Les centres de rétention administrative sont conçus pour enfermer les personnes étrangères, pour une durée maximum de 90 jours, dans l’attente de la mise en œuvre de leur mesure d’éloignement vers leur pays d’origine ou vers un autre pays de l’Union européenne. Souffrant d’une volonté politique d’invisibilisation, les personnes retenues sont isolées avec peu de contact avec le monde extérieur. Afin d’apporter un soutien moral aux personnes présentes dans le CRA, vous pouvez contacter les cabines présentes dans les différentes zones du CRA de Coquelles au 03 21 00 91 55 (zone 1), 03 21 00 82 16 (zone 2) et 03 21 00 96 99 (zone 3).

Alors que la France subit une deuxième vague de confinement, la gestion de la situation sanitaire au sein du centre de rétention administrative de Coquelles est critique. Les mesures sanitaires recommandées ne peuvent pas y être respectées et l’expulsion de personnes retenues vers leur pays d’origine comporte un risque d’exportation du virus.

Peu avant le second confinement, une des trois zones du centre de rétention administrative comprenait 18 ressortissants albanais en attente d’un renvoi vers leur pays d’origine et de 7 autres personnes dont 5 ont été testées positives au Covid-19. Les résultats positifs des tests ont été obtenus quelques heures avant l’expulsion des ressortissants albanais. Il est probable que les services étatiques aient eu connaissance de ces résultats avant de procéder à l’expulsion. Un doute subsiste donc quant à la volonté délibérée des autorités de renvoyer des personnes ayant été en contact avec des retenus contaminées vers l’Albanie.

Parmi ces personnes testées positives, l’une d’elle était dans l’attente de son renvoi vers l’Allemagne dans le cadre de la procédure Dublin. Obligée d’être testée avant son renvoi, cette personne avait été testée négative lors de son arrivée au CRA deux semaines auparavant, laissant supposer qu’elle aurait été contaminée par un intervenant extérieur. Contrairement à ce que revendiquent les autorités[1],  les 2 autres cas contacts présents dans la zone n’ont pas été regroupés dans une même zone mais ont été placés avec des nouveaux arrivants, augmentant ainsi le risque de contamination parmi les retenus. Certaines personnes ont été placées à l’isolement ce qui signifie un enfermement dans une pièce de 4m2 seul avec aucun contact extérieur et aucune source de divertissement. Cette décision s’apparente davantage à une mesure punitive qu’à la mise en place de mesures sanitaires efficaces dans la lutte contre la propagation du virus.

13 novembre 2017 Le Mesnil Amelot. Crédit photo : Julien Jaulin/hanslucas

Une des personnes retenues présente au CRA depuis plus de 10 jours témoigne : « Je suis énervé de la façon dont les autorités mettent en place les mesures sanitaires ici. C’est une violation complète des mesures recommandées par l’Organisation Mondiale de la Santé et de nos droits fondamentaux. Avec environ 15 personnes dans chaque zone d’environ 30m2, les distanciations sociales sont impossibles à respecter. Il n’y a pas toujours de gel désinfectant à disposition et les salles ne sont pas toujours désinfectées entre les repas. J’ai envie que les gens viennent voir ce qui se passe ici et quelles sont les mesures sanitaires. Je me sens impuissant face à ce protocole qui maintient les gens en rétention. Certaines personnes sont prêtes à rentrer chez elles par leurs propres moyens mais doivent attendre les résultats des tests car elles ont été en contact avec des personnes testées positives. »

Depuis le 17 novembre, le CRA de Coquelles a été déclaré comme un cluster de Covid-19 et par conséquent aucune visite n’est possible jusqu’à nouvel ordre. Quelques jours auparavant, une personne extérieure avait reçu 135 euros d’amende pour avoir rendu visite à un retenu considéré comme n’étant pas suffisamment vulnérable. Cette décision arbitraire a volontairement un effet dissuasif sur les personnes souhaitant apporter leur soutien aux retenus et instrumentalise les règles mise en place par les autorités pour prévenir la propagation du virus.


[1] Nord Littoral, Quatre cas de Covid au CRA de Coquelles, 16 novembre 2020