Afin de ne laisser aucun répit aux personnes sans abris et vulnérables en transit sur son territoire, la préfecture et la mairie de Calais n’hésitent pas à détruire des hectares entiers de zones naturelles. Ils rasent et mettent à nu les terrains pour dégager la visibilité et poursuivre leur stratégie de la terre brûlée et de chasse à l’homme.

Cette semaine, c’est la zone naturelle qui entoure le Fort Nieulay qui a été déboisée.
Les exilé.e.s s’étaient retrouvés là suite à la destruction, sans base légale, des terrains autour de l’hôpital de Calais, où plus de 3000m2 d’arbres et de végétation ont par la suite été entièrement rasés. Une méthode devenue monnaie courante : en 2015, 6000 arbres et arbustes avaient été rasés aux alentours d’Eurotunnel ; une grosse opération de défrichage a été conduite en 2016 route de Gravelines. Des arbres, des buissons et des arbustes sont arrachés grossièrement, sans jamais consulter ni les élu.e.s, ni la population.

Si la raison de ces coupes est liée à la présence des exilé.e.s, l’arrêté préfectoral les autorisant se garde bien de taire cette raison. Les arbres, les buissons et les ponts sont les seuls lieux de (sur)vie pour les personnes sans abris, sous pression constante du harcèlement policier et à chaque évacuation, des tentes sont lacérées, des sacs de couchages, des téléphones et parfois des papiers d’identité sont confisqués.

En plus de son acharnement à chasser les personnes, bafouant les droits humains les plus fondamentaux (droit à la dignité, droit au logement, à l’accès au soin et à la nourriture…), les autorités locales montrent leur indifférence pour la nature en s’asseyant volontiers sur les Plan Climat et le Pacte pour la Transition, sur lesquel Natacha Bouchart s’était pourtant engagée lors des dernières élections municipales.

Les associations Citoyennes et Citoyens du Calaisis pour le Climat et Environnement et Patrimoine.s du Calaisis ont de ce fait lancé une pétition contre la destruction systématique de la végétation :
http://chng.it/rSfh5GfSyH
La faune, la flore et toute la biodiversité sont ainsi les victimes collatérales de la politique xénophobe du non-accueil, c’est la vie elle même qui est attaquée sans vergogne par les autorités. Le chemin de promenade autour du Fort Nieulay était un lieu connu par les promeneurs et promeneuses pour la diversité ornithologique qui s’y trouvait. En plus de ne pas empêcher des êtres humains d’arriver sur la côte, les autorités pénalisent aussi les habitant.e.s de bénéficier d’un cadre de vie arboré et verdoyant. 

Destruction de la nature : la double peine pour les exilé.e.s et les calaisien.ne.s

La maire de Calais croit peut être que la distribution de gourdes est un acte suffisant pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre. Comme elle ignore que l’anéantissement de la végétation et l’artificialisation des sols empêchent de stocker le carbone et conduit à un réchauffement global. Natacha Bouchart persiste dans sa gestion totalitaire du territoire : elle impose, se fiche de l’avis des acteur.ice.s de son propre territoire, fait fi de l’avis des associations environnementales et d’aide aux exilé.e.s. Pourtant, elle ferait mieux de s’y intéresser, si elle ne veut pas voir sa population devenir elle-même un jour, réfugiée climatique… Les conséquences environnementales d’une telle politique se traduisent, à moyen et long terme par la submersion marine de nos terres, la dérégulation des écosystèmes, la prolifération d’insectes et d’espèces « invasives », la remise en question de la viabilité de notre environnement, des sécheresses ou des épisodes de tempêtes… 

La boucle est bouclée

Il est de bon ton de rappeler à quel point les migrations et les causes du changement climatique sont liés. D’une façon très concrète et logique, les liens de causalité entre phénomènes sociétaux et climatiques s’enchaînent : le réchauffement climatique, provoqué par l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, celle-ci étant due à la surexploitation des ressources naturelles (des pays du Sud par les grandes puissances économiques du Nord, privant souvent les premiers de leurs propres ressources) et à la surproduction, provoque des sécheresses, conduisant d’une part à des catastrophes naturelles (inondations, crues, glissements de terrain), d’autres part à des famines, conduisant à des guerres pour la gestion et l’appropriation des ressources, poussant des réfugié.e.s à fuir les conflits armés. En Syrie, la rareté de la ressource en eau, les trois années de sécheresse de 2007 à 2010 et leurs conséquences humaines et environnementales ont joué un rôle dans la création de conditions propices à la guerre civile, et par ailleurs l’eau a été instrumentalisée pendant le conflit par les belligérants. Autour du lac Tchad, son assèchement pousse les riverain.e.s à partir, fuyant les conflits imputables à une situation socio-économique désastreuse. Continuerons-nous encore longtemps à rejeter l’autre alors qu’au fond, nous sommes dans le même bateau ? 

Concilier écologie et migrations : peut-on rêver ?

À ces problèmes communs, on pourrait trouver des solutions convergentes, applicables pour le contexte calaisien, où la solidarité serait le ciment d’une société résiliente, créative et ambitieuse sur le plan écologique et social. Même à l’époque de la Lande, l’organisation de la vie dans le camp, loin d’être toujours facile et évidente, a fait naître des expériences de socialisations diverses, de modes de vie alternatifs, incluant des habitats légers et démontables, de création de lieux de culture, d’enseignement et d’apprentissage entre pairs… Ces initiatives ont été balayées par les démantèlements successifs et une répression acharnée, non seulement contre les exilé.e.s, mais aussi contre l’utopie d’un monde qui dérange l’ordre établi ; cette vision alternative se place en marge des valeurs du néo-libéralisme : rejet, concurrence, croissance… Pourtant, Calais n’en reste pas moins un terreau fertile à une nouvelle forme d’humanité et à la création d’espaces idéologiques, politiques et culturels plus respectueux de l’humain et de la nature. Sa position géographique, au carrefour de l’Europe et sur l’un des détroits les plus fréquentés au monde, la place aux premières loges de la mondialisation. Et pourtant c’est aussi ici que des personnes en sont victimes, exclues de la « libre circulation » de leur propre corps.

À Calais les marchandises passent, les humain.e.s restent, la nature meurt…

Texte : Manon Hagneré