être informé.e.s de leurs droits, puissent être pris.e.s en charge pour ceux.celles qui le souhaitent, puissent passer légalement la Manche, puisque c’est leur projet, ou puissent demander l’asile. Nous voulons que l’article 13 de la déclaration universelle des Droits de l’Homme, et que les droits fondamentaux soient respectés.

Nous pensons aux riverain.e.s qui doivent eux.elles aussi subir la violence de cette politique de non-accueil mise en œuvre depuis 20 ans, politique qui oblige des milliers de personnes à supporter l’insupportable et les Calaisien.ne.s à en être témoins.

Invoquant le traumatisme vécu par les Calaisien.ne.s et l’économie en difficulté, Natacha Bouchart pointe les dommages qu’elle a elle-même engendrés en choisissant une politique non-hospitalière.

La réelle cause de l’économie en déclin et de l’impact négatif qui affecte Calais, c’est la désinformation : Calais n’est pas en guerre malgré ce que la municipalité, le gouvernement et certains médias essaient de vous faire croire.

La Justice a décidé que l’Etat et la ville devaient mettre en place un minimum pour les exilé.e.s présent.e.s dans le Calaisis : des points d’eau, l’accès à des douches, à des toilettes. Elle a demandé aux autorités de ne pas entraver le travail des associations. Or, Mme Bouchart dit qu’elle ne respectera pas cette décision, qu’elle juge « inacceptable » ! Quel exemple donné aux citoyen-ne-s de Calais et d’ailleurs !

Ce qui est inacceptable, c’est la manière dont Mme Bouchart, la municipalité entière et le gouvernement gèrent ou plutôt ne gèrent pas cette situation.

Ce qui est inacceptable, c’est la violence que créent cette frontière, les barrières et les barbelés, cette omniprésence policière.

Nous pensons aussi aux trop nombreux.ses mort.e.s, aux accidents et à tous les autres incidents sur la rocade autoroutière provoqués par la fermeture de la frontière.

Mme Bouchart le sait, Calais représente un point stratégique par sa situation géographique. Calais sera toujours un point de passage, personne ne peut déplacer cette ville. Alors les gens avec ou sans papiers qui souhaitent se rendre en Angleterre arriveront toujours à Calais, c’est un non-sens de l’ignorer.

Nous demandons que le droit à la liberté de circulation pour tou.te.s, garanti par l’article 13 de la déclaration universelle des Droits de l’Homme, soit enfin appliqué.

Nous voulons que le gouvernement et la municipalité trouvent des solutions pour que Calais ne soit plus une impasse, pour enlever ces grillages qui défigurent la ville, pour arrêter de dépenser en vain des centaines de millions d’euros en forces de police, barrières, caméras, projecteurs, drones, hélicoptères, vigiles, grillages, pour les consacrer à l’accueil et à des dépenses utiles à la ville de Calais et à ses citoyen.ne.s. »

Signataires habitant.e.s de Calais et CAC :

Mathilde Annebicque, Lucy Bastien, Jérôme Baude, Adelaide Belleau, Hayate Bibaoui, Betty Bossart, Jason Brebion, Isabelle Brillard, Juliette Cappe, Martine Castellan-Dujovnic, Barbara Chevalier, Jacqueline Chretien, Benjamin Danon, Anne Dekeister, Virginie Delrue, Philippe Demeestère, Monique Denoeux, Mileva Devos, Martine Devries, Medhi Dimpre, Julia Druelle, Louise Druelle, Nathalie Dudek, Sylvie Dufossé, Julie Dupont, Jean-Pierre Duwat, Lou Einhorn, Marga Esco, Emy Fiolet, Jean-Luc Fiolet, Patricia Fiolet, Laetitia Fontaine, Perrine Fusil, Julie Garrigue, Georges Gilles, François-Marie Guennoc, Mylène Herbez, Céline Hermel, Perrine Hudson, Marie-Pierre Huygues, Jean-Philippe Istace, Sylvie Jacqmin, Séverine Joly, Maya Konforti, Nell Labit, Alexandra Lambec, Mandy Lambec, Teddy Lambec, Jean-Philippe Lannoy, Cathie Lay-Gilbert, Jean-Robert Lay, Véronique Leclercq, Grégory Lefebvre, Jeyson Legrix, Carine Lemaire, Magalie Lemaitre, Aline Le Rouzic- Leclerc, Laurent Maameri, Matthieu Marsan, Aude Martin, Patricia Martin , Dominique Mégard, Claudine Moine, Caroline Ndaye, Sandra Nedjar, Valérie Noel, Emeric Obry, Francis Peduzzi, Renaud Perrin, Jason Ponthieu, Aurélie Pruvost, Thierry Rat, Bellinda Régnier, Dominique Richard-Multeau , Marie-Claire Richard-Multeau, Céline Roger, Nadine Rubanbleu, Dominique Ruelle, Sylvain de Saturne, Marie-Caroline Serret, Marie-France Szymkowiak, Renaud Till, Julien Tribalat, Sébastien Tribalat, Lucile Trenel, Blandine Vasseur, Pauline Vasseur, Marie-France Vertu, Gilles Wallet, Pascale Wallet, Christine Willot, Fabienne Yon


Ils ne sont pas Calaisien.ne.s, mais partagent notre indignation :

Abderrahman, M. Adam, M. Aleadine, Charles Alunni philosophe, Anne-Claude Ambroise-Rendu professeure d’Histoire, Jean-Pierre Améris cinéaste, Richard Andry directeur de la photographie, président de l’AFC, Jean-Christophe Angaut maître de conférences de philosophie ENS, Mathilde Annebicque, Etienne Balibar philosophe, professeur émérite (philosophie), Chrystel Barbieux, Luc Battiston cinéaste, Jacques Belin, Houria Bentouhami maîtresse de conférence en philosophie, Emmanuelle Bercot comédienne cinéaste, Elisabeth Bernard (Act and Help), Magali Bessone professeure de philosophie, Manuel Bienvenu développeur SIG, Abdallah Bihorel, Brigitte Bonnefoy-Clerc, Isabelle Bonura, Catherine Boskowitz metteure en scène, Dominique Bourgeois, Alain Bourgois, Sylvain Bourmeau journaliste, enseignant, Jean-Pierre Boutoille, Miriam Bovi chercheuse en sociologie et philosophie politique, Geneviève Brisac écrivaine, Isabelle Broué cinéaste, Michel Broué mathématicien, Robin Campillo réalisateur, Laurent Cantet cinéaste, Caroline Casadesus artiste lyrique, Martine Castellan-Dujovnic, Caroline Champetier directrice de la photographie, Stéphane Chatelain, Claudine Chevalier, Laurent Chevallier cinéaste, Christine Citti comédienne, Collectif Lille Nouvelle Jungle, Jean-Louis Comolli cinéaste, Catherine Coquio professeure de littérature, Catherine Corsini cinéaste, Lionel Crusoé, Gonzague Cuvelier, Nadia Daam journaliste, Émilie Deleuze cinéaste, Pauline Desablens, Anne Devarieux maître de conférence HDR philosophie, Guillaume Dezecache, Ariane Doublet cinéaste, Anne-Marie Dransart (Eux C’est Nous), Miguel Drollet, Patricia Duchesne enseignante, Morgane Dujmovic, Edika dessinateur, Annie Ernaux écrivaine, Emmaüs Dunkerque, Abbas Fahdel cinéaste, Jules Falquet MCF HDR en sociologie, CEDREF-LCSP, Frédéric Farrucci cinéaste, Éric Fassin sociologue, Philippe Faucon cinéaste, Pascale Ferran cinéaste, Sidonie Flahaut, Marina Foïs comédienne, Dan Franck écrivain, Costa-Gavras cinéaste, Denis Gheerbrant cinéaste, Françoise Ghestin, Stéphanie Girerd scénariste, réalisatrice, Claudia Girola enseignante-chercheure-anthropologue, Fabienne Godet cinéaste, Anne Gorouben, Marie Goupy philosophe, Maître de conférence,  Ninon Grangé MC-HDR en philosophie, Anouk Grimberg comédienne, Robert Guédiguian cinéaste, Henri Guette, Manon Hagnéré, Ourdia Hamadache, Adèle Haenel comédienne, Cyrille Hanappe (Actes et Cités), M. Hashem, M. Hassan, Groupe IAM artistes, M. Idriss, Agnès Jaoui comédienne, cinéaste, Céline Jouin maître de conférence en philosophie, Nicolas Klotz cinéaste, Jan Kounen cinéaste, La Cabane Juridique, Serge Lalou producteur, Chantal Lamarre, Jimmy Lambec, Françoise Lambelin, Romain Lay, Françoise Lefait, Alain Lefebvre, Nolwenn Lemesle cinéaste, Louis-Do de Lencquesaing comédien cinéaste, Anne-Sophie Ligniert, Jacques Ligniert, Michelle Ligniert, Alexandra Limousin, Camille Louis philosophe, Seloua Luste Boulbina philosophe, Regina Mantanika philosophe, Yann Manzi, Gwenael Margollet, François Marthouret comédien, Jean-Louis Martinelli metteur en scène, Paul Marques Duarte cinéaste, Corinne Masiero comédienne, Patricia Mazuy cinéaste, Claudine Menu, Denis Merklen sociologue, professeur des universités, Agnès Merlet cinéaste, Christophe Mileschi professeur des universités, Guillaume Mille, Estelle Miramont doctorante contractuelle en sociologie, M. Mohammed, Dominik Moll cinéaste, Gérard Mordillat cinéaste, Sarah Moon photographe, Yolande Moreau comédienne, François Morel comédien chanteur, M. Mustafa, Alfredo Naccari, Georges Navet professeur émérite, Olivier Neveu universitaire ENS, Julie Obrecht, Corine Pagny, Rithy Panh cinéaste, Arnaud des Pallières cinéaste, Marc Paquien metteur en scène, Nathalie Paul, Elisabeth Perceval cinéaste, Antonin Peretjatko cinéaste, Elise Pestre maître de conférence, Nicolas Philibert cinéaste, Julien Pitinome, Laurent Piton, Alain Policar, Centre de recherche politique de Sciences-Po (Cevipof), Mathieu Potte-Bonneville philosophe, Franck Prevost, Martin Provost cinéaste, Anne Querrien co-directrice de la revue Multitudes, Valérie Ranwez, Michèle Ray Gavras productrice, Olivia Régnier, Eric Reinhardt écrivain, Matthieu Renault enseignant chercheur en philosophie (RUSF), Brigitte Rouan comédienne cinéaste, Dominique Ruelle, Christophe Ruggia cinéaste, président de l’ADRC, Eric Salomé, Michèle Santoussi professeure, M. Sattar, Céline Sciamma cinéaste, Julien Selleron cinéaste, Claire Simon cinéaste, Dany Simon, Patrick Sobelman producteur, Véronique Soufflet, Marion Stalens cinéaste, Virginie Stidier, Benjamin Stora, historien, Nan Suel, Frédérico Tarragoni maître de conférence en sociologie, Etienne Tassin professeur de philosophie, Bertrand Tavernier cinéaste, Gaelle Téqui Cormley (Act for Ref), Pascal Tessaud cinéaste, Philippe Torreton comédien, Patrick Vauday professeur des universités, Nathalie Verdier journaliste, Pauline Vermeren philosophe, Karin Viard comédienne, Thomas Vincent cinéaste, Dominique Wiel

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